Appelo-Mortem
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Les fantômes du passéVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 29
996 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Les fantômes du passé Dim 6 Nov 2016 - 23:54

    Lorsqu’elle entrouvrit les yeux, s’extirpant à contrecœur de sa douce torpeur, Loreana se fendit d’un sourire émerveillé. Cela avait beau faire plusieurs mois, maintenant, elle ne parvenait pas à réaliser, tous les matins, que le berceau qui trônait un peu plus loin était le lit de son fils. De sa chair, de son sang. Son Ange, sa merveille, son trésor. Nathanaël qui avait les yeux aussi vifs que ceux de son père, Nathanaël qui avait son nez à elle, Nathanaël qui avait passé une nuit complète sans la réveiller, Nathanael dont la respiration quelque peu encombrée mais régulière trahissait l’assoupissement. Attendrie, la jeune mère décida de rester dans son lit quelques instants pour profiter de ce havre de paix qui serait réduit en fumée dès que le bambin ouvrirait les yeux. À la réflexion, d’ailleurs, la professeure de potions ne se souvenait pas du dernier matin où elle fût levée avant son fils, et entreprit de se tourner vers le géniteur de l’Ange afin de le réveiller de la façon la plus agréable qui soit. Dans un effort dont elle comptait bien souligner le caractère colossal, elle se retourna pour faire face à son mari. Elle adorait sa bouille ensommeillée, elle adorait le voir se réveiller en la sentant près de lui. Un sourire espiègle flottant sur le visage, elle leva un bras bien haut au-dessus d’elle dans le but avoué de le laisser mollement retomber sur le corps de son amant, feignant la maladresse. Lorsqu’il serait ainsi – quelque peu brutalement, il est vrai – réveillé, elle pourrait se blottir contre lui et maudire son absence de la veille. En effet, Maximilien n’était pas rentré hier soir, et Loreana, qui n’aurait pas refusé une séance de câlins – voire plus si affinités – l’avait quelque peu calomnié et avait unilatéralement décidé de lui râler dessus : il aurait au moins pu la prévenir qu’il sortait avec Léo (c’était la seule explication plausible) ! Le bras tomba mollement sur le lit sans rencontrer la moindre forme de résistance. Intriguée, elle ouvrit les yeux pour constater que le lit était vide. Pas la moindre trace de Maximilien ; aucun indice ne pouvait valider l’hypothèse selon laquelle il avait dormi ici cette nuit. Fronçant les sourcils, la belle se redressa et s’installa sur ses coudes afin d’observer la chambre à coucher. Pas de vêtements nonchalamment abandonnés sur une chaise ou au pied du lit. Pas de doute : l’apprenti n’avait pas dormi ici. Avec une moue contrarié, Loreana se leva sans bruit – il ne fallait pas réveiller le Middle qui, lui, dormait encore ici – et quitta la chambre. Alors comme ça, le petit Maximilien avait découché, et n’avait même pas daigné prévenir sa femme ? Dès qu’il oserait franchir le pas de la porte, l’ancien Serdaigle allait en prendre pour son grade, c’était garanti sur facture. En attendant, la directrice des bleu-et-bronze se servit une tasse de café et se mit à parcourir distraitement le dernier ouvrage d’Angélique consacrée à une théorie farfelue selon laquelle Lord Voldemort aurait eu une fille avec Bellatrix Lestrange. Cela dit, elle aurait été bien incapable de vous en parler, tant elle préparait mentalement les flèches du Parthe qu’elle comptait adresser à son époux.

    Elle fut interrompue dans sa liste d’invectives par un bruit tonitruant : quelqu’un frappait à sa porte – quoique le terme « tambouriner » fût probablement plus adéquat pour décrire l’acharnement avec lequel on s’attaquait à cette entrée. Elle reconnut la voix de Léo Sanchez, qui l’appelait vigoureusement :
    « Lor’ ! Lor’ ! Dis-moi que tu es là, pitié ! C’est urgent ! ». Alors comme ça, son lâche de mari préférait envoyer son avant-garde pour affronter ses sarcasmes ? « Léo, va dire à Maximilien que je refuse de voir qui que ce soit, si ce n’est… » Elle s’interrompit, comme frappée par la foudre. En entonnant sa litanie, elle avait ouvert la porte pour se trouver face à un Léo en sueur, les larmes aux yeux, visiblement paniqué. Il avait vraisemblablement couru comme un dératé pour arriver à l’appartement, et il n’en fallut pas plu pour que Loreana comprenne qu’il était arrivé quelque chose à Maximilien. Quelque chose de grave. « Qu’est-ce qui… » « Je ne sais pas ! On l’a trouvé dans le parc ce matin… Angélique m’a envoyé te chercher, je… j’en sais rien, je n’ai même pas pu le voir ! On nous empêche d’accéder à l’infirmerie, c’est… » Loreana n’entendit même pas la fin de la complainte. Elle s’était précipitée dans la chambre pour vérifier que Nathanael dormait toujours, avait rapidement enfilé sa robe de sorcier, puis s’était plantée devant Léo, une détermination paniquée courant dans les yeux. « Léo, j’ai besoin de toi. Il faut que tu t’occupes de Nathou. Moi, je vais aller voir ce qu’il se passe. Je te tiendrai au courant le plus rapidement possible, mais tu dois rester ici pour prendre soin de ton filleul, d’accord ? ». Léo acquiesça faiblement, impressionné par l’apparent calme de la prof de potions. Loreana le remercia d’un signe de tête puis lui passa devant afin d’entamer une longue marche vers l’infirmerie. Mille et un scénarios se bousculaient dans sa tête. Au vu des évènements qui avaient lieu au château dernièrement, la jeune femme était terrifiée à l’idée de ce qu’elle pourrait découvrir. Qu’était-il arrivé à son mari ? Avait-il été blessé ? Ensorcelé ? Ou pire… Était-il mort ? Secouant la tête et refusant d’y croire, elle arriva bientôt devant les portes de l’infirmerie. Trois préfets s’y trouvaient, l’air hagard, posté là pour éloigner les curieux mais ignorant eux-mêmes ce qui se tramait. Ils tentèrent bien d’obtenir des informations de leur professeur de potions, mais celle-ci leur adressa une réponse brève qui leur exprima clairement qu’elle n’en savait pas plus qu’eux. Elle s’engouffra dans la salle des malades sans plus de cérémonie alors qu’ils s’écartaient pour la laisser passer. Son cœur battait une chamade terrifiante et elle crut bien défaillir. Elle se sentit happée par une bouffée de chaleur insupportable. Le sang qui battait ses tempes semblait s’attaquer à son crâne au marteau piqueur. Un instant, sa vue se troubla lorsqu’elle aperçut, au fond de la pièce, les rideaux tirés pour isoler deux lits. Au peu au-devant, Angélique s’entretenait avec l’infirmière, et elle semblait profondément perturbée. Lorsqu’elle aperçut son amie, la sous-directrice fit un pas vers elle, mais Loreana l’interrompit. « Je veux le voir immédiatement. Je veux savoir ce qui lui est arrivé. » Elle entendit à peine la réponse de l’historienne et, sans attendre, tira les rideaux. Ce qu’elle vit lui glaça le sang, et elle sentit des larmes lui percer les yeux.

    Maximilien était allongé là, inconscient. Une lueur apaisante émanait de son torse, signe d’une médicomagie en cours, mais cela ne suffisait pas à masquer l’était terrifiant dans lequel il se trouvait. De large entailles sanguinolentes lui bariolaient le corps. Çà et là, sa peau était noircie, comme si elle avait été dévorée par de puissantes flammes. Ses chevilles, enflées, portaient d’innombrables traces de morsures, et on pouvait clairement apercevoir qu’un venin violet avait circulé dans les veines de ses jambes. Blême comme un cadavre, on aurait pu le croire mort si son torse meurtri ne se soulevait pas faiblement au rythme d’une respiration douloureuse. Mais, surtout, ses yeux étaient ouverts mais vitreux, trahissait le coma magique – mais était-ce volontaire ? – dans lequel il était plongé. Se retenant de se jeter sur lui, Loreana serra le point. Elle détourna le regard de ce morbide spectacle et sa vue se brouilla d’eau. Lorsqu’elle sentit une larme perler le long de son visage, elle sortit enfin de son mutisme. Sans même regarder Angie, qu’elle devinait derrière elle, elle demanda :
    « Comment ? » « Nous n’en savons encore rien, Lor’. Il a été retrouvé ce matin, dans le parc, dans cet état. Baël Owned gisait près de lui, tout aussi abîmé. On a retrouvé des os de serpents et d’oiseaux à proximité, et il y avait dans l’air un parfum d’intense magie noire. Quelque chose qui est largement hors de la portée de deux jeunes sorciers. » Loreana acquiesça puis sortit sa baguette et s’approcha de l’amour de sa vie. Elle posa sa baguette sur le front du jeune homme et prononça quelques paroles inaudibles. L’air dévastée, elle planta son regard dans celui de la sous-directrice. « Je ne sens plus rien de magique en lui. Comment est-ce possible ? Le venin a été arrêté à temps, visiblement. Mais pourquoi ne pas avoir déjà utilisé un sortilège de succion ? Il faut le débarrasser de… » « Comme tu viens de le dire, Lor’, il a été vidé de sa magie. Son état est stable pour le moment, mais il est extrêmement fragile. Tu sais mieux que moi qu’il faut manier des patients en coma magique avec la plus grande prudence. Il… » « Je veux voir son dossier. » « Lor’, je ne crois pas que… » « Je veux voir son dossier tout de suite. J’ai un passé de médicomage, je te rappelle, et je compte bien m’en servir. Je veux être associée à toutes les procédures complexes qui seront effectuées sur lui, et… »

    Deux jours plus tard.

    Encore une nuit éprouvante et inconfortable. Ces deux derniers jours, la seule joie de Loreana avait été son fils. Elle devait se déchirer en deux pour veiller sur les deux hommes de sa vie. Elle débutait et finissait ses nuits dans son appartement, auprès de son fils. Mais, dès que le bambin fût profondément endormi, elle demandait à Caleigh ou Léo de dormir chez elle pour la laisser se rendre à l’infirmerie, ou elle pouvait tenir compagnie à son mari toujours dans le coma. De temps en temps, Caleigh ou Léo surgissaient, l’informant des pleurs de son fils, et elle faisait alors des allers-retours entre sa chambre et l’infirmerie. Incapable de dormir plus de deux heures d’affilée, son visage s’était creusé de cernes, et elle avait annulé sans plus d’explication la totalité des cours de la semaine. Fatiguée comme elle ne pensait pas pouvoir l’être, elle se surprenait parfois à parler à son homme dont l’état n’évoluait pas. Ce matin-là, elle s’était endormie au bord du lit de Maximilien. Lorsque l’infirmière la réveilla, elle la remercia sans grande conviction et commença à se demander s’il ne valait pas mieux transporter son bel amant à Sainte-Mangouste.
    « Bonjour, mon Ange. Ça fait maintenant trois jours que tu es dans cet état-là. Si tu m’entends, je sais que tu dois être en train de sourire intérieurement en te disant que je vais me lancer dans une tirade sans fin dont j’ai le secret, et tu as raison. Je veux que tu reviennes. Je veux pouvoir lire l’agacement dans tes yeux, je veux pouvoir t’entendre me dire de me taire. Je veux que tu lèves les yeux au ciel ou que tu prennes un air penaud parce que tu sais que tu me causes beaucoup de souci. Je m’inquiète, tu sais ? J’ai peur. Parfois je rêve que tu ne reviendras jamais. Ne me fais pas ça. Ne me laisse pas. Ne laisse pas notre fils. Tu n’en as pas le droit, tu entends ? Je te l’interdis ! Tu dois encore entendre que tu es mien, que je t’aime et que tu me manques énormément. Je veux que tu saches que je suis complètement perdue sans toi et que rien n’a plus le même goût. Reviens-moi. Reviens-nous. J’ignore ce qui t’a mis dans cet état, mais je sais que tu es plus fort que ça. Tu as toujours été le plus fort de nous deux. Je ne réalisais pas à quel point j’avais besoin de toi. Alors réveille-toi, par pitié, explique-moi ce qui t’est arrivé, et laisse-moi aller botter le train à celui ou celle qui vous a mis dans cet état, Baël et toi. Je t’aime, et je te veux. Reviens… » Sa voix se brisa et, sans conviction aucune, elle vint poser ses lèvres sur celles de son bel amant. Elle inspira profondément en essayant de trouver le courage d’affronter une nouvelle journée sans savoir quand – si ? – Maximilien se réveillerait. Elle fit quelques pas vers la fenêtre et observa, en contrebas, tous les étudiants qui vaquaient à leurs occupations, inconscient de l’état déplorable dans lequel se trouvait leur professeur de potions. Une larme se fraya un chemin sur son visage, et elle crut qu’elle cèderait à toutes ses jumelles quand elle entendit un bruit, derrière elle.


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Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
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Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
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Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Les fantômes du passé Mar 8 Nov 2016 - 22:43


    « Avada Kedavra ! » Pour une raison que Maximilien ne comprit pas, il sentit, heureusement, son corps plonger vers sol et éviter de justesse l’éclair de lumière verte qui manqua de lui effleurer une mèche de cheveux. Il gisait là, étendu, souffrant. Il n’avait plus le contrôle de son corps mais il pouvait ressentir. Il avait mal, il était faible, il se vidait de son sang. Il sentit son cœur se serrer, ses poumons se contracter. Sa respiration était de plus en plus difficile. Son corps sursauta soudainement comme si quelqu’un lui ordonnait de se relever, sans effet. Il gisait là, immobile. « Allez gamin, tiens bon ! » Cette voix dans sa tête, qui était-ce ? Son crâne allait se fendre en deux. Il souffrait tellement mais ne voyait rien. Il n’était pas maître de ses membres. Tout d’un coup une peur terrible l’envahit. Ce n’était pas sa peur mais bien celle de l’autre, celle de… Severus. Il pouvait maintenant le comprendre. L’ancien mangemort, mort depuis de longues années et qui avait élu domicile dans son enveloppe corporel, semblait terrorisé. L’idée que la magie de Maximilien avait fondu comme neige au soleil, que le corps de l’ancien serdaigle ne pouvait plus tenir horrifiait Severus Rogue. Il ignorait si Voldemort, en face de lui, était encore debout et peut-être que la faiblesse de son hôte allait signer son second arrêt de mort. Heureusement pour le nouveau duo, à quelques mètres de là, Baël et Voldemort n’allaient pas mieux. Les capacités magiques de Maximilien ne permirent plus à Severus de rester au pouvoir plus longtemps et le jeune père revenait petit à petit à lui, en même temps que son esprit et son corps se dissociaient. Maximilien sentait le poison battre dans ses veines, tout son corps était lourd. Il priait pour que cette douleur cessât et tout d’un coup… Ce fut le noir total, il perdit connaissance et Severus aussi.

    Lorsque Maximilien réouvrit les yeux, il s’attendait à souffrir le martyre mais rien. Il se tenait debout en pleine lumière, bien portant. Sa tête ne se fendait plus, son corps semblait en pleine forme. Il regarda ses jambes, ses bras, son torse qui ne saignaient pas et fronça les sourcils. Avait-il rêvé ? Petit à petit la lumière aveuglante s’estompa pour faire place à un paysage qu’il connaissait bien : le parc de Poudlard. Ce dernier était complètement vide. C’était bizarre. Cela n’arrivait jamais et encore moins en pleine journée. Le soleil brillait bien haut, il faisait bon. Une petit brise vint agiter le t-shirt bleu de l’ancien serdaigle et il fit un tour sur lui-même pour observer les environs et là… Son regard se porta sur les bords du lacs. Il n’était pas seul finalement ! Il distinguait une silhouette assise au bord de l’eau, dos à lui, à l’ombre d’un arbre. Maximilien plissa les yeux. Il avait l’impression de connaître ces formes, ces longues jambes maigrelettes qu’il apercevait, ces longs cheveux noirs. Un sourire immense se forma soudainement sur ses lèvres et il se mit à courir : Travis Andrew Cohen se trouvait là, devant lui, bien vivant. Maximilien pouvait même voir le torse du garçon se soulever et s’abaisser au rythme de sa calme respiration. Essoufflé, il arriva aux côtés de son ami de toujours. Travis se retourna vers lui, calme et souriant. Comprenant que ce n’était pas là la réalité – Travis n’avait jamais été souriant, Maximilien n’osa pas serrer son ami dans ses bras. Il se contenta alors de s’asseoir aux côtés de cette vision angélique et d’attendre. De longues minutes passèrent en silence. Les deux jeunes hommes n’étaient bercés que par le bruit des flots de l’eau du lac sur lequel ils gardaient fixés leurs regards. Maximilien fut le premier à briser le silence :
    « Travis ? Qu’est-ce qui se passe ? » Le dénommé Travis ne répondit pas, se contenta de cligner des yeux et de soulever ses épaules. Maximilien soupira et replongea son regard dans le lac, soucieux. Il ne comprenait rien à ce qui se passait. Pourquoi était-il là ? Pourquoi son ami se tenait-il à ses côtés ? Pourquoi ne s’étaient-ils pas jetés dans les bras l’un de l’autre pour savourer leurs retrouvailles ? Soucieux, Maximilien tenta de relancer la conversation : « Je suis mort, c’est cela ? » A nouveau, le silence lui répondit. Il était clair que le jeune Cohen n’avait pas l’intention de parler, qu’il ne répondrait pas. Il restait là, assis, les yeux dans le vague, semblant heureux de savourer la brise qui agitait tranquillement ses cheveux. Maximilien se renfrogna. Il n’avait jamais été du genre patient. Il était heureux d’être là, aux côtés de Travis, de retrouver son ami mais il ne comprenait rien. Et c’était une chose horrible pour un serdaigle que de ne rien comprendre. Il avait la sensation que quelques secondes plus tôt encore, son corps était perforé de toute part, que sa magie s’était vidée et maintenant il était là, au calme… C’était incroyable, c’était bizarre. Il ne voyait pas d’autres explications. Il devait être mort. Mais alors… Était-il au paradis ? Et pourquoi Travis ne lui parlait-il pas ? S’il était vraiment dans un second monde – monde dont il avait toujours mis en doute l’existence – n’auraient-ils pas dû se retrouver dans des effusions de joie ? Une énième fois, Maximilien tourna la tête vers son ancien ami. Il voulait à tout prix lancer la conversation, obtenir une réaction de Travis et peut-être que sa présence ici était sa chance, sa chance d’obtenir des réponses, de comprendre ce qu’il n’avait jamais compris, de savoir ce qui était arrivé à son ami et de pouvoir enfin faire le deuil de cette mort qui continuait à le hanter : « Travis. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi es-tu mort ? » Maximilien s’attendit à ne recevoir encore une fois aucune réaction, à devoir se contenter de ce silence pesant mais finalement, Travis se retourna vers lui, posément, lentement et lui sourit : « Réfléchis, Maximilien, souviens-toi. »

    L’ancien serdaigle fronça les sourcils. Vraiment ? Ils étaient côte à côte et Travis n’avait pas l’intention de lui expliquer quoique ce soit ? S’il lui avait suffit de se souvenir, cela ferait bien longtemps qu’il aurait compris ce qui était arrivé à son ami, vu le nombre de fois qu’il avait repassé en boucle dans sa tête leur vie ensemble. Mais peut-être y avait-il un nouvel élément ? D’abord il devait savoir comment il en était arrivé là. Maximilien ferma les yeux un instant et tout lui revint : ses absences de ces derniers temps (et Travis aussi à l’époque lui avait parlé d’absences) et ce combat. Il se souvenait de tout. Il avait assisté à un combat sauf qu’il en avait aussi été l’acteur. Un duel magique entre lui et… Baël mais ce n’était pas Baël non plus. Sa tête lui fit à nouveau mal tandis qu’il se concentrait pour se souvenir. « Tom ». « Severus »… C’était ainsi qu’ils s’étaient mutuellement appelés. Etait-ce possible que… non ! NON ! Il abritait l’âme de Severus Rogue ? C’était de la folie. C’était impossible. Il était devenu fou, complètement fou ! Et pourtant, les preuves étaient accablantes. Les absences, le prénom, les voix dans sa tête, le sectusempra qu’il revoyait son corps utiliser et Baël… NON ! C’était pire encore. Baël était possédé par Lord Voldemort ? Mais comment ce petit scrout à pétard, cette misérable vermine avait pu… ? Misérable vermine mais vermine ambitieuse… Maximilien serra les poings. Tout serait-il de sa faute ? De la faute de Baël ? Comment avait-il fait pour… ? Et ces possessions alors ? Travis aussi avait eu des absences ? Peut-être que lui aussi avait été possédé ? Tout d’un coup un souvenir refit surface. Travis avait essayé de lui montrer ses propres souvenirs à l’époque (voir ce rp : http://appelo-mortem.forumactif.org/t1133-comme-une-page-craquelee-par-le-desespoir#25585). Il se souvenait avoir plongé dans une pensine. Il y avait vu Travis attaquer une femme, la mordre, la tuer, la manger. Il avait vu une folie meurtrière prendre possession de son ami, dans cette même pensine et Travis vouloir le manger. Il avait déjà compris que son ami n’était plus lui même. Un autre mangemort avait dû habiter son coprs mais qui ? Maximilien essaya de se souvenir des cours d’histoire de la magie. Miss Dewis leur avait fait apprendre la bibliographie et la folie meurtrière de chaque partisan du Lord Noir. Un nom s’imposa alors à lui : Fenrir Greyback !
    « C’était Fenrir, Travis, hein ?! Je t’avais dit que ce n’était pas toi qui faisais ces choses horribles. Je le savais ! Traviis ! » Maximilien finit sa phrase dans un sanglot tandis qu’il posait sa tête sur l’épaule de son défunt camarade. Cela n’expliquait toujours pas comment il était mort. Mais il n’obtiendrait rien de Travis, il le savait. Il ne pouvait que supposer ? Son ami avait découvert ce qui lui arrivait et s’était suicidé ? Ou pire, Voldemort l’avait assassiné ? Fenrir s’était-il retrouvé dans le corps de quelqu’un d’autre ? Toutes ces questions qui restaient sans réponse et qui resteraient sans réponse. Mais au moins, maintenant, il avait un début de solution. Travis avait été une victime. Travis ne l’avait pas abandonné et tout cela, encore une fois, à cause de… de Baël Owned !

    « Mon ange, reviens-nous ! » Maximilien sursauta. D’où venait cette voix ? Il tourna sa tête dans tous les sens mais ne vit rien. Ce n’était ni sa voix ni celle de Travis et il n’y avait personne d’autre ici. C’était étrange. Pourtant il avait l’impression de connaître cette voix. « Travis, qu’est-ce ? » A nouveau, le jeune homme lui sourit paisiblement et sans quitter le lac du regard lui répondit d’une voix monotone : « tu le sais très bien, Max. » Le dénommé Max grogna – encore. Travis était-il devenu la Sybille ? Impossible d’obtenir une réponse claire de sa part mais là n’était pas la question. Quelle était cette voix ? D’où venait-elle ? Et tout d’un coup, le cœur de Maximilien se brisa. C’était la voix de Loréana, sa femme, l’amour de sa vie. Mais où était-elle ? Il ne la voyait pas ici. Elle n’était pas présente. Mais où était sa douce moitié ? Est-ce que ? Est-ce qu’elle parlait à un autre lui ? Un lui qui n’était pas cet homme dans ce parc au bord du lac mais un lui toujours dans la réalité. Il n’était pas mort alors ? Était-ce parce qu’il n’était pas mort que Travis ne pouvait pas lui donner de réponse claire ? Alors tout cela n’était que le fruit de son imagination ? Des larmes se mirent à couler sur les joues de l’apprenti. Il ne voulait pas rentrer. Il ne voulait que tout cela fût réel, que tout cela fût palpable, que Travis se trouvât vraiment assis à ses côtés. Il se sentait bien dans ce parc. Il faisait bon, son corps était léger, sa tête ne pesait rien, tous ses tracas s’étaient envolés. Tout ne semblait n’être qu’amour et paix. « Je ne veux pas rentrer, Travis. » C’était clair et sans appel. Il sentit son cœur se déchirer légèrement à l’idée de ne plus jamais revoir Loréana dont le son de la voix lui avait rappelé l’existence. Comment vivre sans elle, sans ses étreintes, sans ses baisers ? Mais ici n’était pas vraiment la vie et peut-être qu’elle le rejoindrait d’ici peu ? Il ne voulait pas quitter Travis, ne voulait plus se séparer de lui. « Maxou… Tu ne peux pas laisser ce monde aux prises avec Voldemort. » L’apprenti soupira. Travis était-il une représentation de sa conscience ou bien… ? Il n’était pas un gryffondor mais un serdaigle. Peu lui importait le monde, finalement. Ce n’était pas sa responsabilité de le sauver, bien qu’une petit voix lui susurrait que Severus était bien le seul à pouvoir délivrer encore une fois l’Angleterre de l’emprise despotique du Seigneur des Ténèbres. Mais peut-être se retrouverait-il dans un autre corps. Travis comprit que son argument ne touchait pas tellement Maximilien, le gênait tout au plus mais n’était pas décisif. « Maxou… Tu ne peux pas laisser ton fils dans un monde aux prises avec Voldemort. » Voilà qui fit mouche. Un frisson parcourut l’échine de l’héritier Middle. Son fils. Comment avait-il pu oublier l’existence de l’être le plus cher qu’il avait dans ce monde ? Son sang, sa chaire ? Et pouvait-il vraiment l’abandonner ? Pouvait-il laisser sa femme et son enfant seuls dans un monde qui serait bientôt en guerre ? Mais peut-être les rejoindraient-ils rapidement ?
    « Tu sais qu’on lui a donné Travis comme deuxième prénom ? » Le Travis premier du nom acquieça dans un sourire, semblant heureux et honnoré de ce choix. Bien entendu qu’il le savait mais cela avait fait du bien à Maximilien de le lui dire. Mais cela ne semblait pas être la préocupation première de Travis qui se leva sous l’œil surpris du blondinet. Le défunt tendit alors la main à son ami et lui dit doucement : « Viens, Maximilien, j’ai des choses à te montrer. » Sans attendre, sans hésiter, Maximilien saisit la main tendue et se sentit aspiré dans un tourbillon.

    Les deux compères atterrirent dans une sale sombre. Maximilien eut besoin de quelques minutes pour s’habituer à la soudaine obscurité mais finit par reconnaître la chambre de Léo dans le dortoir des apprentis. Il lança un coup d’oeil interrogateur à Travis qui se contentait de fixer un point sans bouger. Maximilien suivit son regard et finit par remarquer la raison de leur présence. Léo était agenouillé devant son lit, il avait les bras tendu vers les cieux, les mains jointes, la tête baissée. L’ancien serdaigle n’avait jamais vu son ami dans une telle position. Il s’approcha alors et constata que devant Léo, sur le lit, se tenait une vieille photographie : une image sorcière du trio bleu et bronze à pré-au-lard. Travis souriait d’un air goguenard tandis que Maximilien époussetait son manteau et que Léo était mort de rire à côté. Maximilien se souvenait très bien du jour de cette photo. C’était en plein hiver et Léo avait attaqué sans honte son comparse à coup de boules de neiges. Un merveilleux souvenir, une bataille amicale mémorable qui s’était terminée dans un fou rire incroyable… L’un de leurs derniers fous rires. Un bruit détourna l’attention de Maximilien de la photo : Léo sanglotait, ainsi prostré.
    « Que fait-il Travis ? On dirait qu’il prie ? » Travis se contenta de le regarder d’un air énigmatique et Maximilien comprit enfin où il voulait en venir. Léo ne priait jamais. Léo ne croyait pas en Dieu. Il n’en croyait qu’en lui. Et si Léo en était arrivé à pleurer à genoux devant son lit, à prier, c’était qu’il devait être au comble du désespoir. Voilà le message que Travis voulait faire passer à son ami… Maximilien se souvenait très bien de la peine qu’ils avaient partagé Léo et lui à la mort du troisième membre du trio. Maximilien aurait pu ne pas s’en relever si Loréana ne lui avait pas annoncé sa grossesse. Léo avait suivi la remontée de son ami et ensemble ils s’en étaient sortis et voilà que Maximilien s’apprêtait à faire subir à Léo cette même peine, encore une fois, à le détruire. A voir son ami ainsi en larme, il comprit que le jeune homme ne s’en remettrait pas s’il lui arrivait quelque chose. Le cœur de l’ancien serdaigle se serra : comment pouvait-il envisager faire tant de mal à son frère de cœur, son ami d’enfance, son double, sa moitié ? Maximilien voulut s’approcher de Léo, s’agenouiller à ses côtés, le prendre dans ses bras, le rassurer, lui dire qu’il reviendrait mais ses mains passaient à travers le corps de l’apprenti en soin aux créatures magiques qui continuaient à pleurer toutes les larmes de son corps.

    Sans qu’il ne était rendu compte, Travis s’était approché de Maximilien à nouveau. Ce dernier le comprit qu’il sentit sa main sur son épaule et la seconde suivante, il était à nouveau absorbé dans un tourbillon. Où l’emmenait-on cette fois-ci ? La réponse ne se fit pas attendre lorsque ses pieds touchèrent à nouveau le sol. Encore une fois il faisait sombre mais la lune pleine laissait filtrer quelques rayons de lumière. Maximilien reconnut immédiatement la chambre de Caleigh, sa mère affective, celle qui l’avait pris sous son aile depuis ses onze ans, qui l’avait consolé, qui s’était occupé de lui, qui avait comblé les vides laissés par ses parents dans son cœur. Caleigh, la meilleure amie de sa femme, Caleigh une femme si douce, toujours positive et pleine d’espérance. Il n’eut pas besoin de beaucoup de temps pour que Maximilien la trouvât. Elle n’était pas dans son lit et pourtant – un coup d’œil sur le réveil de la table de nuit avait permis au futur maître des potions de le savoir – il était deux heures du matin. Non, Caleigh était attablée à son bureau. Maximilien s’approcha à pas de loup et remarqua qu’elle aussi avait les joues baignées de larmes. Il s’avança encore et vit qu’elle était concentrée sur… un thème astrale ? Et pas n’importe lequel : le sien ! Il remarqua que son bureau était jonché de thèmes astraux raturés, gribouillés, réduits en boules, pliés, refaits.
    « Travis, ne me dit pas qu’elle passe ses nuits à faire cela pour moi ? » Ledit Travis se contenta de sourire tristement avant de remettre sa main sur l’épaule de son ami.

    Un ultime tourbillon plus tard et Maximilien atterrit dans le lieu qu’il connaissait le mieux, le l’endroit qu’il préférait sur cette terre : l’appartement qu’il partageait avec sa femme et son fils. Il était dans leur salon. Doc, le vieux chien noir de Loréana, était installé sur son tapis habituel ; il dormait paisiblement. Maximilien se sentit chez lui, tout aussi bien, si pas mieux que dans le parc quelques minutes plus tôt. Et en plus… Travis était avec lui. Que demander de plus ? Il s’apprêta à enjoindre à son ami de faire comme chez et lui et à s’affaler lui-même dans son canapé et c’est alors qu’il les vit. Sa femme et son fils. Loréana était assise dans le canapé, droite, Nathanaël confortablement couchés dans ses bras. Elle lui donnait le biberon du soir. Le petit garçon de huit mois buvait goulûment sans se rendre compte que Loréana pleurait toutes les larmes de son corps. Mais Maximilien lui le remarqua tout de suite. Sa belle, sa douce, sa chère et tendre. Il voulait se précipiter vers elle mais il savait que cela ne servirait à rien alors il restait là, à la fixer. C’est alors qu’il vit ses lèvres bouger et qu’il l’entendit parler, d’une voix chevrotante, essayant de maintenir ses sanglots pour ne pas perturber l’ultime repas de leur enfant :
    « Ne t’en fais pas Nathou, ton père va revenir. C’est un homme fort et il ne nous abandonnera pas. Je le connais. Il ne laisserait pas son fils grandir sans son père. Il ne permettrait pas que je sois seule à t’élever. Impossible. Ton père reviendra, mon bébé, tu verras. Il te prendra dans ses bras…Me prendra dans ses bras et on sera réunis, tous les trois à nouveau. Mon petit ange. Bois, mon amour, mange. Papa va revenir. » Une bien faible tirade pour la Loréana que son mari connaissait et elle semblait essayer de se convaincre elle-même plus qu’elle ne s’adressait à son enfant. Pour la troisième fois d’affilée, Maximilien sentit son cœur se fendre et il comprit qu’il ne pouvait pas rester ici avec Travis, que ce n’était pas possible, qu’il devait rentrer chez lui et retourner auprès des siens, des vivants.

    Travis glissa sa main dans la sienne et ils se retrouvèrent face à face, de nouveau au bord du lac. Les yeux de Maximilien étaient mouillés de larmes. Il entendait au loin la voix de Loréana tirader au près de lui et il comprit que sa femme le veillait, peu importe l’endroit où il se trouvait, et c’était ainsi qu’il réussissait à l’entendre. Il plongea ses yeux dans ceux de Travis. Il devait partir mais ne voulait pas le quitter. La voix serrée, la gorge nouée, il vit son propre corps commencer à s’effacer :
    « Et toi alors… et nous ? » Travis le prit dans ses bras et dans une ultime étreinte, il l’entendit murmurer : « On se reverra, Maxou, je t’attendrai ici. » Et le parc s’évanouit. Tout d’un coup, Maximilien se sentit lourd à nouveau, il prit conscience de son propre corps. Son cerveau était engourdi mais il souffrait. Ses mollets lui faisaient mal comme s’ils avaient été perforés, sa respiration était difficile. Il se sentait faible. Il essaya de bouger ses doigts sans savoir s’il y était arrivé. Il entrouvrit péniblement les yeux mais les referma aussitôt. La seule chose qu’il arriva à faire pour signaler sa présence fut de marmonner d’une voix rauque qu’il ne se connaissait pas : « Looor. » Ce fut tout ce que ses forces lui permirent de dire et le seul son que sa gorge put laisser passer. Il avait l’impression qu’on lui avait arraché les cordes vocales. Un bruissement soudain lui indiqua qu’on l’avait entendu et son nez, bien que souffrant lui aussi, reconnut l’odeur de son épouse tandis qu’elle s’approchait de lui. Il ne sut pas où elle était ni si elle lui avait parlé mais il réussit à s’exprimer une fois encore « soiiif ! » tandis qu’il entrouvrit définitivement les yeux pour voir le visage de sa femme.


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Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


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Loreana N. Wilde
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MessageSujet: Re: Les fantômes du passé Ven 25 Nov 2016 - 23:33


    Rien n’était plus agaçant que ce bruit régulier. Agaçant, mais réconfortant dans même temps. Le respirateur magique emplissait la salle d’un faible chuintement régulier, comme pour rappeler que, malgré les apparences, Maximilien était toujours vivant. Ce bruit, là, c’était le bruit de l’espérance, le bruit d’une vie qui s’accroche. Mais c’était aussi le bruit de l’absence. Loreana avait toujours cru que l’absence ne se vivait que dans le silence ; elle s’était trompée. L’absence, au contraire, est un bruit assourdissant. C’est un bruit multiforme, acéré, qui se glisse partout. C’est un bruit encombrant, qui occupe l’espace de manière indistincte. C’est le bruit indéfini d’une salle de pas perdus ; c’est l’ambiance agressive du hall de gare. C’est ce bruit, cette clameur des Autres, qui rebondit sur tous les murs et vous enferme dans un coussin, dans une bulle de solitude. L’absence, ce n’est pas le silence : l’absence, c’est le bruit des Autres sans le bruit des Siens. Oh, qu’elle le haïssait, ce bruit, ce léger ronflement ! Oh, qu’elle l’aimait, ce bruit, ce trop long ronflement ! Que ne donnerait-elle pas pour pouvoir hurler sa rage, hurler sa peine, hurler sa haine. Comment était-ce possible ? Comment sa vie avait-elle pu basculer ainsi ? Qu’avait-elle donc fait, elle, pour se trouver ainsi à veiller son mari dans l’espoir, pâle et faible, qu’il ouvre les yeux et lui dise qu’elle était belle. Oh, que ne serait-elle pas heureuse de le voir se redresser sur son lit, l’air insolent, un sourire narquois flottant sur le visage, pour lui asséner un moqueur : « T’y as cru, hein ? Je savais que tu ne pouvais pas te passer de moi ! ». Mais il ne se redressait pas. Il voulait faire durer le plaisir, le petit emmerdeur ! Il ne savait décidément jamais quand s’arrêter, et ce n’était pas faute pour Loreana d’avoir essayé de lui faire comprendre que les blagues les plus courtes étaient les meilleures. Mais non, il préférait rester couché, à faire le mort ou le mourant….

    Cher Journal,

    Ce que je suis en train de faire est parfaitement ridicule. J’écris à un journal, comme une adolescente, comme si j’avais un coup de foudre à confier ou un coup de gueule à passer. Comme si j’avais seize ans ! Comme si j’en étais encore à avoir le béguin pour mon ami gay, comme si je me faisais encore passer pour la copine d’Enis pour le couvrir, comme si… Comme si je n’avais personne d’autre à qui parler. Ça fait des années que j’ai toujours quelqu’un à qui parler, quelqu’un pour mettre un vieux journal pourri au chômage. Mais pas là, pas aujourd’hui. Je réalise qu’aujourd’hui, je ne peux confier mes tourments à personne, sinon à une page de journal ridicule. Je ne peux pas parler à Caleigh, je ne peux pas parler à Léo, je ne peux pas parler à Enis, je ne peux pas parler à Angie. Je ne peux pas parler à Isis, à l’autre bout du monde. Et, surtout, je ne peux pas parler à Maximilien. Je n’ai plus personne. Personne à qui confier sans gêne la noirceur de mon âme blessée, personne ne qui peut comprendre. Personne à qui je peux faire part de mes doutes, de mes questions, de mes inquiétudes. Et je suis lasse. Terriblement lasse.

    Mon Ange m’a quitté. J’ignore quand, j’ignore comment et j’ignore pourquoi. Tout ce que je sais, c’est qu’il n’est pas là. Il n’est pas mort, mais c’est presque pire. Il est là sans l’être ; il n’est que corps inerte, maintenu en vie par on-ne-sait quel miracle. Il est pâle, il est cireux ; comme les statues de marbre des rois d’antan : leurs traits, paisibles, sereins pour l’éternité. Il est presque beau, il est presque laid. Il a sur le visage le calme terrible des épitaphes, il a sur le visage un presque sourire qui me fait pleurer. Je ne veux plus de cela. Plus de chrysanthèmes, plus de deuil et de linceul. J’en ai assez de cette vie où le bonheur m’est confisqué, sans que je puisse en parler.

    Mon Ange m’a quitté, et cela ne date pas d’aujourd’hui. Je ne lui ai rien dit, car je ne savais comment lui en parler. Et, aujourd’hui, il est peut-être trop tard. Le seul fait d’écrire ces mots me fait monter les larmes, et je sens déjà que le sanglot n’est pas loin. Il ne peut pas mourir. Il n’en a pas le droit. Pas avant que je lui aie parlé. Pas avant que je l’aie embrassé, pas avant qu’il m’ait expliqué. Je refuse de prendre le noir aujourd’hui, je refuse de le prendre demain. Il doit rester, il doit se battre. Il doit se battre parce que je suis égoïste et qu’il me manque. Il doit se battre pour moi. Il doit se battre pour Nathanaël, puis Caleigh, pour Léo, pour Alexia, pour tous les autres. Il doit se battre, putain ! Il doit se battre, et je ne peux rien faire pour l’aider. Ma magie ne sert à rien, mon amour non plus. Je ne peux rien faire, sinon lui parler, et espérer qu’il m’entend.

    Mais qui m’entend ? Maximilien, ou cet autre lui, celui qui a le regard dur ? Il pense peut-être que je n’ai rien remarqué, mais cela ne m’a pas échappé. Il est étrange, ces derniers temps. Il n’est jamais tout à fait lui-même, mais jamais tout à fait un autre. Je vois ses yeux, je vois ces lèvres. Il est bien celui qu’il a toujours été, mais il ne dort plus. Ce n’est pas seulement la faute de Nathanaël. Parfois, quand j’allaite, au milieu de la nuit, je vois bien qu’il clôt les yeux pour me rassurer, mais qu’il ne dormait pas. J’ignore ce qui le tourmente, mais je souffre qu’il ne m’en parle pas. Il doit avoir ses raisons, mais je ne peux croire qu’il s’imagine qu’il peut garder secret quelque chose que le mine aussi visiblement. Moi, je joue la dupe, je joue celle qui ne voit pas, qui ne comprend pas.

    Non, c’est faux. Je ne joue pas celle qui ne comprend pas : je ne comprends vraiment pas, je ne comprends rien. Et cela me fatigue. On m’a appris à sourire, comme une petite fille bien élevée. On m’a appris à prétendre que je suis forte, à tel point que je m’en suis persuadée moi-même. On m’a appris à me prétendre meilleure que je ne le suis. On m’a appris à prétendre que je sais ce que je fais. Mais je n’en sais rien. Je n’ai pas de manuel, pas de mode d’emploi : j’ai beau m’approcher des trente ans, au jeu de la vie, je suis encore une novice. J’en ai assez de feindre la confiance, j’en ai assez de prétendre savoir où je vais. Je vogue sur un navire en pleine tempête sans la moindre idée de la direction que je dois prendre. Et c’est fatigant.

    Qu’on me laisse aller mal, pour une fois ! Qu’on me foute la paix, qu’on arrête d’admirer ma force, qu’on cesse de trouver cela incroyable que je m’occupe encore de mon fils et de mon chien avec la même énergie, comme si l’absence de Maxou ne me pesait pas. Laissez-moi pleurer, par les couilles de Merlin ! Laissez-moi mettre les masques à terre et les piétiner, laissez-moi hurler que je vais mal, que Maxou va mal, que le monde va mal. Comment est-il possible qu’il soit dans cet état-là, entre la vie et la mort ? Qu’a-t-il pu rencontrer de si néfaste dans l’enceinte même de Poudlard ?

    Je n’en peux plus. Je me noie dans son silence. C’est insupportable.


    Encore une sale nuit. Une putain de nuit à observer le plafond, à peine bercée par la respiration régulière de Nathanaël. Au moins, à lui, il ne lui arriverait rien. Encore une gueule de zombie le matin dans la glace, du genre terre fraichement labourée, avec des sillons en travers tout le visage et des cernes bleuâtres à faire pâlir des fleurs de lin. Encore le teint plus cireux que crayeux, encore l’œil jauni et rougi à la fois, signe d’un sommeil beaucoup trop rare ou tourmenté. Encore ce parfum de mort dans l’atmosphère, encore cette marche funèbre en acouphène. L’ombre d’elle-même, l’ombre même de son ombre : voilà ce qu’était devenue Loreana Wilde en l’espace de quelques jours. Privée de Maximilien, craignant pour sa vie, elle avait l’impression de vivre à nouveau la sombre période de leur rupture consommée. Elle se rappela avec un dégoût attendri la manière dont elle avait cherché à se sentir vivante dans les bras de Timothé. Cela lui semblait être une autre vie. Était-elle redevenue celle qu’elle était, ce soir-là ? Dévastée, renfermée, malheureuse et avec de sérieuses pulsions autodestructrices ? Non. Elle n’en avait plus le loisir. Comme elle l’avait écrit, la nuit durant, dans ce stupide journal, elle avait des responsabilités, désormais. Elle devait veiller sur son fils, lui offrir tout l’amour dont elle disposait, afin de lui permettre de grandir et de s’épanouir dans le bonheur qu’il méritait de connaître. C’était Nathanaël qui avait repris le rôle de son père et qui lui servait tout à la fois de bouée de sauvetage et de phare dans l’obscurité. Penser à son fils l’empêchait de penser à Maximilien, et voir sa petite bouille ébahie, ses sourires de grenouille et son air de petite patate était la seule chose qui lui offrait quelques éclaircies.

    Nathanaël fut confié à Caleigh, qui dut annuler un cours pour cela, et Loreana se mit en route dans une routine morbide, vers l’infirmerie. Elle y trouva Angélique, comme d’habitude. Si elle avait eu le loisir de réfléchir et de penser un tant soit peu, la directrice de Serdaigle aurait probablement trouvé louche la présence – ou, plutôt, l’omniprésence – de la sous-directrice du château au chevet de deux apprentis – et, en réalité, en particulier d’un apprenti, Baël Owned. Mais Loreana n’avait ni le cœur ni l’esprit de remarquer la peine de son amie, absorbée qu’elle était – peut-être égoïstement – par sa propre détresse. Comme chaque jour, elle tira le rideau pour être seule avec Max et se coucha à ses côtés, dans l’étroitesse du lit d’infirmerie. Alors, elle respirait son odeur – ou, du moins, ce qu’il restait à percevoir de son odeur, masquée en partie par les senteurs abjectes de divers onguents. Fatiguée comme elle l’était, et trouvant un ersatz de consolation dans la présence lointaine de son amant, elle finit par s’endormir un instant. Son sommeil fut lourd et fumeux, troublé par d’étranges images sans queue ni tête. Il y avait Maximilien, debout devant le lac de l’école, qui discutait avec Travis. Travis était beau. Il semblait serein, apaisé comme il ne l’avait plus été depuis longtemps. Tout de blanc vêtu, il souriait. Puis, dans un éclair, le lac disparaissait. Loreana se vit choir sur le sol, la vision trouble, alors qu’au-dessus de sa tête, dans le parc de Poudlard, brillait une lueur verdâtre. Elle aperçut des ossements, non loin, avant de basculer dans le noir.

    Elle se réveilla en sursaut lorsque la main de l’infirmière se posa sur son épaule. Extirpée d’un sommeil qu’elle ne parvint pas à considérer comme le sien, elle échangea quelques tristes banalités avec la médicomage avant de la congédier subtilement en la renvoyant au chevet de Baël. Sans même s’en rendre compte, la prof de potions s’était levée et avait machinalement suivit l’infirmière. Debout au pied du lit de l’ancien Serpentard, elle l’observa. Il présentait aussi diverses traces de blessures physiques, même si des soins lui avaient été prodigués. Plongé dans un coma magique, il avait le même teint blafard que Maximilien, comme si la vie avait sérieusement hésité à quitter son corps, mais avait finalement décidé d’au moins rester jusqu’à la fin du bail. Qu’est-ce qui avait bien pu les mettre dans un pareil état ? On aurait presque dit qu’ils avaient puisé dans leurs réserves les plus profondes, se vidant quasiment de toute leur magie. Haussant les épaules, dépitée et retournant porter son monde sur ses épaules, elle s’en revint vers Maximilien. Elle avait pris l’habitude de lui parler, espérant que, où que se soit égaré son esprit, sa voix lui servirait de repère et la conduirait jusqu’à elle.
    « Bonjour, mon Ange. Ça fait maintenant trois jours que tu es dans cet état-là. Si tu m’entends, je sais que tu dois être en train de sourire intérieurement en te disant que je vais me lancer dans une tirade sans fin dont j’ai le secret, et tu as raison. Je veux que tu reviennes. Je veux pouvoir lire l’agacement dans tes yeux, je veux pouvoir t’entendre me dire de me taire. Je veux que tu lèves les yeux au ciel ou que tu prennes un air penaud parce que tu sais que tu me causes beaucoup de souci. Je m’inquiète, tu sais ? J’ai peur. Parfois je rêve que tu ne reviendras jamais. Ne me fais pas ça. Ne me laisse pas. Ne laisse pas notre fils. Tu n’en as pas le droit, tu entends ? Je te l’interdis ! Tu dois encore entendre que tu es mien, que je t’aime et que tu me manques énormément. Je veux que tu saches que je suis complètement perdue sans toi et que rien n’a plus le même goût. Reviens-moi. Reviens-nous. J’ignore ce qui t’a mis dans cet état, mais je sais que tu es plus fort que ça. Tu as toujours été le plus fort de nous deux. Je ne réalisais pas à quel point j’avais besoin de toi. Alors réveille-toi, par pitié, explique-moi ce qui t’est arrivé, et laisse-moi aller botter le train à celui ou celle qui vous a mis dans cet état, Baël et toi. Je t’aime, et je te veux. Reviens… » Sa tirade terminée, sans la moindre espèce de mouvement ou de réaction de l’ancien Bleu-et-Bronze, elle se détourna, les larmes à l’œil, et perdit son regard sur le monde, au-dehors, qui continuait de tourner, indifférent. « Loooooor… »La jeune femme haussa les épaules, comme agacée. « Tais-toi, Maxou, ce n’est pas le moment. » Puis elle réalisa.

    Dans un geste brusque, elle se retourna et se précipita au chevet du jeune homme. Bon sang, il avait parlé ! Enfin, « grogné » serait peut-être un terme plus adapté, mais peu importait : il était vivant. Il était de retour. Ce crétin égoïste, vantard et insupportable avait survécu. Ses yeux demeuraient clos, mais on devinait leur mouvement affolé, sous leurs paupières. Sans qu’elle le réalise vraiment, les réflexes qu’elle avait acquis à Sainte-Mangouste refirent surface, et elle manipula son bel amant avec le plus grand soin – et la plus grande tendresse. Les sorties de coma magiques étaient toujours des opérations délicates, car ce genre de coma créait fréquemment des hallucinations et causait d’énormes désorientations. De surcroît, il asséchait considérablement les muqueuses et laissait un processus d’atrophisation des muscles. Logiquement, donc, la première chose que Maximilien réclamerait, ce serait….
    « soiiiiif ! » Bingo. D’un geste de la baguette, elle attira à elle un verre d’eau qu’elle remplit promptement. Redressant lentement le lit de manière à permettre à son mari de boire sans s’étrangler, elle réprima une larme de joie en l’entendant déglutir alors qu’il avalait l’eau. Elle savait qu’il lui faudrait encore du temps avant de réellement reprendre ses esprits, mais sa soudaine résurrection avait également permis à la belle de sortir du trou. Mille et une questions se bousculaient dans sa tête, mais elle entreprit d’abord de lui dispenser les SESC – soins élémentaires en sortie de coma. Elle congédia même l’infirmière qui tenta de l’écarter : c’était à elle et à elle seule de s’occuper de son mari. Il fallait bien que le fiasco sentimental de ses études médicales lui serve un jour ou l’autre ! Au bout d’une bonne demi-heure de pratiques magiques, durant lesquelles elle interdit à son Ange ne serait-ce que d’ouvrir la bouche pour autre chose que boire, elle fut relativement satisfaite du résultat – et passablement épuisée. Elle s’assit alors sur le bord du lit, face au bel amant qui avait déjà meilleure mine (les sorts énergisants y étaient surement pour quelque chose), un sourire apaisé sur le visage. « Je crois que tu me dois quelques explications, Maximilien Enzo Middle. Ne serait-ce que parce que j’ai vécu plusieurs jours d’enfer par ta faute. Alors un conseil, si tu tiens à ce qu’il te reste de vie : ne me refais plus jamais une frayeur pareille. Compris ? »


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