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De l'ange qui naîtra du diableVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
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Angélique M. Dewis
Admin | Prof. d'Histoire
Dir. de Poufsouffle & Sous-Directrice
Connaître le passé pour préparer l'avenir avatar
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Age : 37
268 messages
Amour : l'histoire <3

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Autoritaire, passionnée, gentille, intéressante, intelligente, drôle, sarcastique, fêtarde, maternelle, protectrice, généreux, attentive, patiente, motivée

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MessageSujet: De l'ange qui naîtra du diable Sam 9 Sep 2017 - 21:16


    Non ! C’était impossible, incroyable, inadmissible, une chose pareille n’avait pas pu lui arriver. Angélique refusait de le croire, de l’admettre. Son esprit était dans le déni le plus total, négation de ce qu’elle constatait. Et pourtant, force était de l’admettre… Angélique était assise sur la chaise confortable et rembourrée de sa chambre, la baguette posée sur sa coiffeuse, vêtue de sa chemise de nuit. Elle venait de décider quelques minutes plus tôt de prendre le taureau par les cornes mais elle le regrettait désormais : parce qu’elle avait été persuadée que le résultat serait l’alternative et non pas la réalité qui s’étendait sous ses yeux. Non ! Elle avait dû se tromper dans le sort ou le sort avait tort : une de ces hypothèses était correctes et non pas ce qui s’étalait sous ses yeux. Pourtant, elle ne pouvait nier les signes de ces dernières semaines… Les yeux écarquillés, la main posée sur le front, elle se frottait les tempes douloureusement, essayant de se souvenir, de se remémorer le passé, de trouver une explication. Comment était-ce possible ? Comment était-ce envisageable ? Comment une telle chose avait pu lui arriver à elle, la mère de la prudence, la femme la plus sensée du monde, réfléchie, elle qui avait tant la tête sur les épaules, qui pensait à tout, qui n’oubliait jamais rien. Et pourtant, elle avait dû omettre une fois de… rien qu’une fois et une fois avait suffi. Maudit soit Baël ! Maudite soit sa jeunesse ! Cela ne pouvait être que de sa faute, elle n’avait jamais eu de problème durant toutes ces années. Oui ! Baël était trop vivace, c’était là l’explication. Mais l’explication ne réglait pas le problème, loin de là. Ce problème qui s’étalait lumineux sous son regard et qu’elle n’osait plus regarder. Et qu’allait-elle faire ? Une question qu’elle ne voulait pas se poser, qu’elle avait renoncé à se poser il y’ avait des années de cela. Non et non ! Elle ne voulait pas faire face, ne pouvait pas… Tout simplement parce qu’il devait s’agir d’un rêve, d’un cauchemar, elle était dans une réalité virtuelle, dans un autre univers, dans un monde parallèle. Et pourtant, la lumière verte qui se dégageait de son ventre, sur lequel elle venait de lancer un sort, ne pouvait signifier qu’une seule chose : le test était positif et désormais Angélique Maxyne Dewis, professeur d’histoire, directrice de poufsouffle, sous-directrice du château, était enceinte, attendait un enfant de son ancien élève, Baël Owned.

    Tout lui revenait soudainement, cette fameuse soirée, cette merveilleuse soirée qui devenait désormais horrible à ses yeux. Baël l’avait emmenée au restaurant pour fêter son semi-emménagement chez elle. L’amoureux transi avait mis les petits plats dans les grands : il lui avait réservé une sublime surprise. Quand elle était rentrée de sa journée de travail, un mot l’attendait déjà sur son lit, accompagné d’un joli paquet. Dedans une robe de soirée magnifique et un ordre : « prépare-toi, je viens te chercher à vingt heure ». Il était arrivé à l’heure et l’avait couverte de compliment mais pas de fleur : une seule avait suffi. Une rose, symbole de la rose qu’elle avait fait apparaître dans sa main le lendemain de la nuit où il était venu lui déclarer son amour. Elle l’avait prise et humée avec un sourire transi d’amour, béat et avait embrassé son amour. Baël était bien habillé, il portait une chemise et un pantalon de costume, une cravate mais pas de veste. Cela lui donnait un air de rebelle qu’Angélique adorait. Il lui avait pris la main et l’avait conduite au restaurant de pré-au-lard. Un restaurant chic, « à la hauteur de la femme qu’elle était à ses yeux », lui avait-il dit. Ils avaient bien mangé mais surtout ils avaient bu et bu encore : une flute de champagne pour commencer, suivie d’une deuxième et puis du vin, à flot, durant tout le repas et un digestif bien corsé pour terminer. Ils étaient rentrés éméchés, voire complètement ivres, enflammés, amoureux, emplis de désirs et ils avaient fait l’amour cette nuit, plus d’une fois, avec passion. L’alcool aidant, ils avaient oublié le sort de protection. Elle s’en souvenait. Ils s’étaient endormis tout de suite, l’un sur l’autre, presqu’encore l’un en l’autre, épuisés par leurs ébats, le cerveau embué de vin et de bonheur. C’était cette soirée-là la responsable, cette nuit-là la coupable. Et Baël ! Maudit soit le sperme de Baël Owned d’être si jeune, si vif, si efficace ! Une fois… Une seule fois avait suffi pour qu’il marquât le goal, pour qu’Angélique tombât enceinte de lui, pour qu’un bébé ne se formât de leur amour ! Maudit soit Baël Owned !

    Elle était donc enceinte ! C’était indéniable et durant des jours, Angélique se demande que faire, comment réagir, que dire. Elle avait renoncé depuis quelques années déjà à connaître ce bonheur. Depuis le départ de Sacha, avec qui elle avait parlé d’avoir un autre enfant, depuis sa fuite, elle avait fait comme si son horloge biologique n’existait pas, comme si elle ne voulait pas être enceinte, ne pas sentir la chaire de sa chaire bouger en elle. Elle avait vécu sa vie en mettant une possible grossesse entre parenthèse, se disant que si un homme solide se présentait, elle y repenserait mais cet homme n’était pas arrivé… Du moins, pas assez rapidement. Quand elle avait rencontré Baël, Angélique avait tellement rejeté la possibilité d’une relation sérieuse que lorsqu’ils s’étaient enfin mis à construire ensemble, c’était trop tard à son goût. Elle commençait à se faire vieille et surtout Baël était peut-être encore jeune. Il était responsable et sérieux mais sans doute n’était-il pas prêt. Comment réagirait-il ? S’il pensait qu’elle l’avait piégé pour le garder ? S’il ne voulait pas d’enfant ? Ils n’en avaient encore jamais discuté ! Et s’il la quittait, s’il l’abandonnait, s’il se mettait à la détestait, s’il rejetait leur enfant ? Ces questions l’avaient tellement taraudée qu’elle s’était imaginé se taire, s’était résolu à tuer dans l’œuf cette vie qu’ils avaient créée. Si elle ne lui disait rien, il ne pourrait pas se fâcher, pas la quitter. Mais voulait-elle réellement gâcher son unique chance d’être une mère biologique ? Etait-elle prête à assassiner froidement un petit être qui avait commencé à se former en elle ? Toutes ces questions qu’elle ne s’étaient jamais posées sur l’avortement surgissaient ! Et puis… Baël pourrait le découvrir un jour… Et s’il voulait un enfant, s’il était prêt à assumer, si cette nouvelle le rendait heureux ? Mais étaient-ils assez forts pour affronter cela ? Un enfant bouleversait un couple et leur équilibre était encore tellement fragile. L’ultime question se posa alors finalement : était-elle prête à sacrifier son enfant pour son amour pour Baël ? Et la réponse fusa : non ! Autant elle aimait son homme, l’ancien serpentard, autant qu’elle ne pouvait se passer de ses bras, autant au fil des jours, au fil des pensées et réflexions elle s’était rendue compte qu’elle aimait déjà ce futur bébé. Elle s’était surprise, malgré elle, à caresser son ventre alors qu’elle était assise dans son fauteuil ou attablée à son bureau pour travailler. Elle s’était surprise à rêver la nuit d’une jolie famille, d’un petit bébé dans les bras de Baël. Et lorsqu’elle avait commencé à réfléchir à un prénom possible, elle avait compris que la question ne se posait plus… Que cet enfant, elle le garderait, qu’elle l’aimait déjà, qu’il faisait partie de sa vie et que se l’enlever, c’était s’ôter une part d’elle-même. Elle allait garder cet enfant, garder son bébé. Elle pouvait se voir déambuler dans les couloirs enceinte jusqu’au dent, discuter jusqu’à pas d’heure avec Loréana pour avoir des conseils. Elle devinait la joie à venir de Dylan, le bonheur que ce serait d’entendre un bébé gazouiller, d’assister à ses premiers pas, ses premiers mots ; tout ce qu’elle n’avait pas pu découvrir avec Dylan, n’ayant connu son fils adoptif qu’à ses deux ans passés. Oui, cet enfant elle le garderait parce qu’elle l’aimait déjà plus que le monde et qu’elle n’était déjà plus capable de s’en séparer. Restait malgré tout une épreuve à affronter : l’annoncer à Baël. De nouveaux jours d’hésitation se présentèrent à l’historienne…

    Comment annoncer à l’homme de sa vie qu’on était enceinte de lui, quand ce n’était pas chose prévue ? Angélique imagina tous les scénarios possibles. Elle pouvait attendre qu’il rentrât du travail et le lui annoncer, depuis sa propre table de travail comme une chose banale et normale, comme si elle lui demandait comment s’était passé sa journée. Mais minimiser l’affaire n’était peut-être pas la meilleure solution. Elle pouvait en faire des tonnes, décorer l’appartement de peluches, de ballons, de couleurs bleues et roses, avec des photos d’une première écographie. Mais exagérer l’affaire n’était peut-être pas non plus la meilleure solution. Loréana était venue chez elle une fois, avec son petit Nathanaël dans les bras, pour discuter. Angélique ne s’était pas confiée mais elle en avait profité pour observer l’attitude de Baël. Ce dernier n’avait pas été agressif mais ne s’était pas non plus montré intéressé par le bébé sous ses yeux alors que les deux femmes n’avaient cessé de gagatiser. Etait-ce parce que c’était le fils de Maximilien ou parce que son homme n’aimait pas les enfants ? Serait-il différent avec le sien. Angélique avait été jusqu’à proposer à Baël de babysitter un soir avec elle le bébé de son amie mais la réaction à la fois étonnée et peu enthousiaste de Baël l’avait de nouveau effrayée. Le mieux, était peut-être de parler lentement et tranquillement avec lui, de mettre en place une ambiance calme de discussion. Elle devait peut-être amorcer les choses autrement, lui dire que leur vie allait changer, qu’elle espérait que cela le rendrait heureux. Elle pensait aussi lui rappeler combien il l’aimait et combien elle l’aimait. Non ce n’était pas de la manipulation mais une façon de faire son annonce en douceur. Trois jours se passèrent encore et Angélique finit par prendre sa décision. Ce soir, elle parlerait à son chéri.

    Ils se levèrent tous les deux, ce vendredi matin, prêts pour aller travailler. La routine habituelle passée, Baël était habillé, Angélique aussi. Lui s’apprêtait à aller se pencher sur sa thèse dans le bureau adjacent à celui du professeur de défense contre les forces du mal et elle à aller donner l’un de ses cours de la semaine. Dylan était resté dans le dortoir des serdaigles la nuit dernière et avait annoncé aux amoureux qu’il y resterait aussi samedi parce qu’ils avaient une soirée vendredi soir et un travail de groupe à affronter le lendemain. C’était le jour parfait. Angélique pouvait tout dévoiler à Baël le soir même. Ils seraient seuls, ils auraient le temps de parler et Baël aurait droit au week-end pour digérer l’affaire, positivement ou négativement ils pourraient vivre ces émotions ensemble. L’ancien serpentard était le premier prêt à partir. Angélique était encore en train de ranger ses affaires, chercher quelques feuilles et livres dans le chaos qui régnait légèrement chez eux. Au moment où l’apprenti mit sa main sur la poignée, l’historienne l’interrompit : « Baël, chéri, s’il te plait ne rentre pas trop tard ce soir. Je voudrais voir un truc avec toi… » Baël haussa les sourcils, acquiesça, lui envoya de loin un baiser et s’en alla. Un truc ! Elle aurait pu trouver mieux. Elle avait certes intrigué son compagnon mais ce n’était pas l’effet recherché. Qu’est-ce que Baël pouvait penser désormais ? Angélique soupira. Non vraiment, elle aurait pu trouver mieux pour lui demander de rentrer plus tôt. Mais elle n’avait plus le temps de s’épancher plus longtemps sur la question. Elle quitta leur nid d’amour en trompe, presque en retard et gagna sa salle de classe. La journée bien remplie permit à l’historienne de chasser de son esprit le stress qu’elle ressentait à l’égard de la soirée qui s’annonçait mais lorsqu’elle poussa les portes de l’appartement, elle n’eut plus d’autre choix que de s’y confronter. Elle s’installa donc sur le canapé, avec un livre, comme si de rien était. Mais en réalité, elle n’arrivait pas à se concentrer, elle relisait des dizaines de fois la même phrase mais persistait à faire illusion jusqu’à ce que la porte ne s’ouvrît et qu’apparût dans l’appartement Baël Owned. Elle reposa alors son bouquin et suivit des yeux les mouvements de son homme, anxieuse, attendant qu’il vienne près d’elle.


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BAEL - "Ni me escondo ni me atrevo, ni me escapo ni te espero, hago todo lo que puedo pa' que estemos juntos. Cada vez me importan menos los que piensan que no es bueno que haga todo lo que puedo pa' que estemos juntos."
ANGIE - "Ni me miras ni te quiero, ni te escucho ni te creo, pero siento que me muero cuando os veo juntos. Cada vez me importas menos Pues lo digo cuando debo aunque sienta que me muero cuando os veo juntos."




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Baël M. Owned
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Amour : Mais quel est ce mot ?

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MessageSujet: Re: De l'ange qui naîtra du diable Ven 6 Oct 2017 - 23:38


    Il ouvrit l’œil, s’extirpant lentement et à regret de sa langueur doucereuse et, encore trop vaporeux pour émerger vraiment, plongea d’un rêve à l’autre en contemplant le minois ensommeillé d’Angélique. Les yeux clos encor, elle semblait paisible et sereine, toute absorbée dans quelque pensée qui naviguait sur le flot tranquille de son sommeil. Une main nonchalamment posée sur l’oreiller interdisait à Baël la vue splendide de ses pulpeuses lèvres qu’il brûlait déjà d’embrasser sans retenue. D’un geste aussi lent que maladroitement somnolent, il tenta une approche discrète qui n’eut pour seul résultat que de faire ouvrir un œil à la belle au bois dormant. Un sourire tendrement agacé vogua un instant sur son visage, puis l’historienne lui administra un coup amoureux sur le nez, comme pour punir sa témérité malvenue. Il se fendit à son tour d’un sourire avant de plonger sur elle en abandonnant sa furtivité toute relative. Il s’empara de ses lèvres dans un tourbillon de bonne humeur et ne négligea pas, comme il aimait le faire, de laisser traîner une main sur sa poitrine aguicheuse. Noyé dans les yeux rieurs de celle qu’il se prenait parfois à appeler « ma femme », il la salua d’un « Salut, vous ! » goguenard avant de l’assaillir d’une tendresse matinale qu’il n’offrait qu’à elle. Dans ces instants de bonheur fugace, dans le cocon douillet du lit matrimonial, Baël oubliait jusqu’à l’existence de Lord Voldemort : il ne vivait plus que dans un souffle, dans un sourire et dans un cri facticement outragé. La chaleur ronronnant de l’édredon éparpillé, la danse incertaine des oreillers négligés et la valse des étreintes chastement amoureuses suspendait le temps, qui s’excusa dans une courbette respectueuse. Il n’avait besoin de rien, sinon de sentir la douce brûlure de sa peau. Il ne songeait à rien, sinon à ce que ce sourire solaire jamais ne se couche. Il ne voulait rien, sinon ne jamais quitter la candeur bienheureuse de ce nid inviolable. Mais l’Angélique se montra plus sérieuse que le Baal, et le gratifia d’un clin d’œil moqueur avant de sortir du lit, le laissant se refrogner dans les couvertures qui refroidissaient. Il jura qu’elle accentua volontairement sa féminine démarche et qu’elle prit un plaisir à peine dissimuler à se déshabiller dans son champ de vision, avant – frustration suprême ! – de disparaître dans l’entrebâillement d’une porte. Contemplant le plafond, l’apprenti mena avec lui-même une lutte acharnée avant d’enfin se décider, à regret, à quitter sa torpeur cotonneuse.

    L’air qui s’attaqua à sa peau lui sembla glacial, et il dut se vêtir d’une armure de tissu afin de protéger sa nudité des assauts presqu’hivernaux. L’eut-elle vu qu’Angélique l’aurait traité de mauviette, mais elle avait beau jeu de faire ainsi monter la température avant de disparaître subrepticement, le laissant coi avec son désir et ses câlins. N’osant pas ronchonner, il embrassa pleinement leur imprévisible routine matinale afin de se mettre en condition pour aller travailler. La routine l’avait toujours agacé autant qu’effrayé, et il l’avait toujours envisagée comme la mort d’un vivant, comme la mort du temps. La routine, pensait-il, c’était la reddition de la vie qui laissait place à un simulacre, à une habitude. C’était la nourriture devenue cendre, c’était l’eau elle-même qui avait perdu son goût. Et pourtant, cette routine-là, sa routine à elle, il y avait plongé sans hésitation, tête la première. Il avait découvert une routine créatrice là où il la pensait mortifère. Il avait découvert une routine tendre, là où il la croyait morne. Il avait découvert une routine agréable, là où il la supposait mortelle. La routine qu’ils avaient construit à deux était la routine la moins routinière qui existât, et elle lui suffisait amplement. Pourtant, aujourd’hui, alors même qu’il s’apprêtait à quitter l’appartement pour s’enfuir dans un bureau où s’entassaient traités de sortilèges, chroniques historiques et parchemins divers, Angélique lui adressa une phrase qu’elle ne lui avait jamais adressée auparavant. Son ton, ni moqueur ni menaçant, était légèrement tremblant, ce qui suffit à alarmer le jeune homme. Angélique Maxyne Dewis n’hésitait que très rarement, et n’avait pas sa langue dans sa poche. Pourquoi, alors, un ton si peu assuré pour une demande si banale, en apparence ? « Baël, chéri, s’il te plait ne rentre pas trop tard ce soir. Je voudrais voir un truc avec toi… ». Haussant un sourcil devant la formulation sibylline de la requête, le jeune homme faillit stopper net son mouvement, lancer un regard inquiet à la belle, avant de lui demander de quoi il en retournait. Deux choses l’en dissuadèrent. D’abord, le ton d’Angélique, entre la supplique et la crainte. Elle avait visiblement un sujet très précis à aborder, et cela semblait lui tenir à cœur. Si elle avait choisi de ne lui en parler que ce soir, cette tête de mule n’en dirait rien avant l’heure décidée ; aussi lui faire subir un interrogatoire serait-il vain. Il se résigna à respecter sa décision, même s’il devait en pâtir toute la journée durant. Ensuite, et peut-être surtout, il y avait l’ombre de panique furtive qui avait, un demi-instant durant, assombri le visage de l’historienne. Cette expression d’anxiété impuissante avait réduit l’apprenti à l’obéissance aveugle. Il se contenta alors d’acquiescer, une lueur intriguée et inquiète brillant dans le regard, et de lui envoyer un baiser, comme pour lui signifier qu’il avait bien enregistré l’information. Il quitta l’appartement aussi peu assuré qu’un étudiant après un examen auquel il était sûr d’avoir échoué.

    Arrivé au premier étage, non sans avoir superbement ignoré une tripotée d’étudiants et d’étudiantes qui le saluaient sur son chemin, il adressa en guise de salutations un grognement à son directeur de recherches et s’enferma dans son bureau, prétextant l’étude d’un manuscrit fascinant. Il prit quelques instants, une fois seul, pour chasser l’étrange requête de son esprit et entreprit de rédiger un paragraphe relatif à la mise en place, cent quatre-vingt-trois ans auparavant, du SDMN, le Sortilège de Détection de la Magie Noire, qui avait été imaginé en se servant du sortilège créé par Lord Voldemort lorsqu’il avait frappé son propre nom d’Interdit. La manière dont les sorciers les plus brillants de l’époque, sous la direction d’Hermione Granger et à la demande du Ministre de la Magie Kingsley Shacklebolt, étaient parvenus à purger l’incantation du Lord de ses éléments de magie noire et à le détourner de son utilisation première. Il ne parvenait cependant pas à s’expliquer que des sorciers aussi doués aient pu ne pas voir la faille énorme qu’ils avaient laissé passer. C’était un truc de fou. Un truc… Comme ce truc dont Angélique voulait lui parler. De quoi pouvait-il bien s’agir ? Pourquoi voulait-elle lui parler ce soir ? Auraient-ils besoin d’une longue discussion qui les aurait mis en retard tous deux ? Était-il concerné au premier chef, ou bien ce truc n’avait-il de lien qu’avec elle ? Devait-elle lui poser une question, ou était-ce une annonce qu’elle avait à lui faire ? Devait-elle… « Le grand incendie qui ravagea les archives du Ministère en 2068 eurent comme fâcheuse conséquence de voir la documentation amassée par Hermione Granger disparaître en fumée. La formule originelle imaginée par le Lord disparut donc en même temps que ces documents, ce qui explique qu’ajourd’hui, nous ne connaissions que la version retravaillée à la demande du Ministre Shacklebolt. ». Lire à voix haute lui permettait de se concentrer sans laisser vagabonder son esprit. Habituellement, lorsqu’il était dissipé, ses pensées s’envolaient vers le terrain de Quidditch, où il brûlait de goûter à la liberté exaltante du vol sur balai ; vers Laura, probablement occupée à mourir d’ennui en suivant un cours ou l’autre ; vers Eloïse, certainement en train de s’empêtrer dans une épineuse situation dont il devrait la tirer plus tard ; vers Dylan, envers qui il développait une affection aussi sincère qu’inattendue. Mais aujourd’hui, invariablement, chacune seconde tentait de le ramener à Angélique. Angélique et son intonation timide, Angélique et son regard un instant paniqué, Angélique et ce truc dont elle voulait l’entretenir… Maudite soit-elle, elle et son truc ! Que n’avait-elle pu lui parler, là, tout de suite, ce matin ? Que devait-elle ainsi le torturer !

    « Elle veut me quitter, assurément. ». Il recopia studieusement la dernière version de la formule du SDMN. « Impossible. Elle n’aurait pas attendu ce soir pour me mettre à la porte. » La version remaniée était légèrement différente de la version de 2158. Baël ne parvenait pas à comprendre pourquoi ces modifications avaient été apportées : selon lui, elles déforçaient le sortilège plutôt que d’en augmenter la couverture. « Ou bien, elle est enceinte. » En remontant dans le temps, le jeune homme avait l’ambition de reconstituer la formule du Lord. C’était un travail ardu, mais qui serait sans conteste facilité par la présence de Voldemort dans son esprit. Il restait à le convaincre de partager avec lui la précieuse formule… « Ne sois pas ridicule. Nous avons toujours été protégés. Et elle n’aurait pas parlé d’un truc pour dire cela. ». Etonnamment, la version la plus moderne du sortilège était en réalité un retour à la formulation de 2049. Ce retour aux sources plus anciennes n’était mentionné dans aucun des ouvrages qu’il avait consulté, et nulle part il ne trouva d’explication des autorités. Pourquoi avoir ainsi balayé cent ans de modifications ? « J’espère qu’elle n’est pas malade. Par piété, qu’elle ne tente pas de me préparer à la perdre ! » Il y avait un idiome étrange dans la version de 2049. Quelques mots dont la signification lui échappaient, mais qui renfermaient une partie des clefs du sortilège. Que faisaient-ils là, ces quelques mots ? « Mais merde ! Elle n’a pas le droit de faire ça ! Elle ne peut pas juste me balancer ‘il faut qu’on parle d’un truc’ comme ça, l’air de rien, avant de me laisser m’imaginer mille et une choses durant toute la journée ! Ça n’est pas sympa, ça n’est pas gentil, ça n’est pas… humain ! » Il se leva d’un bond, quitta son bureau et se planta devant la porte de la salle de classe d’Histoire de la Magie, au bout du couloir. Il s’apprêtait à tambouriner lorsqu’il perçut, au-travers du panneau de bois, la voix de l’ange. Il ne parvint pas à saisir ce dont elle parlait exactement, mais son timbre était à nouveau le timbre assuré et serein qu’il lui connaissait. Ce n’était pas le ton brisé du matin même. Lorsqu’elle donnait cours, Angélique était parfaite. Calme et pleine de prestance, mordante et passionnante. Et, surtout, elle ne vivait alors que dans ses mots, que dans les histoires qu’elle contait. Ou, plus exactement, dans l’Histoire qu’elle contait. Trop content de l’entendre elle-même, il renonça à son projet de la confronter sans attendre et, vaincu par une incertitude qu’elle ne semblait plus partager, il fit demi-tour et retourna lire un passage d’un ouvrage qu’il avait lu une dizaine de fois aujourd’hui sans que jamais il n’en retienne rien.

    Chacun des mots sous ses yeux se changeaient en trucs. Tantôt, il eut l’impression que tout lui évoquait la mort ; tantôt il ne vit dans les parchemins que maladie. Tantôt, c’était le mariage qui l’étouffait ; parfois, c’était un enfant. Il eut l’impression de lire le prénom de Sacha partout, puis celui de Voldemort. A deux doigts de sombrer dans la folie, il referma violement le grimoire poussiéreux qu’il s’acharnait à lire sans rien en retenir, ce qui ne manqua pas de provoquer chez lui une longue toux. Jugeant que c’était là un signe qu’il devait arrêter de s’enfoncer dans un travail improductif. Il fut agréablement surpris de constater qu’il était déjà dix-sept heures, et que ses délires paranoïaques l’avaient tenu occupé toute la journée. Il empaqueta grossièrement ses affaires et quitta fissa le bureau oppressant. Parvenu devant la porte de leur appartement, son cœur rata un battement. Était-il sûr de vouloir savoir quel était ce truc ? Angélique se souviendrait-elle qu’elle voulait lui parler ? Ne s’était-il pas inventé des contes abracadabrantesques alors que la montagne accoucherait d’une souris ? Inspirant un grand coup, il décida de se jeter à l’eau et pénétra chez lui. A peine entré, il lança un « Angie, je suis rentré ! » qu’il voulait ordinaire, mais il lui sembla que sa voix dérailla quelque peu, trahissant son anxiété. Il trouvait la belle installé sur le canapé, un livre sur les genoux. Elle le gratifia d’un regard attentif alors qu’il s’approchait d’elle. Se drapant d’une décontraction feinte, il prit son temps pour se déshabiller et ne conserver qu’une tenue confortable. « Tu as passé une bonne journée ? » s’enquit-il, prétendant ne pas se souvenir de la requête pressante du matin. Il se dirigea vers la cuisine et se servit un café, avant d’en faire un pour sa moitié – noir, mais avec un sucre, comme elle l’aimait. Les deux tasses à la main, il s’installa en amazone sur le canapé en tendant sa tasse à la belle. Il lui adressa un sourire qu’il voulut décontracté. « Au fait, mon Soleil et mes Étoiles, tu voulais parler d’un truc ? ». Il aurait espéré tenir un peu plus longtemps avant de poser la question…


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