Appelo-Mortem
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Un glacial repas de familleVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Un glacial repas de famille Sam 5 Mar 2016 - 11:29

    Face à son miroir, Maximilien se sentait nerveux. Pourtant rien ne dénotait dans sa tenue : son costume était taillé sur mesure, sa chemise bleue repassée, sans pli, sa cravate nouée et décorée d’une pincette dorée, ses mocassins brillants avait été cirés, ses cheveux d’ordinaire en bataille étaient peignés, il sentait le parfum d’homme chic et virile, tout était parfait. Et pourtant, il ne pouvait s’empêcher, sceptique, de s’observer, s’analyser, se critiquer. Il doutait de lui. Cela faisait quatre fois qu’il tirait sur son veston en se tournant et retournant face à la glace, incertain, hésitant. Quoi qu’il fît, aussi parfait qu’il pût être ses parents trouveraient toujours à redire et il en était parfaitement conscient. Voilà pourquoi, il ne pouvait détacher son regard de son miroir, voilà pourquoi il n’avait plus aucunement confiance en lui : ce soir Maximilien Middle et toute sa petite famille iraient dîner au manoir Middle. L’invitation, telle un couperet, était tombée un mois plus tôt (dans l’aristocratie, vous comprenez, il faut s’y prendre à l’avance si l’on veut respecter les convenances), dans un joli papier à l’être, rédigé de manière élégante et fine, une apparence agréable et délicate mais au contenu ferme et sans appel : Noah et Lauren invitait leur fils unique, leur belle-fille et leur petit fils, ensemble familiale qu’il n’avait plus vu depuis plus de deux ans, à venir dîner chez eux le samedi 28 octobre. La générosité des parents Middle avait même été jusqu’à proposer à Maximilien de rester dormir avec sa petite famille dans son aile est du manoir. Il avait fallu plusieurs jours au jeune couple pour se décider sur la posture à adopter et pour réfléchir à ce que cette lettre impliquait. Voilà deux ans que les contacts entre le fils Middle et les parents Middle étaient brouillés, depuis le mariage de Maximilien avec Loréana, qui n’était à leurs yeux qu’une simple roturière. Mais les deux époux avaient fini par accepter l’invitation, plus pour Nathanaël que pour eux. Leur fils de trois ans et quelques mois maintenant était un bavard de la pire espèce, un petit garçon éveillé et curieux qui ne cessait de poser des questions sur tout et n’importe quoi et donc aussi, fatalement, sur sa propre famille. Maximilien et Loréana étaient toujours gênés quand on en venait à ses grands-parents et ils s’étaient finalement dit que Nathanaël avait le droit de connaître ses grands-parents et que si ces « deux vieux chnock » (ainsi que les qualifiait affectueusement la reine de cette maison) avait fait l’effort de les contacter, c’était peut-être parce qu’eux aussi avaient envie de connaître leur petit-fils et que cela ne pourrait faire que du bien à Nathanaël de se savoir apprécié par cette branche si proche et pourtant si lointaine de la famille. Maximilien, plus sceptique, s’était rangé à son avis et le voilà donc, ce soir, nerveux et inquiet.

    A bien y réfléchir, Maximilien ne s’était jamais affranchi de ses parents. Même si durant toute son adolescence, il avait été l’antithèse de ce qu’ils attendaient de lui, toutes ses frasques s’étaient déroulées hors de la maison. En société, chez lui, en soirée, au manoir, en dîner, il s’était toujours comporté comme l’aristocrate qu’on voulait qu’il soit et il s’était toujours plié à toutes leur règle. Il n’avait toujours demandé et cherché qu’une seule et unique chose : leur attention, leur assentiment et leur amour. Mais les Middle avait toujours été incapable de lui en donner. Ils se contentaient d’argent, de remarques et de critiques. Maximilien n’avait jamais cessé d’essayer d’être le fils parfait et il avait fini par renoncer. Lorsqu’il s’était décidé à demander Loréana en mariage, la réaction de ses parents avait été sans appel : c’était elle ou eux et il l’avait choisi elle parce qu’elle lui donnait de l’attention, parce qu’il avait son assentiment et surtout parce qu’elle était capable de lui témoigner de l’amour. Il n’avait jamais regretté sa décision et la naissance de Nathanaël n’avait fait que confirmer ses choix. Nathanaël que ses parents n’était jamais venu voir à la naissance, que ses parents avait peut-être entraperçu trois fois, sans même vraiment le regarder. Maximilien avait pourtant espéré que la naissance de son fils attendrirait ces deux sans cœurs mais rien… Rien n’avait changé et le rejet était resté le même alors Maximilien avait abandonné. Il s’était résigné à vivre en clos avec sa femme et son fils. Il n’avait finalement besoin de rien d’autre. Mais cette lettre… Cette lettre pouvait tout changer et bien qu’il fût maintenant un jeune homme accompli, Maximilien espérait que les données changent, que ses parents l’approuvent et l’aiment enfin et bien malgré lui, il craignait d’être encore une énième fois déçu…


    « Loréana, vous êtes prêts ? », hurla-t-il après un dernier coup d’œil dans le miroir. Apparurent alors dans l’encadrement de la porte de leur chambre à coucher sa femme qui n’avait peut-être jamais été aussi belle, dans une robe qui aurait pu lui couper le souffle et son fils, vêtu d’un petit costume fait également sur mesure. Il était mignon ce petit bout, ainsi vêtu dans son costard comme un pingouin mais Maximilien ne remarqua ni la beauté de sa femme, ni le côté adorable de son bambin, il ne vit qu’une chemise mal boutonnée. Il fondit sur son fils, comme Apollon après l’appel de Chrysès, et s’agenouilla devant lui. « Lor, je t’avais pourtant dit de faire attention. Il doit être impeccable. Je ne veux pas qu’il souffre de la moindre remarque ! » Ne remarquant par le regard noir de son épouse, Maximilien commença alors à déboutonner la petite chemise blanche de son fiston et à le reboutonner correctement tandis que l’enfant s’agitait. Il n’avait manifestement pas envie de subir une deuxième séance d’habillage. Celle que sa maman lui avait fait subir lui suffisait et la manière dont il bougeait dans tous les sens expliquait sans doute qu’il avait été mal boutonné. Maximilien le prit par les épaules et le remit en place : « Nathanaël, tiens-toi tranquille et ce soir aussi, il est hors de question que tu cours partout et que tu te comportes n’importe comment. Suis-je clair ? » Maximilien termina d’habiller le petit, sans faire attention au fait qu’il l’avait blessé et que l’enfant ni riait plus, ne souriait plus, ravalant quelques larmes, surpris de voir son père se montrer si brusque avec un trait de caractère qu’il trouvait habituellement amusant. Mais Maximilien ne remarqua rien. Il se contenta de se diriger vers la commode et d’en ouvrir le premier tiroir. Il fouilla quelque peu et finit par trouver ce qu’il cherchait : le joli collier avec un pendentif en forme de cœur en or qu’il avait acheté à Loréana un an plus tôt. Il alla se mettre derrière sa femme et la lui accrocha au cou sans même lui demander son avis : « tu seras mieux avec cela, chérie. », se contenta-t-il d’expliquer d’un ton neutre. Il ne faisait aucun doute que Maximilien n’était pas dans son état normal et qu’il était au fin fond de l’abime de la nervosité, de l’inquiétude et du mal-être. Il retourna dans la salle de bain et se parfuma avant de déclarer : « Bon, on fait un dernier tour de la maison. On vérifie que l’on a tout : les affaires pour Nath’, les cadeaux, les vêtements de rechange pour Nath’ au cas où et on y va ? ». Il fallait que quelqu’un l’arrête, et de préférence en douceur.



* Flash Back *
    « Monseur votre Père souhaiterait que vous finissiez une demi-heure plus tôt aujourd’hui. Il serait bon que vous préveniez votre précepteur ». L’enfant acquiesça sagement et laissa le majordome familiale s’incliner de quelques centimètres devant lui en guise de salut avant de se retourner pour quitter le couloir. Le petit, âgé d’une dizaine d’année, était blond comme les blés, vêtu d’un pantalon de costume noir, d’une simple chemise à carreaux rosâtre et marchait de manière décontracté dans ce manoir qu’il connaissait par cœur, une main dans la poche, sifflotant. De temps en temps, il croisait la route d’un domestique et s’empressait alors de sortir ses mains de ses poches, de se tenir droit pour jouer le maître junior des lieux. Les domestiques le saluaient poliment d’un « Monsieur Middle Junior » avant de poursuivre leur route. Maximilien, jeune prince du manoir, leur jettait des regards froids et répondait d’un signe de tête digne. Tout cela était hypocrite puisqu’il continuait ensuite sa route, de manière décontracté, comme un enfant normal. Il détestait cela, se faire passer pour un seigneur détaché, drapé dans sa prestance orgueilleuse mais c’était ce qu’on attendait de lui et tous se seraient étonnés si son attitude avait été différente. Pire, cela aurait pu arriver aux oreilles de son père et de sa mère. Seule Marie, sa nounou, qui l’avait élevé et seule Nancy la cuisinière qui était l’une des rares domestiques stables de ce château et qui l’avait vu naître, le traitaient comme un bambin de la plèbe, le câlinant, le tutoyant, l’appelant par son prénom (ou plutôt son surnom), le choyant, le câlinant et parfois même le rudoyant quelque peu. Après un trajet de plusieurs longues minutes, l’enfant était parvenu à quitter son aile du château et à arriver dans l’aile familiale. Il se dirigea vers la plus grande, haute et vaste pièce de la demeure : la bibliothèque. C’était là que son père avait décidé que ses cours privés se donneraient. Un précepteur venait tous les jours de semaine de 10h à 13h et de 14h30 à 17h pour éduquer l’enfant aux arts libéraux. Aujourd’hui, d’après les informations que Maximilien avait reçues, son père en avait voulu changer la donne, certainement pour laisser à Marie le temps de préparer son fils. Un énième dîner mondain devait encore être organisé. Maximilien soupira à la perspective de devoir se fondre dans la masse, conversé avec Tempérence Sellinger au lieu de rigoler avec Léo dans le canapé de sa chambre.

    L’enfant poussa la lourde porte de la bibliothèque. La lumière était allumée. Il s’avança, progressant entre les rayons, ne pouvait s’empêcher de flâner en lisant l’un ou l’autre titre. Heureusement pour le garçonnet qu’il était, Maximilien adorait apprendre, adorait lire et ces heures de cours – hormis le côté pompeux du précepteur – n’étaient pas désagréables, que du contraire. Quand il entendait Léo raconter comment cela se passait dans les petites écoles, les chahuts, les lenteurs, la répétition des informations, il était pour la seule et unique fois de sa vie heureuse de sa condition. Enfin, il parvint au centre de la pièce. Des fauteuils bordeaux entouraient une cheminée dans laquelle le feu crépitait et sur la table trônaient les livres sur lesquels ils allaient travailler. Le précepteur était debout à côté d’une chaise, attendant son élève. Maximilien s’avança mais ne dit rien. C’était au précepteur de saluer en premier.
    « Bonjour Monsieur Middle. J’espère que votre repas s’est bien passé et que vous êtes en forme pour reprendre votre cours de grec ? » Maximilien se tint bien droit avant de répondre « Bonjour Monsieur Desplaces, tout s’est bien passé, je vous remercie. Mais Kedbury m’a fait savoir que Père souhaiterait que vous arrêtiez votre cours une demi-heure plus tôt aujourd’hui. » L’enfant écouta à peine la réponse de son maître et s’installa à table. Il prit le manuel de grec : « Bien, Monsieur Desplaces, nous commençons ? »


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Mar 19 Avr 2016 - 22:10


    Il ne perdait rien pour attendre. Quand elle parviendrait à mettre la main dessus, le petit monstre allait regretter d’avoir tenté de lui échapper. Oh oui, il serait habillé comme le petit prince qu’il était. Et tiré à quatre épingles, s’il vous plaît ! Mais pour cela, il faudrait d’abord l’attraper. D’ordinaire, cela n’aurait posé aucun problème à Loreana Wilde. Souple et svelte, la jeune mère avait entretenu son corps et sa condition physique de manière à pouvoir jouer avec son petit ange – et, surtout, soyons honnêtes, de manière à être sûre de le battre à la course ou de l’attraper durant d’interminables parties de touche-touche. Ainsi, lorsque le bambin, parfois capricieux, refusait de prendre son bain et s’enfuyait, nu, à travers l’appartement, la prof de potions n’avait aucune difficulté à se saisir de l’enfant avant qu’il ne puisse plonger sous le canapé ou se cacher derrière une porte (il était d’ailleurs très mauvais pour se cacher de sa mère, puisqu’il ne parvenait jamais à se retenir de pouffer bruyamment s’il trouvait une cachette judicieuse). Mais ça, c’était ce qui advenait lorsque la situation était normale. Et elle était loin de l’être. D’abord, parce que Loreana n’était pas vêtue, comme à l’accoutumée, de vêtements simples mais confortables, qui la laissaient totalement maîtresse de ses mouvements. Pas de jeans ou de pantalon large, pas de simple t-shirt ou sweater à capuche aussi doux que commode. Au contraire, elle était vêtue d’une robe blanc cassé, relativement moulante, qui, si elle lui conférait indéniablement une grâce et une élégance rare, était tout à fait inadaptée aux course-poursuites avec un petit démon récalcitrant. Pareillement, elle se devait d’être prudente, de ne pas être trop brusque, histoire de ne pas réduire à néant les deux heures qu’elle venait de passer à mettre en forme un chignon tressé qui ne lui donne l’air ni trop stricte, ni trop laxiste. Elle avait déjà pu, au début de la lutte avec son fils, voir, avec horreur, une mèche rebelle s’échapper de la coiffure ingénieuse… Elle s’était alors mirée avec anxiété dans la glace de sa chambre, pour finalement décréter que cette mèche rebelle ne faisait que renforcer la coiffure en lui offrant un côté très légèrement débraillé, mais comme si cela avait été recherché. Mais elle ne pouvait plus se permettre le moindre geste brusque : une mèche rebelle supplémentaire briserait l’équilibre fragile du montage capillaire. Pourtant, il y avait un monstre à capturer. La jeune mère avait commencé par demander à l’ange démoniaque de se rendre sans résistance… Mais n’avait obtenu pour seule réponse qu’un gloussement étouffé. Elle avait ensuite employé un ton plus ferme, quoiqu’encore (et le gamin devait bien le sentir) amusé, en exigeant sa reddition immédiate et sans condition, sans quoi elle le condamnerait à la torture des chatouilles jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le succès ne fut pas plus au rendez-vous que lors de la première sommation. Voyant que, mine de rien, l’heure tournait, la jeune mère avait fini par se saisir de sa baguette et, d’un sortilège informulé, avait attiré le bambin à elle. Ce dernier, outré, avait protesté avec véhémence, vexé par la technique déloyale employée par sa mère – qu’il ne manquait pas de qualifier de tricheuse, au passage.
     
    Sa protestation n’eut pour résultat qu’un rire doux de la jeune femme, et un baiser sur le front. Puis, la mère s’agenouilla – tant bien que mal – et posa une main délicate sur la joue de son petit ange aux yeux pétillants.
    « Je sais que tu n’aimes pas tes habits du dimanche, mais… » Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que, déjà, l’enfant répondait. « Habits de pingouin ! Pingouin, pingouin ! ». Elle réprima un sourire. Elle nota pour elle-même qu’elle devrait penser à toucher un ou deux mots à Léo. Ce devait surement être cet hurluberlu qui avait appris un pareil vocabulaire à son fils. « Peut-être, mais le plus élégant des pingouins de la terre. Enfin, après que j’ai réussi à boutonner cette chemise correctement ». L’enfant soupira, mais se laissa faire de mauvaise grâce. Enfin, « se laissa faire ». Pour les cinq premières secondes uniquement. Dès la sixième, il se gratta le bout du nez. A la septième, il observait le plafond en chantonnant et se dandinant au rythme d’une comptine. A la huitième, il tentait de se défaire des bras de sa mère pour attraper une mouche. A la neuvième, Loreana le rappelait à l’ordre avec douceur, ce qui lui offrit deux secondes de calme. Puis, à la douzième seconde, le jeune garçon avouait à sa maman qu’il n’aimait pas « les boutons » - comprenez les chemises. Après une bonne minute de bataille, Loreana était enfin parvenue à habiller son petit angelot. Satisfaite, elle se releva pour l’observer et ne put s’empêcher de fondre devant ce petit bout d’homme dans son costume. Il était parfait. Enfin… Mis à part que la chemise avait été mal boutonnée. Un profond désespoir s’empara soudain de la jeune mère qui fut prise du désir intense de se jeter dans le lac de l’école, mais elle le chasse à coup de pied dans le derrière et fit contre mauvaise fortune bon cœur : après tout, la chemise mal boutonnée ne faisait que rendre l’enfant plus adorable. Avec un demi sourire, elle rajusta le blouson du garçon, de manière à dissimuler au maximum les boutons récalcitrants, puis caressa avec tendresse la tignasse blonde du fils de Maximilien. Tiens, en parlant du loup… Le jeune père, depuis une autre pièce, appelait ses deux trésors, d’une voix qui ne lui ressemblait pas et trahissait sa nervosité : « Loréana, vous êtes prêts ? » Ladite Loreana adressa un sourire, puis un petit geste de tête à son fils, et ils s’avancèrent pour retrouver l’autre blondinet.
     
    Ce dernier aurait pu être très beau. Dans un costume sur mesure, qui mettait en valeur l’élégance naturelle de ses traits, Maximilien aurait pu être rayonnant et provoquer un désir ardent chez sa femme. Il aurait pu, si ses traits n’étaient pas crispés dans un mélange d’intransigeance et d’incertitude. Loreana se retint de soupirer. Elle savait combien son époux – elle ne parvenait toujours pas réellement à réaliser que ce jeune homme si beau était son époux – appréhendait les quelques heures qui allaient suivre. À vrai dire, la jeune mère ne l’était jamais vu aussi stressé. Lui qui respirait d’ordinaire la joie de vivre, la désinvolture et l’élégance nonchalante, il avait les épaules plus hautes, la mâchoire semblait plus serrée et le front plus plissé que d’habitude. L’espace d’un instant, à voir son mari dans un pareil état, Loreana s’en voulu de l’avoir forcé – il disait le contraire, mais il fallait bien admettre que c’était le cas – à accepter l’invitation de ses parents. Cela faisait deux ans que les Middle n’avaient quasiment pas donné signe de vie, comme s’ils reniaient leur fils et sa famille, et voilà que, tout à coup, une invitation tombait du ciel – littéralement : le hibou des aristocrates n’avait même pas daigné se poser pour leur apporter la missive et l’avait tout simplement jetée sur une table avant de ressortir aussi vite qu’il n’était entré. Il y avait de quoi être décontenancé. Si Maximilien avait, dans un premier temps, refusé d’envisager de réponse positivement, sa femme avait su le convaincre d’au moins voir ce qu’ils leur voulaient – et cela permettrait à Nathanaël de rencontrer ces grands-parents, au sujet desquels il posait mille et une questions. Lorsque le jeune homme avait enfin cédé, Loreana avait jubilé à l’idée de pouvoir prendre sa revanche et gagner l’estime des vieux schnoks prétentieux… Mais maintenant, à voir son bel amant ainsi tendu, elle se demanda si c’était réellement une bonne idée. De toute façon, ils n’avaient plus le choix : l’invitation avait été acceptée, et ils devraient y aller, quoi qu’il en coûte. Elle réfléchit à toute vitesse pour trouver les mots justes afin de rassurer le bel apollon, mais ce dernier fut plus rapide : il fondit sur son fils, l’air mécontent.
    « Lor, je t’avais pourtant dit de faire attention. Il doit être impeccable. Je ne veux pas qu’il souffre de la moindre remarque ! »
     
    Aïe. Évidemment qu’il remarquerait les boutons. Il voulait que tout soit parfait. Ce perfectionnisme outrageux aurait pu faire sourire la jeune mère si elle n’avait pas senti un réel reproche dans la voix du jeune père. Elle se prépara à décocher une flèche de parthe bien sentie, mais se ravisa au dernier moment. Vu l’état dans lequel il était, Maximilien avait besoin de soutien plus que de sarcasme. Elle fit un pas vers le père et son fils afin de participer à l’habillage, mais elle se dit qu’il pourrait être amusant de regarder Maximilien lutter contre son fiston. Avec un demi-sourire, elle le laissa donc constater à quel point il pouvait être difficile d’habiller le petit monstre. Mais le sourire disparu bien vite, lorsque l’apprenti professeur de potions calma son fils d’un geste brusque. Les yeux pétillants du fiston s’éteignirent soudain dans un océan d’incompréhension, et il fit un effort pour contenir ses larmes, alors qu’il cherchait un peu de douceur dans le dur regard paternel.
    « Nathanaël, tiens-toi tranquille et ce soir aussi, il est hors de question que tu cours partout et que tu te comportes n’importe comment. Suis-je clair ? » Sous le choc – c’était la première fois que Maximilien se montrait aussi austère et sévère –, Loreana ne sut comment réagir. Elle fut prise d’une furieuse envie de remettre l’ancien Serdaigle à sa place, à coup de gifle si nécessaire, mais une petite voix dans sa tête lui expliquait qu’elle n’y gagnerait rien et que ça ne ferait que rajouter de l’électricité à l’atmosphère. Elle se contenta donc d’offrir un regard compatissant et tendre à son fils, qui se réfugia auprès d’elle dès que le père se fut lever. Le regard dur, elle observa Maximilien qui trifouillait dans une armoire. L’homme en sortit un pendentif, qu’il avait offert à sa femme un an plus tôt, et lui accrocha autour du cou. Dans l’opération, Loreana put sentir que le jeune homme tremblait un peu. « Tu seras mieux avec cela, chérie. » Puis, sans réellement la regarder, il s’en fut dans la salle de bain. Profitant de son absence, la jeune mère se baissa et chuchota à l’oreille de son fils : « Nathou, tu veux bien aller attendre devant la porte un instant ? Maman aimerait parler un peu à papa. » Le bambin acquiesça, et s’éloigna d’un pas un peu moins guilleret qu’à l’accoutumée. Lorsque Maximilien ressortit de la salle de bain, Loreana se planta ostensiblement dans son chemin, les bras croisés. Elle planta son regard dans les yeux de son mari. « Maximilien Enzo Middle, je vais devoir vous demander de vous calmer. », lança-t-elle d’un ton sec. « Tu réalises que tu as fait peur à Nathanaël ? » Question rhétorique. Bien sûr que non, il ne le réalisait pas. Elle s’attendrit quelque peu lorsqu’elle lut une profonde détresse sur le visage du bel amant. « Écoute, je sais à quel point tu es anxieux. Je sais que je t’ai un peu forcé à accepter cette invitation… Si, je t’ai forcé, et tu le sais. Je ne reviendrai pas sur les mille raisons qui me font croire que nous faisons le bon choix en permettant à Nathanaël de rencontrer ses grands-parents. Parce que oui, nous faisons le bon choix. Alors arrête de t’en faire. »
     
    Elle s’approcha de lui, et l’attira à elle en l’entourant de ses bras. Elle voulut l’embrasser, mais elle s’arrêta à quelques millimètres de ses lèvres.
    « Tout va bien se passer. Tu es ravissant, tu es parfait. Moi, je porte la superbe robe que tu m’as offerte pendant notre voyage de noces, et j’ai passé trois heures à me coiffer. Quant à Nathanaël, il est parfait. S’ils sont un minimum humains, ils vont fondre. Pour résumer : tu es parfait, je suis parfaite, il est parfait. Tout va être parfait. » Et elle l’embrassa tendrement, en tentant de lui transmettre toute la sérénité qui l’habitait. Lorsqu’elle rompit le baiser, elle s’écarta de quelques pas, en accentuant son déhanché, et attrapa son mari par la main. « Allons conquérir le cœur des vieux schnoks ! » , lui lança-t-elle avec un clin d’œil.


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Sam 23 Avr 2016 - 13:28

    Le niveau d’inquiétude et de malaise de Maximilien avait atteint son maximum. Le fait de revoir ses parents après tant d’année le perturbait plus que ce qu’il aurait pensé. Cela faisait déjà plusieurs jours que l’idée le paniquait. Et pourtant, cela faisait des mois, des années qu’il pensait être débarrassé de la pression de ces deux vieux nobles aigris, désagréables, froids, glacials. Depuis qu’il avait construit sa famille, sa véritable famille, depuis qu’il s’était fiancé et ensuite marié, depuis que Nathanaël était né, il s’était complètement détaché de l’environnement dans lequel il avait grandi. Il avait cessé de rechercher l’approbation de ses parents, leur amour, leur attention, leur affection, leur soutien. S’en était fini de sa souffrance, de sa douleur lorsqu’il pensait à eux, Loréana avait tout comblé par sa douceur (et sa rudesse), son amour (et ses sarcasmes), son attention (et ses moqueries). Mais lorsque cette lettre était arrivé, l’ancien serdaigle avait senti ses doutes remonter, ses inquiétudes se manifester. Il s’était senti au pied du mur, incapable de penser. Sa première réaction avait été sans appel : ils n’iraient pas là-bas. Il refusait de prendre le risque de voir Nathanaël soumis aux mêmes jugements critiques que lui, à l’époque, de voir son fils analyser, juger, persécuter par ce couple sans cœur. Mais Loréana, qui pourtant avait toutes les raisons du monde de les haïr et de refuser l’invitation, avait mis sur le tapis d’autres arguments, d’autres questions. Nathanaël ne cessait de poser des questions sur ses grands-parents, il voulait les connaître, comprendre et les deux jeunes mariés ne savaient jamais quoi leur répondre. Leur fils n’aurait déjà pas la chance de connaître ses grands-parents maternels, il avait besoin de réponse, de comprendre. Il fallait qu’ils les voient. Maximilien s’était résigné et ralliée à l’avis de son épouse. Il était prêt à donner une chance à ses parents. Mais « leur donner une chance » signifiait « avoir des attentes » qui risquaient d’être déçues. Il espérait, bien malgré lui, voir un peu de fierté dans les yeux de son père, de l’amour dans les yeux de sa mère. Alors ce soir, il était paniqué. Il voulait que tout soit parfait pour mettre toutes les chances de son côté, pour que cela se passe bien, pour qu’il obtienne peut-être enfin tout ce dont il avait toujours rêvé, tout ce qu’il avait toujours mérité.

    Mais son malaise était communiquant. Il était agressif et virulent, incapable de prendre de la distance et de réfléchir. Lorsqu’il avait vu son fils et sa femme rentré, son attitude avait été l’antithèse de tout ce qu’il était d’habitude. Là où il aurait été bouche baie, en admiration devant la tenue séduisante et magnifique de sa femme, il s’était montré indifférent et froid ; là où il aurait été amusé et attendri par l’attitude hyperactive de son fils, il s’était montré brusque et sec. Son agressivité ne semblait pas plaire à sa femme, mais il ne remarqua rien. Se contentant de poser sur son fiston un geste autoritaire pour le maintenir en place et de lui donner des injonctions précises mais glaciales. Si Léo avait été là, il l’aurait certainement attrapé par le col, regardé dans les yeux pour lui ordonner de se calmer. Léo se montrait très protecteur vis-à-vis de Loréana et Nathanaël même si il continuait de faire le pitre. En temps normal, Loréana ne se serait pas gênée pour lui dire clairement le fond de la pensée mais elle n’en fit rien. Maximilien se retourna, inconscient de son comportement, pour aller chercher un collier et parer sa femme. Il entendit vaguement Loréana s’adresser à leur fils mais n’y fit pas attention, concentré sur sa tâche. Il n’avait pas vu la peur et la tristesse de Nathanaël, il n’avait même pas remarqué que ce dernier avait quitté la pièce. Lui, qui était un papa poule, toujours à veiller sur son enfant…Rien n’allait plus ! Il accrocha le collier autour du cou de sa douce et retourna dans sa salle de bain pour se parfumer un petit peu. Il revint ensuite dans la chambre, prêt à prendre leurs enfants, sa femme et son fils et à partir mais il trouva Loréana Wilde campée devant lui, les mains sur les hanches, une moue chiffonnée :
    « Maximilien Enzo Middle, je vais devoir vous demander de vous calmer. »

    Maximilien s’arrêta net dans son mouvement. Il fronça les sourcils et s’apprêta à répondre sèchement à sa femme, à lui dire qu’il n’avait pas le temps pour ses enfantillages, qu’ils seraient en retard s’il faisait sa mauvaise tête, qu’il attendait d’elle qu’elle fasse un effort ce soir, qu’elle se montre correcte envers ses parents, qu’elle ne fasse pas de cinéma, qu’elle tienne leur fils à l’œil et qu’elle se montre moins laxiste que d’habitude. Mais il n’eut pas le temps de s’exprimer et heureusement. Loréana avait enlevé ses mains de ses hanches pour une poser une sur le bras de Maximilien et elle avait pris une position plus douce, une voix plus tendre :
    « Tu réalises que tu as fait peur à Nathanaël ? » Et là, le choc ! Les mots de Loréana frappèrent Max de plein fouet, qui resta bouche ouverte, sans rien répondre. L’idée fit son chemin dans son cerveau, comme un électrochoc et il réalisa enfin son attitude. Lui, le père aimant (mais stricte) et doux s’était montré sec, agressif envers son fils qui n’avait rien fait d’autre que d’être lui-même, le bambin énergique et joyeux qu’ils avaient mis au monde. Il n’avait pas le droit d’être ainsi. Il ne pouvait pas se montrer méchant avec son petit. Il se faisait l’impression d’être comme son père. Il avait justement voulu éviter que Nathanaël se sente mal à l’aise face aux jugements de ses grands-parents et voilà qu’il lui imposait ce malaise venant de son propre père, de lui-même ! Voyant que ses paroles avaient fait mouche, Loréana repris avec plus d’amour dans la voix : « Écoute, je sais à quel point tu es anxieux. Je sais que je t’ai un peu forcé à accepter cette invitation… Si, je t’ai forcé, et tu le sais. Je ne reviendrai pas sur les mille raisons qui me font croire que nous faisons le bon choix en permettant à Nathanaël de rencontrer ses grands-parents. Parce que oui, nous faisons le bon choix. Alors arrête de t’en faire. » Maximilien acquiesça. Elle avait raison. Ils avaient fait le bon choix et c’était à lui, l’adulte, de gérer pour que Nathanaël n’ait pas à souffrir de cette situation. Voyant son air désolé, Loréana s’approcha encore plus de lui et le prit dans ses bras avant de lui murmurer à l’oreille : « Tout va bien se passer. Tu es ravissant, tu es parfait. Moi, je porte la superbe robe que tu m’as offerte pendant notre voyage de noces, et j’ai passé trois heures à me coiffer. Quant à Nathanaël, il est parfait. S’ils sont un minimum humains, ils vont fondre. Pour résumer : tu es parfait, je suis parfaite, il est parfait. Tout va être parfait. » A ces mots, Maximilien laissa sortir un petit rire, reconnaissant bien sa femme et son ego surdimensionné dans ses propos mais elle n’avait pas tort. Leur petite famille était parfaite et si ses parents n’en étaient pas satisfaits, ils n’auraient qu’à aller se faire voir ailleurs. Maximilien embrassa tendrement sa femme et la regarda dans les yeux : « Tu as raison, mon Amour, je suis vraiment désolé. Toi et Nathou vous êtes tout ce que j’ai, vous êtes parfaits, c’est vrai et je vous aime plus que tout. » Il se détacha d’elle et alla chercher le sac à dos préparé avec les affaire de Nathanaël. Il se dirigea vers la porte de la chambre, mais avant de sortir, il se pencha dans le dos de son épouse, l’embrassa dans le cou et lui murmura à l’oreille : « Au fait, mon trésor, tu es vraiment sublime. » Et il quitta la pièce, comme si de rien était.

    Le père de famille descendit les escaliers et arriva dans le salon. Il trouva son petit garçon assis dans le canapé, tournant et retournant ses mains, gêné, triste, le regard fixé sur le sol et un sentiment de culpabilité l’envahit. Il avait rendu amorphe son fiston plein de vie. Il se dirigea alors vers son fils et s’agenouilla devant lui, pour se mettre à sa hauteur et prit son menton dans ses mains pour obliger l’enfant à le regarder :
    « Nathou, chéri, Papa est vraiment désolé. Il a été un peu froid avec toi tout à l’heure mais tu es un grand garçon, maintenant et tu peux comprendre. Papa est un peu stressé mais Il n’aurait pas dû se fâché sur toi. Tu es très beau dans ton costume et… » L’enfant ne laissa pas son père finir car il se jeta dans ses bras pour lui faire un immense câlin. Maximilien eut un large sourit et serra son fils dans ses bras. Au bout de quelques secondes, le petit se détacha de son paternel. Il avait retrouvé toute sa forme et sa bonne humeur. Il se mit à marcher comme un canard et à brailler : « pingouin, pingouin, pingouin ». Loréana qui était arrivé entre temps leva les yeux au ciel et Maximilien éclata de rire : « je suppose que nous devons remercier Léo, pour cela… », dit-il sobrement. Quelques secondes plus tard, il avait pris son fils dans ses bras, attrapé la main de sa femme et ils parcouraient tous les trois les couloirs de Poudlard, le parc de Poudlard pour se retrouver devant les grilles. Ils se collèrent l’un à l’autre et transplanèrent dans un « pop » sonore.

    Ils se tenaient là, devant des grilles gigantesques, qui laissaient entrevoir un parc gigantesque, une allée gigantesque et tout au bout de cette allée gigantesque un manoir gigantesque. Nathanaël qui était toujours dans les bras de son père, se serra un peu plus contre lui, impressionné par la demeure et par les lieux (lui, l’enfant qui pourtant grandissait dans l’immensité de Poudlard). Maximilien posa son fils par terre et ébouriffa ses cheveux. Il sortit sa baguette et toucha un endroit précis de la grille qui reconnut sa magie et s’ouvrit. Il faisait sombre, la famille s’avançait, silencieuse, taciturne, morose. Il ne pleuvait pas mais tout était lugubre et triste. Ils étaient à peine arrivés sur le seuil du manoir, que la lourde porte s’ouvrit et en sortit le majordome, sévère. Maximilien réprima un sourire. Kudbury était au service de la famille depuis son enfance et ce dernier, pourtant attendri, prenait son rôle très au sérieux. Ce dernier se tenait droit, austère face à cette petite famille que, Maximilien le savait, il était certainement content de rencontrer.
    « Monsieur Middle, ravi de vous revoir. Madame Middle, Monsieur Middle Junior » commença-t-il en inclinant sa tête en guise de salut. Nathanaël, pour une fois, impressionné resta silencieux. Ils entrèrent et le majordome referma la porte derrière lui : « Messieurs dames, puis-je vous débarrasser ? » A peine avait-il prononcé ces mots qu’un valet de pied était apparu pour prendre mentaux et sacs. « Merci Alfonse », avait dit Maximilien, en le voyant partir avec toutes leurs affaires. Il était touché de revoir tous ces domestiques qui avaient pris soin de lui, durant son enfance mais il se sentait triste de les voir si distant, si éloigné. Il se promet mentalement d’aller voir Nancy, la cuisinière, auprès de laquelle il avait passé des journées entière. Elle avait été la seule (avec sa nourrice) à le traiter comme un enfant normal, à le choyer, le tutoyer et Maximilien brûlait de lui présenter sa femme et son fils. Il fut sorti de ses pensées par la voix de Kudbury : « Veuillez me suivre, s’il vous plait. » Ils traversèrent le grand hall, pour arriver devant une immense porte, la porte du salon privé que le majordome ouvrit. Alea iacta est.

    Kudbury entra en premier dans la pièce pour les annoncer, comme les convenances le voulaient. Maximilien l’entendit dire :
    « Monsieur Maximilien Middle, Madame Loréana Middle et Monsieur Middle junior. » Il lança un regard en biais à Loréana. Il la sentait plus nerveuse que ce qu’elle laissait paraître et ils entrèrent. Maximilien, le premier s’avança, en poussant un petit peu son fils devant lui. Il se campa devant ses parents : « Père, Mère. Je vous présente Nathanaël, votre petit fils. » Les parents Middle scrutèrent l’enfant d’un œil froid : « Bonsoir Maximilien, enchanté Nathanaël. » L’enfant prit cela pour une invitation et sans crier gare, s’avança vers les époux Middle senior et les embrassa chacun sur la joue : « Coucou Papy, bonjour Mamy. » Maximilien réprima un sourire et grimaça. L’enfant avait dû apprendre cela dans un livre. Il avait pourtant pris la peine de préciser à son fils qu’il devait les appeler « grand-père » et « grand-mère » mais le naturel enjoué du bambin avait repris le dessus. Maximilien ne le gronda point, refusant de redevenir l’être désagréable qu’il avait été plus tôt dans la soirée. Il se contenta d’aller s’asseoir, de laisser Loréana les saluer et d’attirer son fils sur ses genoux. A son grand étonnement, ses parents n’avaient pas réagi à la spontanéité de leur petit-fils, ils s’étaient contenté de se regardés étonnés, choqué mais n’avaient pas formulé la moindre remarque. Peut-être que ce dîner allait bien se passer, finalement. Quelques minutes passèrent et les voilà assis, les parents Middle face à la petite famille de Maximilien. Un silence s’était installé, silence que Lauren de Vigan Middle brisa, pour s’adresser à Loréana d’un ton pincé : « Loréana, je vois que vous avez toujours du mal à vous coiffer. » Finalement, le dîner n’allait peut-être pas si bien se passer.


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Dim 24 Avr 2016 - 0:57

    Elle fit quelques pas à reculons, un sourire en coin flottant sur le bout des lèvres, le regard planté dans les yeux de son amour. Elle lui tenait les mains, pour l’inviter à venir vers elle et à laisser derrière lui sa nervosité et sa rudesse. L’anxiété la conquit toute entière pendant une demi-seconde. Et si Maximilien n’avait pas apprécié son discours ? S’il n’arrivait pas à se débarrasser de ses peurs, s’il lui répondait sèchement et qu’il se montrait plus sévère encore ? Et si… il se mettait à sourire, puis à laisser échapper un petit rire… Soulagée, Loreana lui adressa un sourire étincelant, en se congratulant intérieurement de la manière dont elle avait réagi. Elle avait dû lutter, à plusieurs reprises, contre l’irrépressible envie d’asséner sur la caboche blondinette de Maximilien un sarcasme bien senti dont elle avait le secret. Et pourtant, son sens du tact (qui arrivait parfois à s’exprimer, même si la plupart du temps, la directrice des Bleu-et-Bronze préférait le bâillonner et l’enfermer dans un coin de sa tête où personne ne l’entendrait se débattre) et la connaissance qu’elle avait de son mari l’en avaient empêché. En effet, cela n’aurait probablement en rien arrangé l’humeur du jeune père, et l’aurait à coup sûr braqué plus encore. La jeune mère avait donc ordonné aux mots acides de ne pas quitter ses lèvres, et elle les avait ravalés en prenant sur elle. Et visiblement, sa décision avait été la bonne, puisque l’air rabougri et renfermé du jeune homme s’était progressivement envolé. Ses épaules s’étaient lentement abaissées et ouvertes, sa mâchoire s’était desserrée et son regard infiniment adouci. Tellement adouci que le jeune homme s’était emparé des lèvres de son épouse, comme dans un mouvement instinctif et terriblement tendre. Lorsqu’il se détacha d’elle, sa voix semblait apaisée, et son ton était beaucoup plus léger. « Tu as raison, mon Amour, je suis vraiment désolé. Toi et Nathou vous êtes tout ce que j’ai, vous êtes parfaits, c’est vrai et je vous aime plus que tout. » Elle hésita un instant à confirmer ses dires et à démontrer toute sa maîtrise de la discipline exigeante de l’autolançage de fleurs, mais elle jugea plus sage de se contenter de lui sourire et de lui adresser un nouveau clin d’œil, qui signifiait, entre autre, que – à moins que les vieux schnoks ne ruinent complètement son humeur, ce qui était fort probable – Maximilien pouvait s’attendre à une nuit plutôt chaude. Elle le regarda s’éloigner pour récupérer le sac à dos dans lequel les affaires de Nathanaël avaient soigneusement été préparées, et ne manqua pas de se faire la réflexion, au passage, qu’ainsi détendu, il était extrêmement séduisant dans ce costume qui lui donnait un air particulièrement viril mais décontracté… Et qui lui moulait avec sensualité le galbe de ses fessiers. Loreana se détourna afin de ne pas en oublier le repas familial, et esquissa un mouvement pour descendre les escaliers, mais, déjà, elle put sentir le parfum de son homme qui s’approchait dans son dos. Elle se figea lorsqu’elle le sentit se coller à elle. Son souffle chaud lui caressait la nuque, et cette seule proximité suffit à la faire frissonner. Imaginez donc à quel point le baiser que Maximilien lui déposa dans le cou lui fit de l’effet, surtout que ce petit allumeur ajouta quelques mots murmurés au creux de son oreille : « Au fait, mon trésor, tu es vraiment sublime. » Elle laissa échapper un léger soupir et voulut se tourner pour embrasser le jeune homme, mais ce dernier s’était déjà échappé et disparaissait, l’air de rien, dans l’escalier. Ses yeux lancèrent des éclairs, mélange de frustration et de colère amusée, et elle le suivit, l’air boudeuse, agacée d’imaginer le léger sourire satisfait que devait flotter sur ses lèvres.

    Lorsqu’elle fut arrivée dans le salon, elle trouvait les deux hommes de sa vie en pleine conversation. Enfin, « conversation » était un grand mot puisque, malgré son énergie et sa vivacité, Nathanaël restait un petit garçon de trois ans qui avait du mal à rester concentré plus de quarante-six secondes sur la même chose. Attendrie de voir son mari ainsi agenouillé face à son fils, elle s’arrêta et observa la scène de loin, en se gardant d’intervenir. Après tout, elle devait – même si c’était parfois difficile – aussi leur laisser des moments qui n’étaient qu’à eux deux. Elle n’entendit pas distinctement ce que Maximilien disait à leur enfant, mais elle sentit son cœur fondre et une chaleur apaisante s’emparer d’elle lorsque le gamin se jeta dans les bras de son père en riant. Que la vie semblait simple, à cet âge-là. Pardonner était aussi facile que de piquer une colère, rire était aussi simple que pleurer. Rien n’avait vraiment d’importance tant que papa et maman étaient là et souriaient. Elle aurait pu se faire la réflexion qu’elle ne faisait là que projeter un sentiment qu’elle n’avait jamais réellement connu, qu’elle n’avait pas connu ses parents suffisamment longtemps que pour savoir ce que signifiait réellement ce terme. Mais elle ne fit rien de cela, car le simple sourire éclatant des deux hommes de sa vie suffit à balayer tout doute ou tout sentiment négatif. Elle croisa les bras et profita de ce moment de pur bonheur, dans le cocon familial qui était maintenant le leur. Elle éclata d’un rire franc lorsque l’enfant, s’étant dégagé de l’étreinte paternelle, se mit à singer un manchot en scandant avec entrain un étrange refrain :
    « pingouin, pingouin, pingouin ». Elle soupira d’un air désespéré en levant les yeux au ciel. Elle s’avança vers le reste de sa famille, et lorsqu’elle fut arrivée à hauteur de Maximilien, ce dernier lui lança un regard complice. Visiblement, il avait également reconnu dans l’attitude de son fils la patte de son meilleur ami : « je suppose que nous devons remercier Léo, pour cela… » La manière dont la jeune mère fit rouler ses yeux dans ses orbites fut assez éloquent, et le père éclata de rire. Loreana se retint de lancer une pique destinée au jeune Sanchez : elle avait pris l’habitude honorable de ne pas (trop) casser de sucre sur les dos des absents. Mais il fallait avouer qu’elle se demandait parfois, dans un sourire attendri, ce qui lui avait pris d’accepter que pareil énergumène soit le parrain de son fils. Mais, à chaque fois qu’elle voyait l’hurluberlu faire le pitre pour un Nathanaël qui, riant aux larmes, en demandait encore, elle voyait tous ses doutes s’évaporer. Et puis les doutes revenaient lorsque son fils mimait le pingouin dans un beau costume fait sur mesure. Maximilien mit délicatement un terme à ce véritable spectacle en attrapant son fils et en le portant d’un bras, alors qu’il offrait l’autre à son épouse. La petite famille Bleu-et-Bronze (Loreana avait déjà prévenu Nathanaël que s’il n’atterrissait pas à Serdaigle, il était déshérité. Le petit, alors âgé de trois mois, n’avait rien répondu et s’était contenté de sourire d’un air rassasié, puisque sa tétée était terminée) quitta l’appartement et Loreana espéra que les couloirs du château seraient déserts. Elle n’avait nulle envie de rencontrer des hordes d’élèves qui s’attendriraient devant le mignon petit Nathou ou qui la complimenteraient sur sa tenue ou sa coiffure – elle trouvait d’ailleurs particulièrement injuste, quoi que rassurant, en un sens, que personne ne s’extasiât jamais sur les costumes de Maximilien. Heureusement, la petite famille ne croisa pas grand-monde, et ils atteignirent les grilles du château sans encombre et ils transplantèrent en vitesse.

    Loreana tenta de ne rien laisser transparaître, mais plus elle s’approchait de la porte du manoir, plus elle se disait que ce n’était pas une bonne idée, et qu’ils pouvaient encore faire demi-tour. Mais, avant qu’elle n’ait pu esquisser un mouvement en hurlant à Maximilien que c’était un piège et qu’il fallait dégager le plus vite possible, la grande porte s’ouvrit dans un grincement sinistre (ou bien était-ce son imagination ?). Le majordome austère qui apparut dans l’encadrement sembla légèrement familier à Loreana, qui se rappela l’avoir croisé lorsque, il y avait plusieurs années de cela, elle passait l’été dans l’aile de Maximilien. Elle voulut le saluer, mais deux considérations l’en empêchèrent. D’abord, elle réalisa qu’elle ne connaissait même pas son nom, car elle s’était méticuleusement tenue à l’écart des domestiques à chaque fois qu’elle était venue au manoir. Elle ne connaissait que Marie, la nounou de Max, qui était passée admirer Nathanaël à la maternité, et Nancy, la cuisinière, dont Max lui avait beaucoup parlé. Tous les autres, elle les avait quelque peu oubliés, à sa grande honte. Ensuite, elle devait avouer qu’elle n’en menait pas large, et elle n’avait plus la moindre idée de la manière dont le protocole fonctionnait vis-à-vis des majordomes et autres domestiques. Elle n’était jamais parvenue à se faire à l’idée même qu’on puisse avoir des laquais de la sorte, malgré les très nombreux cours que Maximilien lui avait dispensés. Elle jeta un rapide coup d’œil à son mari, qui semblait ému quoique tendu de revoir le vieux domestique. Ils entrèrent dans le silence (à sa grande surprise, même Nathanaël semblait écrasé par l’immensité et la solennité des lieux.
    « Monsieur Middle, ravi de vous revoir. Madame Middle, Monsieur Middle Junior » Waouw. « Madame Middle ». Cela signifiait-il que les Middle avaient finalement accepté l’idée qu’elle et Maximilien étaient mariés et qu’ils n’y pourraient rien changer ? Elle tenta de se rappeler de la manière dont l’invitation avait été formulée. Les vieux schnoks avaient-ils adressé leur courrier à « Monsieur et Madame Middle » ? Elle ne saurait plus l’affirmer avec certitude. Perdue dans ses pensées, elle laissa le valet emporter son manteau, et elle suivit machinalement son mari alors que Kudbury – voilà comment il s’appelait ! – les guidait à travers le dédale de couloirs. En les parcourant, Loreana frissonna tant ils lui paraissaient froids, et elle se prit à avoir pitié de son mari : ce n’étaient pas les couloirs dans lesquels un enfant pouvait souhaiter grandir. Elle s’en voulut presque de parfois taquiner le jeune homme sur la richesse de ses parents : son enfance avait dû être bien morne dans ses couloirs lugubres. Elle s’accrocha à son bras, qu’elle caressa délicatement. Elle voulait lui faire sentir qu’elle était là, juste à côté de lui, et qu’elle ne le laisserait pas affronter cette épreuve seul. Et, accessoirement, le savoir si proche la rassurait un peu aussi, même si elle tentait de cacher son anxiété. Pour décontracter un peu l’atmosphère (et pour paraître décontractée ?), elle lui chuchota à l’oreille : « Je préfère largement ta partie du manoir. Elle a l’air plus vivante. », et elle lui adressa un clin d’œil. Parvenue devant la porte de la salle à manger, elle respira profondément – et cela l’amusa de constater que Maximilien fit de même – lorsque le majordome pénétra dans la pièce. Nathanaël était le seul qui semblait un minimum serein, et il jetait de fréquents coups d’œil à la porte, comme s’il espérait voir les trois frères Peverell.

    Kudbury annonça Maximilien Middle, Loreana Middle – mon dieu, comme cela sonnait bien ! – ainsi que leur fils, Monsieur Middle junior – là, par contre, cela sonnait beaucoup moins bien, mais la directrice de Serdaigle décida de ne pas le relever et de prendre sur elle. Mari et femme échangèrent un regard – et il aurait été facile d’interpréter ce regard comme le dernier regard que se lancent des amants avant de se jeter dans la gueule du loup – et entrèrent dans la salle austère. Tout aussi austère que les deux maîtres des lieux, campés sur leurs jambes, droits comme des i, le regard hautain, le menton légèrement relevé et la tenue impeccable. Noah et Lauren Middle étaient exactement comme Loreana s’en souvenait : placides, aiguisés, comme deux vieux prédateurs qui la scrutaient pour la tailler en pièce au moindre signe de faiblesse. Une sagacité froide pouvait se lire dans le regard de Noah, alors que Lauren dégageait une aura de prestance presque malsaine. Ils n’avaient pas encore ouvert la bouche, mais Loreana pouvait déjà sentir la pluie de reproches et de piques à peine voilées qu’ils lui adresseraient. Tout dans leur attitude respirait la suffisance, et il ne fallait pas beaucoup d’imagination pour les imaginer offrir un pin’s à leur bru, sur lequel figurerait l’inscription « je suis une roturière et je n’ai même pas honte ». Elle décida toutefois de ne pas entrer dans leur petit jeu et s’efforça de leur offrir un sourire sincère. Maximilien lui-même sembla avoir enfilé son costume d’aristocrate, et il sembla à sa femme entendre dans sa voix une pointe de reproche lorsqu’il s’adressa à eux :
    « Père, Mère. Je vous présente Nathanaël, votre petit fils ». Loreana nota mentalement qu’elle devait exiger un trophée, à l’issue de cette soirée : elle résista à l’envie de coller son poing en plein milieu du visage de Noah lorsqu’il dévisagea son petit-fils avec une froideur à peine intéressée, un peu à la manière dont un éleveur jaugerait la portée récente d’une de ses chiennes. « Bonsoir Maximilien, enchanté Nathanaël. » Loreana nota mentalement qu’elle devait offrir un trophée à Nathanaël à l’issue de cette soirée : le gamin, interprétant sans doute les salutations de Noah comme une invitation, s’était approché de ses grands-parents de son pas guilleret, et avait tendu les lèvres pour les embrasser sur la joue. « Coucou Papy, bonjour Mamy. » Le temps sembla suspendre son cours. Loreana fit un effort colossal pour ne pas éclater de rire, et elle chercha Maximilien du regard. Il abordait une moue indescriptible, et la jeune femme su qu’il était également en plein effort pour ne pas laisser apparaître un large sourire sur ses lèvres. Comment les vieux schnoks allaient-ils réagir ? Comment, ironisa mentalement la prof de potions, les croquemorts allaient-ils supporter l’entrée de la vie, la vraie, dans leur petit monde morose ? La présence de Nathanaël, si pur, si vrai, si spontané, semblait déjà égayer la salle. À la grande surprise des deux parents, les grands-parents n’émirent aucun commentaire quant à « l’impertinence » ou au « manque d’éducation » de leur petit-fils. Seraient-ils déjà en train de tomber sous son charme ?

    A son tour, Loreana s’approcha d’eux pour les saluer. Elle salua Noah, puis, s’adressant à Lauren :
    « Je vous remercie pour votre invitation, ma chère Lauren. Je puis vous assurer qu’elle nous a fait grand plaisir. Permettez-moi de souligner à quel point vous êtes ravissante. » Bon, d’accord, elle ne le pensait pas vraiment. Mais depuis quand devait-on penser chaque mot des mondanités échangées ? Loreana avait déjà eu suffisamment l’occasion de fréquenter ce qu’elle appelait « la cour des Grands » pour savoir que l’hypocrisie y était un vice à la mode. Lorsqu’ils furent installés à table, un étrange silence s’installa, perturbé uniquement par Nathanaël qui chantonnait pour lui-même en observant ses grands-parents à qui il aurait souhaité poser mille questions. Ce fut Lauren qui brisa le silence – et démarra les hostilités : « Loréana, je vois que vous avez toujours du mal à vous coiffer ». Oh, la salo… Loreana se força à sourire, et échangea un regard furtif avec Maximilien. Elle crut y lire une résignation crispée : il aurait sans doute préféré que sa femme ne rétorque pas, mais il la savait incapable de se laisser marcher sur les pieds sans réagir. En gros, il serrait les fesses en attendant que ça passe. La directrice de Serdaigle replaça nonchalamment sa mèche rebelle – c’était bien sûr à cela que Lauren avait fait allusion – derrière son oreille et elle redressa la tête vers sa belle-mère. L’arc était bandé, il n’y avait plus qu’à décocher. « En effet, Lauren. Vous savez ce que c’est, les cheveux volumineux et coriaces, plein de vigueur et de vie… Enfin, je suppose que vous n’avez plus ce genre de problème, désormais ». Elle faillit rajouter « il paraît que cela se calme à la ménopause », mais jugea plus sage de ne pas le faire. Peut-être de quoi mériter un second trophée. Elle lui adressa un sourire que l’on pourrait aisément qualifier d’effronté, puis posa le regard sur Noah. Devait-elle leur montrer qu’elle ne se laisserait pas faire, ou chercher à tout prix à éviter un conflit ? « Au demeurant, j’ai demandé, pour la coiffure, l’avis de Garance Selinger, qui m’a personnellement conseillée cette petite pointe de désinvolture qui offre un peu de légèreté, ce qui fait écho à la coupe audacieuse de la robe que je porte – une création Selinger aussi, si je ne m’abuse. Je pense pouvoir affirmer qu’en matière d’esthétique féminine, on ne peut trouver d’avis plus éclairé que celui de Garance Selinger, vous en conviendrez ». Autre sourire un poil hypocrite. A nouveau, Loreana dut se retenir de terminer sa phrase par un « prends ça, vieille chouette ». Elle observa un instant Maximilien, qui avait baissé la tête pour une raison ou l’autre, puis Noah. Son air impassible semblait quelque peu troublé : était-ce parce qu’il n’appréciait pas l’impertinence de sa bru, ou parce que, bien malgré lui, il appréciait sa répartie ? Impossible de le dire. Alors, Loreana continua : « Et croyez bien que je demeure particulièrement attentive à l’image que je renvoie. Je suis membre de la famille Middle, désormais, et je me dois de me montrer digne de la position qui est désormais la mienne. Je suppose que vous avez vu le dernier article de la Gazette du sorcier à ce sujet ? ‘L’image de la famille se trouve rafraîchie et son aura n’est que renforcée par le mariage récent de l’hériter Middle avec l’élégante Loreana Wilde, qui s’est déjà forgé un nom dans le domaine des potions. Depuis l’annonce du mariage, l’action de la filiale Middle concernant les potions a d’ailleurs doublé de valeur’. C’étaient les mots exacts, je pense ». Autre sourire. Nathanaël se lança timidement dans un applaudissement de la tirade de sa mère, ce qui la fit sourire plus encore. La soirée allait être drôle.


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Lun 25 Avr 2016 - 21:46

    Curieusement, le fait de se retrouver devant les grilles du manoir familial procurait à Maximilien un étrange sentiment de liberté. Sans doute parce qu’il se trouvait devant elle, mais du côté extérieur. Combien d’heure n’avait-il pas passées, face à ces barreaux, de l’autre côté, à regarder la route, espérant entrapercevoir une personne du monde réel, un bout de cette terre à laquelle il n’avait pas accès. La propriété des Middle était gigantesque : le manoir, le parc, les bois, les serres, les écuries mais s’était développé chez l’enfant qu’il était un sentiment d’enfermement profond parce qu’ils n’avaient jamais rien connu d’autres. Tout se passait à l’intérieur de cette maison : ses cours avec son précepteur, la pratique de différents sports (allant de l’équitation jusqu’au quidditch, en passant par l’escrime ou le basket), les promenades, les jeux, les fêtes. Les rares fois où Maximilien avait le droit de sortir, c’était pour se rendre en famille dans une soirée mondaine : une voiture sorcière aux vitres teintées venait chercher les Middle devant les portes du manoir, et les portières n’étaient rouvertes que lorsqu’ils étaient arrivés au lieu de la réception, dans le manoir de quelqu’un d’autre. Maximilien, enfant, ne voyait rien du monde extérieur, ne savait pas à quoi ressemblait les autres coins de la terre et il s’en était senti extrêmement frustré. Son entrée à Poudlard avait été une bénédiction : voir une gare, rencontrer d’autres gens, se balader librement dans un autre domaine que le sien et lorsqu’en troisième, il avait pu se rendre à pré-au-lard, il s’était senti enfin libre et heureux. Ce sentiment de liberté nouveau, il l’avait oublié avec les années, tant cette dernière avait fini par lui semblé acquise ; mais ce soir, il l’envahissait à nouveau. Maximilien se sentait libre de l’autre côté de ses grilles : il avait le droit de ne pas entrer dans le manoir, il avait le droit d’en ressortir par la suite, de vivre comme bon lui semblait alors, étrangement, il se sentit heureux, malgré sa peur, malgré ses inquiétudes, heureux et libre !

    Le jeune père, empli de ces sentiments de plénitude, posa son fiston sur le sol – ce dernier, incapable de tenir en place, avait commencé à s’agiter dans ses bras, dès la fin du transplanage. Mais une fois sur la terre ferme, Nathanaël semblait tout de suite moins fier et moins rassuré, face à l’immensité de la demeure, il se tenait bouche bée, comme écrasé par la vue qui s’offrait à lui. Maximilien lui posa une main sur l’épaule, comme pour signaler à son enfant qu’il était à ses côtés et après un rapide échange de regards avec sa femme, pour se donner mutuellement du courage, il sortit sa baguette magique. La demeure Middle avait été magiquement équipée pour reconnaître la trace magique des membres de la famille ; il fallait simplement savoir comment s’y prendre. Maximilien compta trois barres verticales et déposa sa baguette contre le fer forgé, à gauche. Quelques étincèles se produisirent et la grille s’ouvrit dans un grincement lugubre. La petite famille pénétra dans le domaine. Ils progressaient sur l’immense allée et, plus approchaient la bâtisse, moins ils se sentaient confiants. Peut-être avaient-ils commis une erreur, peut-être devaient-ils faire demi-tour et fuir, fuir cet endroit, fuir les Middle seniors, fuir le piège dans lequel ils avaient l’impression de se jeter mais c’était trop tard pour changer d’avis : les grande portes venaient de s’ouvrir et le majordome de la famille, Kudbury, venait d’apparaître. Un cours instant, Maximilien eut l’impression que ses doutes s’étaient à nouveau envoler, tant il était content de revoir cet homme à qui – il fallait bien le reconnaître – il en avait fait voir de toutes les couleurs à l’époque et qui, malgré la haute estime qu’il avait pour sa fonction, avait toujours couvert les frasques du bambin qu’il était. Comme le protocole le voulait, il laissa Kudbury le saluer, saluer sa femme et son fils, avant de lui répondre enfin :
    « Bonsoir Kudbury, je suis moi-même très heureux de vous revoir. » Une fois entré dans le grand hall, Maximilien s’enquit de la santé du majordome qui ne répondit que sommairement, pressé d’accomplir sa tâche. Ce dernier leur proposa, comme de coutume, de les débarrasser de leurs parures et affaires. Un valet de pied parut – ce dernier, rodé aux nobles us et coutumes attendait certainement derrière une porte, depuis leur entrée, que la fameuse phrase soit prononcée pour surgir au moment précis où on avait besoin de lui. Maximilien le reconnut difficilement : il s’agissait d’Alfonse, un valet de pied qui avait déjà plusieurs années de service à son actif. Maximilien s’étonna de le voir toujours là : autant le majordome, Kudbury, l’intendante, Madame Devoix et Nancy la cuisinière (appelée par les parents Middle Madame Parcus, puisque la cuisine faisait partie des domestiques qui avaient droit d’être appelé par leur nom de famille) avaient été des domestiques stables dans le manoir. Autant les valets de pied, les valets de chambres, les dames de chambres, la fille de cuisine, le chauffeur, les écuyers, les femmes de ménages, etc. eux avaient toujours été volages : aussi vite engagés, aussi vite renvoyés par l’affreuse, terrible et effrayante Lauren Middle. Alfonse avait manifestement su faire ses preuves et étaient toujours là. Tant mieux pour lui.

    La voix de Kudbury sortit Maximilien de ses pensées. Ce dernier les enjoignait à les suivre. Vu les couloirs qu’ils empruntaient, Maximilien comprit tout de suite qu’ils allaient avoir droit au salon d’invités proches et retreints. Il n’osa pas expliquer à sa femme qu’ils n’avaient en tout cas pas trop à espérer puisqu’ils ne seraient pas reçu dans le salon familiale (ceci dit, le fait qu’ils n’aient pas été reçu dans le salon d’invité tout court était déjà une bonne nouvelle). Le dédale de couloir semblait impressionner le petit Nathanaël qui, sans avoir perdu de son énergie dans sa marche, avançait calmement, silencieux, observant les murs et les plafonds. L’enfant, qui avait grandi à Poudlard ne pouvait pas être effrayé par la taille de l’endroit ; c’était manifestement plutôt sa froideur, sa rudesse, sa solennité qui l’oppressait. Maximilien se sentit désolé pour son fiston et réitéra son geste, en posant une main sur son épaule comme pour le rassuré. Nathanaël ne semblait pas le seul gêné par le long couloir sombre et ténébreux puisque quelques secondes plus tard, Maximilien sentit un bras se glisser autour du sien. Un léger coup d’œil à sa femme lui permit de comprendre qu’elle n’en menait pas large même si elle donnait le change d’apparence. Il lui lança un petit sourire rassurant et se colla plus à elle, souhaitant lui montrer qu’il comprenait, qu’il était là, qu’il ne la laisserait pas seule ici. Loréana répondit à son sourire avant de se pencher à son oreille pour lui murmurer :
    « Je préfère largement ta partie du manoir. Elle a l’air plus vivante. » Maximilien retint un petit rire. Il avait bien compris la manœuvre : elle essayait de détendre l’atmosphère et elle avait un peu réussi. Il était vrai que l’aile de Maximilien était tout le contraire du reste du manoir : accueillante, chaleureuse, agréable, douce, colorée, pétillante…

    Mais les voilà arrivés devant la porte du salon dans lequel Maximilien avait passé de nombreuses soirées tantôt avec les Sellinger, tantôt avec les Sullivan (ce qui avait chaque fois était une torture puisqu’il avait été obligé de rester assis, sagement alors qu’ils mourraient d’envie de jouer avec Alexia qui subissait, face à lui, le même sort). Il soupira en entendant Kudbury les présenter. Ce brave Majordome ne faisait que son travail mais cette manière de nommer Nathanaël, son petit prince qui grandissait loin de toutes ces convenances l’exaspérait et, en regardant Loréana, il comprit que c’était son cas à elle aussi. Alors enfin… ils se jetèrent dans la gueule du loup-garou. Ses parents se tenaient là, devant lui, identique à ce qu’ils avaient toujours été, l’image d’eux-mêmes : austères, droits, pincés, peut-être un peu plus grisonnant pour son père (sa mère devait faire des teintures ou, plutôt, payer très cher quelqu’un pour qu’on lui en fasse). Maximilien s’avança, la main posé à l’arrière de crâne de son bambin pour le faire progresser devant lui et il les salua, tout en présentant son fils. Son père ne lui adressa pas le moindre regard et il ne sut s’il devait s’en sentir soulagé ou triste mais observa tout de suite la progéniture qui serait, peut-être, appelé un jour à prendre la succession. Le jeune père se retint de lever les yeux aux ciels face à cette attitude inappropriée mais sa mère le regardait, scrutant – il le sentait – sa tenue à la recherche de défauts éventuels. Nathanaël mit fin à tout ce manège, grâce à sa spontanéité habituelle. L’enfant s’avança et embrassa ses deux grands-parents avant de les saluer. Maximilien haussa un sourcil, grimaça, lança un regard à Loréana et il comprit que tous deux attendaient le couperet… Couperet qui ne vint jamais. Après un long moment qui avait paru aux deux époux être une éternité, les Middle se contentèrent de tourner la tête et de ne rien dire. Maximilien étonné fit un pas en arrière, entraînant son fils avec lui pour permettre à son épouse de faire son entrée sur la scène, ce que Loréana fit brillamment. Elle avait salué Noah avant de se retourner vers Lauren :
    « Je vous remercie pour votre invitation, ma chère Lauren. Je puis vous assurer qu’elle nous a fait grand plaisir. Permettez-moi de souligner à quel point vous êtes ravissante. » Tout en s’asseyant et en prenant son loustique sur ses genoux, il constata à quelle point sa chère et tendre avait été brillante. Elle avait bien retenu, malgré toutes ces années, (ou l’avait-elle toujours su) que c’était la femme, la maîtresse de maison, qui recevait et non l’homme et donc que c’était elle qu’il fallait remercier. Maximilien crut voir sa mère relever un sourcil d’étonnement (mais cela ne dura qu’une micro seconde). Apparemment les bonnes manières de Loréana avait fait mouche. Quand à lui-même, il admirait l’hypocrisie de sa femme qui venait de complimenter une vieille femme aigrie qu’elle haïssait au plus haut point.

    Voilà toute la sainte trinité assise dans un canapé assez confortable – n’allez pas pour autant vous imaginer le fauteuil moelleux dans lequel on pourrait s’enfoncer – Loréana à côté de Maximilien, Nathanaël sur les genoux de son papa, le tout dans un silence complet. L’hypocrisie de Loréana et l’absence de remarque de ses parents à l’encontre de Nathanaël laissaient croire à Maximilien que ce dîner avait une chance de bien se dérouler. Mais la naïveté de l’ancien serdaigle ne dura qu’un court instant. Sa mère venait de prendre la parole… Les jeunes mariés auraient pu s’attendre à ce que les parents de l’époux les questionnent sur le mariage, sur la naissance de Nathanaël, sur les études de Maximilien, sur leur vie de famille, sur leur petit-fils mais rien de tout cela. Lauren de Vigan Middle s’était montrée telle qu’elle était : méchante et acariâtre et s’en était prise, de manière fort peu subtile, à Loréana :
    « Loréana, je vois que vous avez toujours du mal à vous coiffer ! » Maximilien voulut intervenir, rappeler sa mère à l’ordre d’un froid « Mère, je vous prie » mais un regard à Loréana lui permit de comprendre que cela ne suffirait pas, que Loréana ne se laisserait pas faire. Il baissa alors, la tête, résigné, se contentant de caresser les cheveux de son fils, prêt à voir les avions de chasse fuser. Son épouse pinça légèrement ses lèvres tout en prenant bien le temps de s’installer dans le canapé, de remettre sa mèche rebelle – qui pourtant lui allait si bien – derrière son oreille et de regarder dans les yeux la noblesse répugnante qui lui faisait face. Maximilien savait que, plus le sarcasme tardait à venir, plus celui-ci était virulent et que, plus Loréana en rajoutait en matière de mise en scène, plus celui-ci allait être mordant et en effet, telle un furet, les paroles de Loréana claquèrent dans la pièce : « En effet, Lauren. Vous savez ce que c’est, les cheveux volumineux et coriaces, plein de vigueur et de vie… Enfin, je suppose que vous n’avez plus ce genre de problème, désormais. » Maximilien manqua de s’étouffer et dû se retenir de rire. C’était tellement…vrai !, ce que venait de dire sa femme et en même temps une réponse tout à fait appropriée, polie et méchante à la fois. Du grand art ! Si le serdaigle n’avait pas été aussi tendu, il aurait pu féliciter sa femme.

    Maximilien pensa un bref instant que l’affaire était close mais il sentit Loréana s’agiter à ses côtés et comprit que le bombardement n’avait fait que commencer. Et en effet, une seconde plus tard Loréana reprenait, toujours avec son ton calme qui transpirait l’hypocrisie et le sarcasme :
    « Au demeurant, j’ai demandé, pour la coiffure, l’avis de Garance Selinger, qui m’a personnellement conseillée cette petite pointe de désinvolture qui offre un peu de légèreté, ce qui fait écho à la coupe audacieuse de la robe que je porte – une création Selinger aussi, si je ne m’abuse. Je pense pouvoir affirmer qu’en matière d’esthétique féminine, on ne peut trouver d’avis plus éclairé que celui de Garance Selinger, vous en conviendrez ». Si la dernière fois Maximilien avait manqué de s’étouffer, cette fois-ci il échappa de peu à une attaque cardiaque. Loréana avait du cran : mentir avec tant d’aisance et de facilité, inventer toute cette histoire avec les Selinger pour justifier sa mèche et fermer, au passage, le grand caquet de Lauren. C’était impressionnant et fait avec tant de naturel que Maximilien se surpris à se demander si elle lui avait déjà menti de la même manière et, si oui, combien de fois l’avait-elle eu de cette façon. Il secoua la tête pour chasser cette idée : il avait toute confiance en Loréana, elle ne lui mentait pas et n’avait de toute façon aucune raison de le faire. Il se reconcentra sur la situation présente. Sa mère semblait outrée, elle se tenait droite, choquée, un air encore plus pincé sur le visage. Lauren se retourna vers son mari en lui jetant un regard glacial qui signifiait « et tu la laisses me parler ainsi » mais Noah l’ignora superbement, tout comme Maximilien. Il semblerait que les deux hommes avaient décidé de rester en dehors de ce crêpage de chignon – expression on ne peut plus approprié. Maximilien estimait pourtant que Loréana était dans son droit mais manifestement elle n’avait pas besoin de lui pour se défendre et son intervention plus balourde dans la conversation n’aurait fait qu’envenimer les choses. Sa belle n’avait d’ailleurs toujours pas fini de mettre les choses au clair : « Et croyez bien que je demeure particulièrement attentive à l’image que je renvoie. Je suis membre de la famille Middle, désormais, et je me dois de me montrer digne de la position qui est désormais la mienne. Je suppose que vous avez vu le dernier article de la Gazette du sorcier à ce sujet ? ‘L’image de la famille se trouve rafraîchie et son aura n’est que renforcée par le mariage récent de l’hériter Middle avec l’élégante Loreana Wilde, qui s’est déjà forgé un nom dans le domaine des potions. Depuis l’annonce du mariage, l’action de la filiale Middle concernant les potions a d’ailleurs doublé de valeur’. C’étaient les mots exacts, je pense. » Maximilien était étonné : ainsi Loréana lisait ce que l’on disait de leur petite famille dans la presse ? Il n’en avait pas la moindre idée. Il s’était laissé persuader qu’elle se tenait le plus loin possible de ce monde et de tout ce qu’il impliquait mais manifestement elle avait quand même du respect pour son nouveau nom de famille. Cela toucha Maximilien plus que ce qu’il n’aurait cru. Non pas qu’il soit lui-même attaché à l’histoire familiale mais de constater que Loréana ne s’était pas engagée à la légère avec lui mais en toute connaissance de cause, prêtre à affronter tout ce que son nom impliquait lui donna une sensation de bien-être et il sut, une fois encore, qu’il avait trouvé la femme de sa vie !

    Loréana avait terminé de parler. Maximilien et Nathanaël qui avait l’habitude de ses longues diatribes l’avaient compris au ton qu’elle avait utilisé pour achever sa tirade. D’ailleurs le petit bambin, qui aimait écouter sa mère et l’admirer dans ses airs théâtraux, l’applaudit. Il n’avait manifestement pas compris que l’affaire était sérieuse et que sa mère n’était pas en train de plaisanter comme toutes les fois où elles s’adressaient à son père de la même manière pour lui faire entendre raison ou le gronder. Mais la réaction de son fils eut l’air de plaire à Loréana, beaucoup moins aux parents Middle. Lauren affichait un air de profond dégout, elle gardait les lèvres serrées comme pour s’empêcher de laisser échapper un mot de trop qui n’aurait pas été à la hauteur de son rang. Ses yeux oscillaient entre son mari qui avait laissé faire, son fils qui n’avait pas plus réagi, Nathanaël qui semblait amusé et sa bru qu’elle haïssait. Noah semblait plus calme, un aspect plus impassible. Il avait l’air d’hésiter entre approuver sa belle-fille et défendre sa femme. Maximilien crû même voir un léger sourire s’afficher sur ses lèvres face aux applaudissements de Nathanaël – mais sans doute avait-il rêvé. Maximilien décida enfin d’agir et de calmer le jeu. Il posa une main autoritaire sur les deux quenottes de son fils qui arrêta immédiatement d’applaudir et plaça son autre main sur le genou de sa femme, pour lui faire comprendre qu’il la soutenait et qu’il comprenait sa réaction. Une fois les applaudissements de l’enfant arrêtés, un lourd silence s’installa et aucune personne dans la pièce n’avait l’intention de le briser. Lauren était vexée et ne savait pas comment répondre, Loréana avait dit tout ce qu’elle avait à dire, Nathanaël était toujours intimidé par les lieux, Maximilien ne savait pas comment relancer la conversation et n’avait surtout pas envie de donner à ses parents le bâton pour le battre.

    Contre tout attente, ce fut Noah qui relança la conversation et d’une manière qui étonna grandement leur héritier :
    « Alors Maximilien, dites-nous, comment se passent vos études ? » Ledit Maximilien sursauta. Cela n’était pas une question inhabituelle pour les Middle que d’interroger leur enfant sur ses études ; cela avait d’ailleurs toujours été leur seul sujet de préoccupation concernant Maximilien : sa réussite scolaire qui ne devait point faire honte au nom de la famille mais voilà des années qu’ils n’avaient plus rien demander. C’était un premier pas et Maximilien se décida à saisir la baguette qu’on lui tendait et ne pas rater cette chance qui lui était offerte d’ouvrir le dialogue : « écoutez père, tout se passe bien. J’ai presque fini ma thèse. Je la défends dans un peu moins d’un mois. Je pense que cela devrait bien se passer. Et vous, comment se portent les affaires ? » Noah acquiesça. Il semblait content de voir que son fils fêtard s’était centré sur ses études et que celles-ci avaient abouti à un réel projet. Il donnait également l’impression d’être soulagé que sa progéniture s’intéresse à leurs affaires et il lui répondit brièvement : « Tout se porte comme un charme. Je commence à fatiguer donc j’ai dû déléguer quelques responsabilités à des gérants extérieurs à la famille mais… tout va bien. » Maximilien soupira. Tout ne pouvait se passer sans accroc et son père n’avait pas s’empêcher de faire une allusion au fait que Maximilien refusait toujours, pour l’instant, de reprendre le flambeau des affaires familiales. Il s’était senti obligé de lui mettre la pression, de lui faire comprendre qu’il se faisait vieux et de tenter de culpabiliser Maximilien de laisser ainsi tout sur les épaules de son pauvre père et pire de laisser les affaires familiales aux mains d’étrangers. L’ancien serdaigle vit sa mère sourire de façon légèrement sadique et il décida de ne pas entrer dans leur jeu et de ne point répondre. Après tout la discussion à ce sujet pouvait s’arrêter là…

    Nathanaël avait par ailleurs commencé à s’agiter sur ses genoux et l’enfant tentait de se dégager de l’étreinte de son père qui le laissa faire. Le petit sauta à terre et s’avança vers sa mère pour l’embrasser. Il se sentait manifestement de plus en plus à l’aise. Laissant leurs fils vagabonder, constatant que ses parents s’échangeaient quelques paroles (certainement à propos du dîner à venir), Maximilien en profita pour se pencher vers sa femme et lui murmurer à l’oreille :
    « tout va bien, mon amour ? Je suis désolé pour tout cela »


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Mar 26 Avr 2016 - 23:35

    Normalement, un salon est censé être accueillant. Le salon, c’est un peu le cœur de la maison, l’endroit où toute la famille se retrouve, discute, partage un moment. C’est aussi là que l’on accueille les invités, que l’on leur dit de faire comme chez eux (tout en espérant qu’ils auront la correction de ne pas le faire), que l’on plaisante et que l’on s’amuse. Que l’on trinque à la santé du dernier né, que l’on se congratule d’une réussite professionnelle ou que l’on partage des zakouskis avec les êtres qui nous sont chers. Les Middle étaient-ils seulement conscients de cela ? Probablement pas, car s’ils l’avaient été, ils n’auraient pas posé des choix de décoration si austères, voire froids. Ou plutôt calculés. Lorsque le majordome avait annoncé la famille Middle – les jeunes, pas les vieux schnoks –, Loreana avait outrepassé son agacement profond quant à l’emploi du terme « junior » pour qualifier son fils, et s’était intéressée à la pièce en elle-même. Spacieuse, le salon semblait pourtant n’être pas le salon principal des riches aristocrates. Même si la directrice de Serdaigle ne s’attendait pas à découvrir dans le salon des Middle des canapés moelleux orange fluorescent, une large cheminée dont l’appui serait envahi de photos de famille et autres coussins brodés de chatons, elle s’attendait tout de même à trouver un peu plus de traces de vie dans le poumon de toute bonne maisonnée. Elle en conclut donc que les vieux schnocks n’avaient pas daigné les recevoir dans leur salon, mais qu’ils devaient se trouver dans un salon destiné aux invités, éventuellement – pouvait-elle au moins l’espérer – aux invités plus ou moins proches. Tout dans ces murs semblait avoir été pensé de manière à offrir un confort relatif aux hôtes, sans pour autant leur permettre de se détendre complètement. Elle ne saurait expliquer pourquoi, mais quelque chose dans la disposition des lieux – l’angle entre les canapés, la distance savamment calculée qui les séparait, peut-être ? – la mettait mal à l’aise. Sans compter, bien sûr, le regard insistant des deux maîtres des lieux. Noah se tenait un peu en avant, le regard fixé sur Nathanaël comme un joaillier fixe une pierre afin de déterminer s’il saurait en faire quelque chose. L’homme avait les traits durs, secs, mais il se dégageait de sa personne une élégance pincée qui lui offrait une stature incroyable. Campé sur ses jambes comme il l’était, rien ne semblait pouvoir le faire vaciller, pas même un cataclysme destructeur qui frapperait à sa porte. La vieillesse qui commençait à le grignoter avait encore beaucoup de boulot, et n’était parvenue, pour l’instant, qu’à décolorer légèrement ses cheveux, laissant en grande partie intacte la personne de l’aristocrate. Surtout, ses yeux semblaient briller d’une intelligente insoumise et calculatrice, ce qui n’était pas forcément rassurant. A ses côtés, un peu en retrait, se tenait Lauren de Vigan Middle. Une femme aux allures prétentieuses, le nez en permanence retroussé dans un semblant de mimique de dégoût, le regard vif mais vicieux, souligné par un habile maquillage. Elle s’était enveloppée dans une robe qu’elle avait dû choisir pour son aspect formel – comme pour signifier à sa bru que l’invitation ne venait pas réellement d’elle.

    Après que les deux vieux schnocks eurent salué son mari et son fils – ce dernier leur offrant, au passage, une incroyable leçon de spontanéité, de fraîcheur et de naturel –, ce fut au tour de la directrice des Bleu-et-Bronze. Elle s’avança et salua brièvement Noah, qui ne sembla, à sa grande surprise, pas manifester d’hostilité exacerbée à son égard. Tout le contraire de son épouse, dont l’énergie négative était tellement palpable qu’elle en devenait presque visible. Elle ne faisait aucun effort pour avoir l’air un tant soit peu heureuse, voire contente ou même simplement indifférente à l’idée de voir sa bru et son petit-fils. Tu n’avais qu’à pas nous inviter, si tu ne voulais pas nous recevoir, espèce de vieille mégère rabougrie !
    « Je vous remercie pour votre invitation, ma chère Lauren. Je puis vous assurer qu’elle nous a fait grand plaisir. Permettez-moi de souligner à quel point vous êtes ravissante. » C’est subtil, ça. Souligner à quel point elle est ravissante, sans préciser où se situe ce fameux point. Elle était peut-être ravissante au point où un scrout à pétards en tutu est ravissant. C’est marrant comme il est facile de faire semblant de complimenter les gens. Elle adressa son sourire le plus étincelant à sa chère belle-mère, de manière à lui signifier clairement qu’elle comptait, malgré son animosité – Sa malveillance, oui ! – même pas voilée, passer une bonne soirée (ou au moins une pas trop mauvaise). En plus, sans qu’elle sache trop pourquoi, elle eut l’impression de lire une microseconde de surprise dans le regard de Lauren. Peut-être cette pimbêche s’était-elle attendue à ce que Loreana se montre totalement ignare du protocole et des règles de savoir-vivre dans la haute société ? Après tout, elle n’était à ses yeux qu’une roturière, dont le sang n’avait aucune valeur et qui se plaçait à peine au-dessus du chien dans la hiérarchie des êtres vivants à qui Mme Middle daignait témoigner du respect – et encore, il n’était pas certain que Loreana soit placée au-dessus des chiens de chasse. Alors comment la mégère surannée pouvait-elle imaginer que Loreana sache que c’était bien la maîtresse de maison qui était réputée recevoir les hôtes, et pas le père de famille, et qu’il convenait donc de la remercier elle pour l’invitation ? La situation était d’autant plus cocasse que Loreana savait pertinemment que l’invitation ne venait pas réellement de Lauren. La remercier pour une invitation qu’elle n’avait pas désirée apporta à la jeune mère un curieux – et un peu mesquin – sentiment de satisfaction. D’autant que, et Loreana avait fait preuve d’un souci méticuleux pour que Maximilien n’en sache rien, elle avait passé plusieurs heures à potasser le protocole des hautes sphères, à lire les journaux et à apprendre tout ce qu’elle devait savoir sur la manière dont elle devait se comporter en société afin que rien ne puisse lui être reproché. Elle n’avait reculé devant rien, et avait même sollicité l’aide d’Alexia Sullivan, à laquelle elle avait fait jurer (elle aurait employé un Serment Inviolable si cela n’avait pas impliqué un témoin supplémentaire) de ne jamais parler de ces petites leçons. Elle voulait s’assurer de pouvoir assumer le nouveau rang qui était le sien – et qu’elle rejetait par ailleurs – lorsque cela s’avèrerait nécessaire. Comme ce soir.

    La famille – encore que… Le terme de « famille » était-il bien adapté pour décrire les Middle ? – se trouva donc, après une première passe d’armes silencieuse (c’était là tout l’art des femmes : parvenir à s’envoyer des messages, voire des menaces, sans que les hommes ne se doutent de quoi que ce soit), installée dans les canapés du salon qui n’appelait pas à la détente (oui, définitivement, ce devait être la manière dont les canapés étaient agencés : ils se faisaient face sans vraiment se faire face, l’un étant légèrement en diagonale, ce qui créait un sentiment de terrible distance entre les fauteuils). Un silence de plomb s’installa. Gênant. Non, en fait, même pas gênant : mortel. Comme s’il annonçait déjà que la « famille » n’avait rien à se dire et que cette soirée n’allait rien changer. Pas d’accolade émue au programme, pas de déchirantes retrouvailles entre des parents repentants et un fils qui avait grandi seul, pas d’admiration béate pour les frasques naïves du petit-fils… Juste des échanges de regards, à moitié gênés, à moitié fermés. Jusqu’à ce que…
    « Loréana, je vois que vous avez toujours du mal à vous coiffer ». Ah, d’accord. Tu veux jouer à ça, vieille chouette ? J’ai fait l’effort de mettre les pieds dans ton manoir (ou plutôt, dans ton caveau, vu l’ambiance et la joie de vivre qui s’en dégage), je t’ai souri et je t’ai même complimentée, et c’est comme ça que tu me reçois ? Très bien, tu veux qu’on sorte les venins et les acides, on va les sortir. Mais je dois admettre que je suis un peu déçue. Je m’attendais à une critique plus subtile, plus voilée. Pas à une paysanne qui vient m’insulter avec ses gros sabots. Tu es une bien piètre persiffleuse, pour une membre si éminente du gotha… Laisse-moi deux secondes, et je te mets la raclée de ta vie… Loreana ne réagit pas tout de suite. Elle sourit, comme si elle trouvait amusante la remarque de sa belle-mère, et tourna lentement la tête vers Maximilien. Un quidam ignorant tout de la personnalité de Loreana Wilde Middle aurait peut-être pu se dire qu’elle cherchait le soutien de son mari, voire qu’elle l’enjoignait à la défendre. Mais toute personne qui la connaissait un tant soit peu aurait vite compris qu’elle ne faisait que présenter ses excuses à son mari, car elle n’allait sous aucun prétexte laisser cet affront impuni, dût-il ramper à ses pieds pour la supplier de ne pas répondre. Et, visiblement, Maximilien le savait, puisqu’il avait baissé la tête dans une moue crispée. D’un geste lent, Loreana replaça sa mèche rebelle derrière son oreille et se tourna à nouveau vers sa belle-mère, un sourire radieux sur le visage, comme si sa « belle-maman » (qui n’avait de « belle » que le titre) venait de lui adresser le plus beau des compliments. Lorsqu’elle fut parfaitement positionnée, les jambes croisées, un coude bien enfoncé dans l’accoudoir du canapé, elle commença à parler d’une voix calme, voire placide. « En effet, Lauren. Vous savez ce que c’est, les cheveux volumineux et coriaces, plein de vigueur et de vie… Enfin, je suppose que vous n’avez plus ce genre de problème, désormais ». Et paf, dans ta poire, vieille peau ! On aurait dû te prévenir : avec moi, c’est qui s’y frotte s’y pique. Tu espérais que j’acquiesce en baissant la tête, hein ? Tu espérais que j’allais m’aplatir devant toi et ton rang, toi et ton sang, toi et ton argent ? Tu peux t’enfoncer le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Voire jusqu’à l’épaule. Dans le canapé, à côté elle, elle sentit Maximilien être saisi d’un spasme léger, comme s’il se retenait de rire. Visiblement, le jeune homme avait apprécié le sarcasme, surtout que, pour une fois, il ne lui était pas destiné. Ce n’était, en revanche, pas du tout le cas de Lauren de Vigan Middle, qui s’était tendue plus encore (Loreana n’aurait pas cru cela possible) et dont les yeux lançaient à présent des éclairs de lumière verte. Mais ce n’était pas fini. Loreana ne faisait que s’échauffer. Si l’aristocrate voulait une joute verbale, elle serait servie.

    « Au demeurant, j’ai demandé, pour la coiffure, l’avis de Garance Selinger, qui m’a personnellement conseillée cette petite pointe de désinvolture qui offre un peu de légèreté, ce qui fait écho à la coupe audacieuse de la robe que je porte – une création Selinger aussi, si je ne m’abuse. Je pense pouvoir affirmer qu’en matière d’esthétique féminine, on ne peut trouver d’avis plus éclairé que celui de Garance Selinger, vous en conviendrez ». Bon, d’accord, techniquement, ce n’était pas tout à fait vrai. Voire complètement faux. Mais ça, la vieille peau ne pouvait pas le savoir, et le simple fait pour Loreana de démontrer non seulement qu’elle s’était intégrée dans « la haute » et qu’elle côtoyait Garance Selinger (ce qui était vrai : elle avait eu à plusieurs reprise l’occasion de discuter avec elle, et il se trouvait que cette dernière appréciait vraiment Loreana, pour une raison inconnue), mais en plus qu’elle n’avait aucune difficulté à l’affirmer. Comme Lauren de Vigan Middle pourrait-elle répondre que Garance Selinger n’avait aucun goût en matière de mode ? C’était tout bonnement impossible : même si Lauren le pensait – ce qui était tout à fait incertain – elle ne pourrait pas le dire à haute et claire voix. Échec et mat, en quelque sorte. Loreana venait de piéger complètement sa belle-mère, qui demeurait sans voix, sous le choc. Jamais elle n’aurait imaginé que sa belle-fille se défende et lui manque à ce point de respect. Mais ce qui devait la déranger profondément, c’était que ce fut fait d’une manière suffisamment insidieuse et subtile que pour pouvoir être clairement dénoncé comme de l’impertinence. L’hôtesse de maison chercha un instant son mari du regard, comme pour l’enjoindre à intervenir, mais ce dernier demeura délibérément sourd à ses appels. Loreana se prit à se demander s’il n’appréciait pas, quelque part, que sa femme soit ainsi secouée. Et, si c’était le cas, il ne serait pas déçu par la suite. : « Et croyez bien que je demeure particulièrement attentive à l’image que je renvoie. Je suis membre de la famille Middle, désormais, et je me dois de me montrer digne de la position qui est désormais la mienne. Je suppose que vous avez vu le dernier article de la Gazette du sorcier à ce sujet ? ‘L’image de la famille se trouve rafraîchie et son aura n’est que renforcée par le mariage récent de l’hériter Middle avec l’élégante Loreana Wilde, qui s’est déjà forgé un nom dans le domaine des potions. Depuis l’annonce du mariage, l’action de la filiale Middle concernant les potions a d’ailleurs doublé de valeur’. C’étaient les mots exacts, je pense ». Et oui, en plus, je lis la presse, ma très chère belle-maman… Et la presse m’adore ! En toute humilité, bien sûr. Ça doit te chatouiller, ça, hein ? De lire que j’apporte un rafraichissement de l’image de la famille… Je parie que tu t’es énervée lorsque tu as lu cet article – et je sais que tu l’as lu : tu es bien trop attentive à ton image et à celle de la famille pour ne pas l’avoir fait. Je me fiche de tout ça, moi : tant que mes hommes sont heureux, je suis heureuse. Mais si me soucier de l’image de la famille me permet de te mettre en rage, alors compte sur moi pour le faire. Sa petite tirade terminée, Loreana décroisa les jambes pour les recroiser dans l’autre sens et planta son regard sur sa belle-mère, tout en prenant soin de conserver sur ses lèvres un insupportable sourire lumineux. Elle ne remarqua même pas l’émotion qui était apparue pendant un instant sur le regard de son mari : il était vrai qu’elle n’avait pas plus parlé à Maximilien de l’attention qu’elle portait à son nouveau nom de famille que des cours qu’elle avait pris auprès d’Alexia. Elle ne voulait pas qu’il puisse penser, ne serait-ce que l’espace d’un instant, qu’elle prenait goût à ce monde d’hypocrisie et de complots : elle abhorrait ça autant qu’elle cultivait et louait la sobriété et la simplicité. Mais elle ne voulait pas que Maximilien puisse souffrir de quelque façon que ce soit du choix courageux qu’il avait posé d’envoyer balader les convenances et d’épouser celle qu’il aimait, qu’importait qu’un sang bleu ne coulât pas dans ses veines. Elle ne pouvait pas supporter l’idée que, d’une manière ou d’une autre Maximilien serait amené à avoir honte d’elle ou à devoir subir les quolibets d’un monde qui était malgré tout le sien à cause d’elle. Alors, parce qu’elle l’aimait profondément, elle avait fait l’effort de se plonger dans cet univers abject qu’elle exécrait. Et puis, malgré tout, force était de constater qu’elle ne s’y débrouillait pas trop mal.

    Elle fut tirée de sa « bataille de regards » avec sa belle-mère par les applaudissements naïfs de son fils. Elle se tourna vers lui, attendrie, et lui adressa un sourire – franc, cette fois – et un clin d’œil. Ce petit ange avait l’art et la manière de poser les gestes exacts qui faisaient s’envoler tout le poids qui pourrait peser sur les épaules de sa mère. Cet enfant était une bénédiction, et elle frissonnait encore fréquemment lorsqu’elle repensait au fait qu’elle avait sérieusement envisagé de ne pas le mettre au monde. Heureusement que Maximilien s’était acharné et était revenu vers elle. Mais, visiblement, tout le monde n’appréciait pas la réaction mignonne du dernier des Middle à sa juste valeur. Si un léger sourire s’était installé sur les lèvres de Maximilien, une rage qui peinait à se contenir était clairement visible sur les traits courroucés de Lauren. A cette rage sourde se mêlait à présent un air de dégoût méprisant que la grand-mère dirigeait tout entier vers son petit-fils, qui lui semblait probablement être une cible moins dangereuse que sa belle-fille. Elle n’avait pas intérêt à s’en prendre à lui, car Loreana pourrait se mettre, dans ce cas-là, à mordre. Presque littéralement. Heureusement, Maximilien – Quel homme ! – eut la présence d’esprit de calmer le jeu, en mettant délicatement un terme aux applaudissement du fiston, et en posant une main sur le genou de sa femme. Le silence qui suivit fut éloquent : Lauren, vexée, s’était murée dans un silence maugréant ; Noah semblait observer Loreana et Nathanaël avec un intérêt qu’il ne leur avait jamais témoigné auparavant ; Nathanaël laissait son regard courir partout dans la pièce et semblait perdu dans ses pensées d’enfant de trois ans ; Maximilien, enfin, semblait avoir envie de communiquer avec ses parents, mais n’osait pas lancer une nouvelle conversation, de peur sans doute de leur offrir une parfaite occasion de se venger de la verve de son épouse. Loreana, quant à elle, se dit qu’elle en avait peut-être un peu trop fait et que son acharnement n’avait été totalement justifié. Elle se mura donc elle aussi dans un silence mi coupable, mi déterminé. Ce fut – au grand étonnement du jeune couple – Noah Middle lui-même qui, le premier, entreprit de combler le lourd silence qui s’était réinstallé :
    « Alors Maximilien, dites-nous, comment se passent vos études ? »Bon, au moins, il faisait l’effort de lancer la conversation, et pas sur un ton agressif. C’était déjà infiniment mieux que sa femme. Mais bon, ne pouvait-il pas l’interroger sur autre chose ? Sur son mariage, sur sa femme, sur son fils ? Sur la vie qu’il menait depuis qu’il était père ? Il y aurait eu mille et un sujets à aborder pour rattraper deux ans de relations froides et lointaines… Pourquoi commencer par les études ? Pour s’assurer que le petit Maximilien reprendrait bientôt l’entreprise familiale ? N’avait-il donc pas abandonné cette idée ?. « Écoutez père, tout se passe bien. J’ai presque fini ma thèse. Je la défends dans un peu moins d’un mois. Je pense que cela devrait bien se passer. Et vous, comment se portent les affaires ? » Oh non, Maximilien, n’entre pas dans son jeu ! Si tu lui demandes ça, il va en profiter pour glisser une allusion au fait que…« Tout se porte comme un charme. Je commence à fatiguer donc j’ai dû déléguer quelques responsabilités à des gérants extérieurs à la famille mais… tout va bien. »[i] Et voilà ! Noah avait subtilement (ou, en tout cas, beaucoup plus subtilement que sa femme ne l’avait fait) adressé un reproche à son fils : en substance, il lui disait qu’à cause de son refus de reprendre l’entreprise familiale, il avait dû, comble de l’horreur, confier des responsabilités à des gens qui ne faisaient pas partie de la famille. Loreana se retint d’adresser une remarque à Noah : ce dernier n’avait pas encore fait montre d’hostilité à son égard, il valait mieux ne pas en susciter. Elle prit donc acte de la décision de Maximilien de ne pas creuser le sujet et observa son fils se débattre plus ou moins discrètement sur les genoux de son père. Lorsqu’il fut enfin libre, le bambin s’en fut à toutes jambes vers sa mère l’embrasser avec un entrain qui ravit la jeune mère. Elle enlaça son fils avec tout son amour, oubliant momentanément la présence de ses beaux-parents, et se perdit l’espace d’un instant dans une contemplation béate de son fils, son trésor, son amour. Mais ce dernier, incapable de rester en place, s’éloigna soudainement pour aller poursuivre quelque dragon imaginaire sous les regards attendris de ses parents – et grands-parents ?

    Elle ne fut arrachée à sa garde attentive de la chair de sa chair que par son bel amant qui se penchait vers elle et lui murmurer une question à l’oreille :
    « Tout va bien, mon amour ? Je suis désolé pour tout cela ». Pour toute réponse, Loreana lui sourit et déposa un chaste baiser sur ses lèvres – et si ça choquait les vieux schnocks, qu’ils aillent au diable ! « Ne t’inquiète pas, mon ange. Il en faudra plus que ça pour me faire passer une mauvaise soirée. Et puis ton père me surprend. Je devrais peut-être tester quelque chose avec lui. » Elle ne s’expliqua pas plus et lui adressa un clin d’œil. Maximilien ne sut visiblement pas s’il devait être rassuré ou pas, mais il n’avait d’autre choix que de faire confiance à sa femme. Lorsque les deux couples eurent terminé leurs apartés, Loreana profita du silence qui s’était une fois de plus installé. « Pardonnez-moi, Noah, mais j’aimerais, si vous me le permettez, vous glisser quelques suggestions. A vrai dire, je crois que vous devriez vous méfier de l’arrivée sur le marché des potions de la famille Morcelli. Leurs laboratoires de potions expérimentales ont récemment recruté des grands noms de la potion européenne afin de mener une lourde offensive sur le marché anglais. De source sûre, je sais que les Morcelli veulent fragiliser votre position dominante dans ce domaine et ils auraient – mais vous le savez surement – entamé des négociations secrètes avec votre partenaire Roberts&McHuggins dans ce but. Il me semblerait cohérent, au vu de la montée en flèche de la valeur de l’action du département Potions de votre entreprise de consolider sa position au sein du Conseil d’Administration de Roberts&McHuggins pour couper court à ces négociations. Et, probablement, investir une partie plus substantielle des bénéfices des années à venir dans la recherche et le développement, afin d’éviter que les Morcelli ne puissent obtenir un avantage sur le marché anglais. » Sa tirade terminée, elle lança un regard furtif à son mari. Elle était bien consciente de jouer quitte ou double : soit Noah était impressionné par son analyse, soit il prenait la mouche en considérant qu’il n’avait pas de conseil à recevoir dans la manière dont il gérait son entreprise. Mais, au moins, il aurait à reconnaître que sa bru portait un intérêt poussé à la santé de l’affaire familiale… Ce qui devrait jouer en la faveur de Loreana. Quant à Maximilien, il semblait stupéfait de voir sa femme sortir un tel discours, elle qui n’avait jamais fait montre d’un intérêt particulier pour l’économie. Elle se pencha discrètement vers lui avec un demi sourire : « J’ai toujours surveillé du coin de l’œil les marchés financiers, ma marraine Isis est partie aux États-Unis parce que Andy y a trouvé une opportunité de monter une boîte. Depuis, on parle de gestion d’entreprise et de bourse dans une lettre sur deux… Et puis, je dois avouer qu’Enis m’a un peu aidée aussi, sur ce coup-là. Tu croyais vraiment que j’allais arriver à un dîner avec tes parents sans m’être préparée ? »Et elle lui adressa un clin d’œil en attendant la réaction de Noah – et, dans une moindre mesure, de Lauren. Un peu plus loin, Nathanaël jouait à l’attrapeur de Quidditch, au grand dam de sa mère.


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Mer 27 Avr 2016 - 20:29

    Maximilien était un bon père ; il n’était pas parfait mais c’était un bon père. Il aimait son fils, il était fou amoureux de son fils et, avant même sa naissance, il avait révolutionné sa vie pour son enfant. De fêtard, il était devenu casanier, de volage il était devenu fidèle, d’inconscient il était devenu responsable. En partie pour Loréana et en partie pour Nathanaël. Maximilien prenait soin de son fils, il était là tous les jours depuis sa naissance, il le regardait grandir, l’aidait à grandir. Il lui avait donné le biberon, avait changé ses couches, avait nettoyé son vomi, l’avait lavé, l’avait bercé, câliné, consolé. Il n’avait cessé de prodiguer à son fils amour et affection, afin qu’il se sache aimé. Il n’avait cessé de l’épauler, l’avait laissé se tromper pour qu’ils apprennent de ses erreurs, tout en lui montrant que lui, son papa, serait toujours là. Maximilien était un bon père : toujours les jours il trouvait du temps, des heures à accorder à son bambin malgré son travail prenant. Il l’écoutait parler, lentement parce que le petit avait encore parfois du mal à formuler ses idées, il lui coupait sa viande à table, inventait des jeux pour qu’il mange ses légumes. Maximilien jouait avec son petit, lui achetait des jouets, lui réparait ses jouait, veillait à ce qu’il ne tombe pas de son petit balai magique. Maximilien prenait le temps de se promener avec son fils, de lui montrer la nature, de lui expliquer la vie, d’éveiller sa vie intellectuelle. Tous les soirs, il lui lisait une histoire ou lui en inventait une avant de l’embrasser sur le front, d’allumer d’un geste de baguette une petit veilleuse. Maximilien se levait la nuit, sans jamais rechigner, si son fils faisait un cauchemar, s’il avait peur ou s’il pleurait. Il lui arrivait aussi de gronder Nathanaël lorsque ce dernier faisait une bêtise mais il prenait toujours le temps de lui expliquer ce qu’il avait fait de mal, pourquoi papa et maman était en colère et surtout que tous les deux l’aimaient quand même et l’aimeraient toujours. Maximilien prenait le temps de dire à son fils qu’il serait toujours là, qu’il l’aimait à la folie, qu’il était fier de lui. Oui, Maximilien était un bon père. C’était à se demander où il avait appris son métier de papa. Ce n’était certainement pas Noah Middle qui l’avait inspiré. Noah avait toujours été le contraire de ce qu’était devenu Maximilien. Il n’avait jamais eu de temps à accorder à sa progéniture qui passait toujours après ses affaires. Il n’avait jamais vu d’intérêt à converser avec son fils, à s’intéresser à lui, à lui parler, à l’aider. Noah n’avait ni vu ni fait grandir Maximilien. Il s’était contenté de payer des gens pour le faire à sa place. Noah Middle était un homme froid, distant qui n’avait de passion que pour l’argent et le travail. Sa famille ne représentait qu’un intérêt mineur à ses yeux. Et Lauren Middle était encore pire…

    Loréana l’avait aidé à devenir un bon père mais elle l’avait surtout aidé à devenir un bon mari. Elle l’avait entouré de son amour, l’avait soutenu dans ses démarches, lui avait pardonné ses fautes. Elle lui avait appris à aimer tout simplement et elle lui avait donné l’espoir d’un avenir meilleur, d’une famille plus belle et plus douce, d’une famille tout court. Et cette femme qui avait tout offert à Maximilien était maintenant aux prises avec sa mère. Et de même qu’elle avait su dompter le fils, elle semblait réussir à atteindre la mère, à l’atteindre suffisamment pour que celle-ci se taise, ravale sa remarque et s’enferme dans un silence courroucé et outragé. Maximilien était impressionné par la verve de sa dulcinée mais cet échange avait jeté un froid polaire dans le salon – qui leur avait pourtant déjà donné l’impression d’être en antarctique lorsqu’ils y étaient entrés. Contre toute attente, Noah Middle avait pris la parole pour briser le mutisme général. Il s’était intéressé à son fils. Pas de manière extraordinaire ou grandiloquente puisqu’il l’avait questionné sur son travail et ses études. Mais Maximilien s’en contentait. C’était déjà plus que ce qu’ils avaient eu comme contact ces trois dernières années et c’était pour lui l’occasion de prouver à ses parents qu’il était en train de devenir quelqu’un, qu’il ne glandait pas – contrairement à ce qu’ils croyaient -, qu’il était brillant, qu’il faisait quelque chose de sa vie – même si ce n’était pas ce qu’ils avaient prévu. Il ne pouvait pas dire tout cela d’une traite, il ne pouvait pas se vanter – cela ne se faisait pas. Alors il répondit de manière succincte, disant que sa thèse arrivait à sa fin. Il espérait secrètement que ses parents – ou au moins son père – relancent et le questionnent plus en profondeur sur le travail qu’il avait accompli pendant près de trois ans. Et malgré lui, il eut envie de les encourager à faire cela en faisant un pas vers eux, en leur montrant le chemin à suivre, en s’intéressant à ce qui les intéressaient eux (ou du moins son paternel parce qu’il avait bien compris qu’il n’arriverait à rien avec sa chère mère) alors il décida de prendre un risque et de demander à Noah Middle comment se portait ses affaires. Ce fut une erreur, une grossière erreur. Parce que Noah en profita pour faire culpabiliser son fils, pour rappeler que ce dernier avait refusé de prendre sa succession, de gérer les affaires qu’il aurait dû lui confier depuis plusieurs années déjà. Noah n’avait pas pu se taire, il n’avait peut-être même pas vu l’intérêt de se taire et tous les espoirs de Maximilien s’évanouirent. Son père ne changerait jamais à son égard, il fallait qu’il se fasse une raison. L’ancien bleu et bronze retint un soupir, pour ne pas montrer sa déception et baissa la tête, se concentrant sur son fils agité dans ses bras. Avait-il besoin de qui que ce soit d’autre que de Nathanaël et Loréana ? Non…

    Maximilien vit Lauren se pencher à l’oreille de son mari et ses parents partir alors dans une discussion à voix basse qui ne les concernaient pas. Le père de famille en profita pour laisser partir son fils qui ne tenait plus sur ses genoux. Ce dernier s’était précipité pour faire un énorme câlin à sa mère qui avait répondu à son geste d’affection sans se soucier des deux vieux réactionnaires de la salle. Nathanaël était un petit bonhomme adorable qui débordait de bienveillance, de naturel, de spontanéité et d’amour. Il avait toujours un geste tendre et généreux envers ses parents, ses tontons et tatas. Une fois le petit parti en vadrouille dans le salon, Maximilien se pencha vers son épouse pour prendre de ses nouvelles. Il se doutait que la remarque de Lauren l’avait peut-être plus touchée – ou tout du moins plus énervée – que ce qu’elle voulait bien montrer. Sa mère était véritablement une odieuse personne, égoïste, égocentrique, insensible, froide, calculatrice, vicieuse, méchante, hypocrite. Maximilien n’arrivait même plus à lui trouver la moindre qualité et Loréana avait beaucoup de mérite d’accepter de supporter tout cela alors que rien ne l’obligeait à le faire. Il se sentit néanmoins soulagé lorsqu’il la vit lui sourire en réponse à sa question. Et quelle bonheur d’avoir ses lèvres contre les siennes lorsqu’elle l’embrassa dans un chaste baiser. Du coin de l’œil, il vit sa mère se renfrogner plus encore mais il n’en eu cure. Tout ce qui comptait c’était ces deux lèvres qui l’embrassaient pudiquement, comme pour lui signaler qu’elles, elles l’aimaient, qu’elles faisaient attention à lui et qu’elles lui offriraient tout ce que ses parents n’avaient jamais daigné lui accorder. A nouveau, Maximilien sentit ses inquiétudes s’envoler et il sourit de toutes ses dents à sa femme.
    « Ne t’inquiète pas, mon ange. Il en faudra plus que ça pour me faire passer une mauvaise soirée. Et puis ton père me surprend. Je devrais peut-être tester quelque chose avec lui. » A ces mots, l’apprenti en potion fronça les sourcils : qu’est-ce que sa femme lui préparait encore ?

    Quand Loréana avait une idée en tête, elle ne l’avait pas ailleurs. Elle avait de nombreuses qualités mais aussi de nombreux défauts, au nombre desquels son côté tête de mule et tête brûlée. Heureusement qu’elle était intelligente et que ses intuitions se révélaient souvent pertinentes et correctes. Il se résigna donc et n’envisagea même pas d’essayer de la faire changer d’avis. Il n’avait plus qu’à attendre et espérer qu’une idée trop farfelue n’ait point germé dans son esprit.
    « Pardonnez-moi, Noah, mais j’aimerais, si vous me le permettez, vous glisser quelques suggestions. A vrai dire, je crois que vous devriez vous méfier de l’arrivée sur le marché des potions de la famille Morcelli. Leurs laboratoires de potions expérimentales ont récemment recruté des grands noms de la potion européenne afin de mener une lourde offensive sur le marché anglais. De source sûre, je sais que les Morcelli veulent fragiliser votre position dominante dans ce domaine et ils auraient – mais vous le savez surement – entamé des négociations secrètes avec votre partenaire Roberts&McHuggins dans ce but. Il me semblerait cohérent, au vu de la montée en flèche de la valeur de l’action du département Potions de votre entreprise de consolider sa position au sein du Conseil d’Administration de Roberts&McHuggins pour couper court à ces négociations. Et, probablement, investir une partie plus substantielle des bénéfices des années à venir dans la recherche et le développement, afin d’éviter que les Morcelli ne puissent obtenir un avantage sur le marché anglais. » Elle était gonflée, très gonflée. Dès ses premiers mots, Maximilien vit son père froncer les sourcils. Comment est-ce que quelqu’un osait lui faire une suggestion, à lui, le maître de sa demeure. Maximilien quant à lui eu peur que sa suggestion le concerne et qu’elle lui donne comme conseil de plus s’intéresser à son fils mais il n’en fut rien. Elle se lança dans une longue diatribe sur le marché financier des potions en Angleterre (et en Italie partiellement), se concentrant plus particulièrement sur trois société : celle de Père, une de leur société partenaire et une nouvelle famille manifestement dangereuse. Maximilien en resta bouche baie mais essaya de ne pas le montrer. Il regarda alors son père droit dans les yeux et acquiesça aux dires de sa femme, comme s’ils en avaient discutés ensemble peu avant et qu’il soutenait ce qu’elle affirmait. Noah ne semblait plus savoir où se mettre, un peu comme Lauren quelques instants plus tôt mais pour d’autres raisons. Maximilien put voir plusieurs émotions passer sur le visage de son père, d’habitude aux expressions illisibles et indéchiffrables. D’abord la colère et l’indignation de voir sa bru oser le conseiller, ensuite l’admiration parce que Loréana avait l’air de savoir ce qu’elle disait et qu’il ne s’était absolument pas attendu à ce que la roturière de femme de son fils soit aussi calée en économie et pour finir l’intérêt : celle qu’elle avait à dire valait la peine d’être entendu et même plus, d’être pris en compte. Néanmoins Noah n’allait pas répondre tout de suite et Maximilien le vit se plonger dans ses pensées. Le blond en profita pour interroger sa belle du regard. Lui aussi était impressionné et se demandait d’où Loréana savait toutes ces choses. « J’ai toujours surveillé du coin de l’œil les marchés financiers, ma marraine Isis est partie aux États-Unis parce que Andy y a trouvé une opportunité de monter une boîte. Depuis, on parle de gestion d’entreprise et de bourse dans une lettre sur deux… Et puis, je dois avouer qu’Enis m’a un peu aidée aussi, sur ce coup-là. Tu croyais vraiment que j’allais arriver à un dîner avec tes parents sans m’être préparée ? » Il frissonna. Sa douce était redoutable. Loréana ne cessait de le surprendre mais restait à avoir l’avis du maître.

    Après un court mais intense silence, Noah se retourna vers son fils :
    « Et vous, qu’en pensez-vous Maximilien ? » C’était l’instant de vérité. Ledit Maximilien eut un instant de panique. La bourse ne l’avait jamais intéressé mais en tant que Prince de l’empire Middle, il s’était jeté dedans un corps perdu durant son adolescence pour faire plaisir à ses parents. Il avait lu des livres d’économies, il s’était pris de passion pour le cours des bourses et des affaires mais depuis le début de sa thèse et surtout la naissance de Nathanaël, il avait laissé tomber, d’autant qu’il avait entre-temps refusé de reprendre – du moins pour l’instant – les affaires familiales. Il se sentit donc particulièrement nerveux et avait l’impression de ne rien avoir à dire. Il fouilla dans son esprit, à la rechercher d’un élément sensé. Il fallait qu’il approuve ce que Loréana avait dit et tout d’un coup une petite lumière se fit dans son esprit. Il se souvint d’une conversation avec Alexia quelques semaines plus tôt. Il tâcha de se la remémorer complètement afin de ne pas faire d’erreur et il se lança à son tour dans la discussion : « Loréana a raison, Père. Les Morcelli sont une famille italienne assez puissante qui est très active dans divers domaines. Ils étaient surtout proactifs en Méditerranée mais semblent s’étendre, pénétrant leur nord de l’Europe. Ils ont déjà mis sur le marché de nouvelles technologies sorcières qui font concurrence aux entreprises Sullivan. Il serait peut-être judicieux de suivre les conseils de ma femme, afin d’éviter que les entreprises Middle ne tombent dans le même piège. » Maximilien crut voir un éclair de fierté passer dans les yeux de son père qui caressait petit barbe soignée de son pouce et son index. Manifestement le jeune couple avait commencé à séduire le paternel. Lauren, quant à elle, se murait toujours dans le silence, voyant d’un mauvais œil cette alliance nouvelle qui semblait se créé entre son mari, son fils et sa belle-fille. Après quelques secondes, Noah s’exclama : « Bien. Je vais analyser les choses plus en profondeurs. Je vous remercie tous les deux pour ces réflexions. » Maximilien resta sous le choc. Il essaya de ne pas le montrer mais la surprise se lisait sur ses traits. C’était la première fois de toute son existence que son père le remerciait. Il n’en revenait pas. Ce n’était pas grand-chose puisque la progression s’était faite dans un domaine que Noah Middle affectionnait par-dessus tout : les affaires et non pas dans un domaine personnel mais c’était une progression remarquable quand même. Voyant sa mère se pencher à l’oreille de son père pour lui faire une remarque, Maximilien fit la même chose avec sa propre femme et lui murmura un doux : « Merci mon trésor, tu es formidable. »

    Un léger bruit de pas attira soudainement l’attention de Maximilien. Durant toute cette discussion sous haute tension, les parents et grands-parents avaient délaissé le jeune Nathanaël qui en avait profité pour se prendre pour un joueur de quidditch professionnel, un attrapeur comme son papa à l’époque. Le petit marmonnait de petits commentaires dans sa barbe, mimant d’avoir un balai entre les jambes, il faisait semblant de voler après un vif d’or imaginaire. L’enfant, dans la splendeur de son innocence, n’avait pas conscience de l’enjeu de la soirée, il jouait, heureux, amusé, virevoltait entre les meubles sans se soucier de rien. Maximilien le regardait, attendri. Lui aussi à son âge aurait rêvé de jouer comme cela dans ce salon mais il avait juste eu le droit de s’y asseoir, de se taire et de ne point bouger. Il était hors de question qu’il donne les mêmes ordres à son fils. Alors il se contentait de regarder Nathanaël jouer et rire mais il ne vit pas la catastrophe arriver. Une seconde plus tard, alors qu’il était resté dans un coin de la pièce, Nathanaël semblait avoir décidé d’entrapercevoir le vif d’or et de foncer comme l’attrapeur extraordinaire qu’il était. Il se mit à courir dans le salon, à l’attaque de cette petit boule dorée et tenta de se faufiler entre ses grands-parents et la table basse ; il se prit alors les pieds dans les talons de sa grands-mère, trébucha en tirant sur sa robe pour se retenir et finit par atterrir, tête la première sur les genoux de son grand-père. Maximilien avait sauté sur ses pieds, prêt à se jeter sur son fils si ce dernier s’était blessé dans cette petite chute mais quelques secondes plus tard, l’enfant se redressait en rigolant : « Je l’ai eu, Papa, Nathou a attrapé le vif d’or. » et il se remit en marche, inventant un nouveau jeu au passage.

    Maximilien se rassit, soulagé mais ce soulagement ne dura qu’un temps. Un regard à ses parents lui fit comprendre que les problèmes allaient arriver. Il fronça les sourcils, prêts à défendre son fils mais contre toute attente, il n’eut pas à le faire… Lauren avait repris son air pincé et fusillait son petit-fils du regard comme s’il n’était qu’un vulgaire chien turbulent et non un membre de sa famille, un petit être issu de sa chaire et de son sang. Elle s’était penché et se massait les pieds, comme si les petits pieds de Nathanaël lui avait fait vraiment mal. Elle releva les yeux.
    « Maximilien, Loréana, ne pouvez-vous pas tenir votre… » Son ton était sec et cassant. Elle marqua une pose avant de reprendre d’une voix méprisante, emplie de dégout « enfant. » Elle prononça ce mot comme si elle avait voulu dire « monstre » ou « bête sauvage » à la place. Maximilien sentit ses oreilles rougir de colère, il eut envie de se lever et d’empoigner sa mère pour lui en coller une. De quelle droit parlait elle ainsi de son fils, SON FILS ! Il se retourna vers Loréana comme pour lui demander quelle serait la meilleure réaction à adopter et il constata qu’elle en était au même point que lui. Nathanaël lui continuait à jouer comme si de rien était. En temps normal, Maximilien aurait été trouvé son fils et aurait exigé de lui des excuses : il ne pouvait pas ainsi trébucher sur les gens sans dire pardon, c’était inacceptable et, sans le gronder, l’ancien serdaigle aurait signalé cet état de fait à son bambin mais l’attitude de sa mère lui avait fait mettre de côté cet aspect de l’éducation de Nathanaël, il avait plus important à régler. Maximilien s’apprêta alors à prendre la parole et à remettre sa mère et sa place mais son père fut plus rapide. Ce dernier s’était tourné vers son épouse aigrie avec un petit sourire et il lui dit d’une voix calme mais autoritaire qui n’appelait aucune réponse : « Lauren, voyons, laissons le petit s’amuser. C’est de son âge. » Le choc !


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Jeu 28 Avr 2016 - 2:15

    Il y avait certains moments, dans la vie, où il fallait prendre les choses en mains, même si cela semblait difficile ou impossible, ou si les chances de succès paraissaient maigres. Il fallait parfois accepter de sortir de sa zone de confort, prendre des risques et se lancer. Aurait-on découvert les Amériques, si Christophe Colomb était tranquillement resté à quai, en imaginant les mille aventures qu’il pourrait vivre s’il levait l’ancre ? Aurait-on vaincu Lord Voldemort si Harry Potter, Ron Weasley et Hermione Granger s’étaient contentés de disparaître et de vivre en harmonie et dans l’ostracisme le plus total au fin-fond d’une vieille grotte oubliée ? Aurait-on découvert que le sang de dragon avait douze propriétés, et pas dix, si Albus Dumbledore n’avait décidé d’essayer de nettoyer son four avec ? Non, bien sûr ! Marcher hors des sentiers battus, voilà qui était indispensable à une vie pleine et heureuse, épanouie et propre à la personne de Loreana Wilde. D’autant qu’il s’agissait là d’une discipline qu’elle avait appris à cultiver, et qui s’avérait être un préalable nécessaire pour être un bon chercheur. Et Loreana était parmi les meilleurs – en toute humilité, bien sûr, et elle devait admettre que Maximilien se débrouillait de mieux en mieux à cet égard. Il n’était donc aucunement question, pour la directrice de Serdaigle, de simplement rester assise et d’adresser un signe béat de la main, de loin, à un moment où elle pourrait prendre un risque dans le but d’avancer. Elle n’eut besoin que d’un quart de seconde pour forger sa décision dans l’alliage de volonté et d’entêtement le plus résistant qui soit. Mais avancer dans quoi, se demanderait le lecteur attentif ? Hé bien, tout simplement dans sa relation avec son beau-père, Noah Middle. La professeure de potions avait bien compris qu’elle ne parviendrait pas à enterrer la hache de guerre avec la pimbêche qui lui servait de belle-mère et qui devait probablement avoir une horloge suisse mal remontée à la place du cœur. Non, définitivement, Lauren de Vigan Middle était un cas désespéré. Même une cuvée entière de l’Armortentia la plus puissante ne suffirait probablement pas à la faire apprécier ne serait-ce qu’un minimum sa bru, alors autant ne pas se fatiguer. Par contre, Noah, lui, n’avait fait preuve d’aucune hostilité, qu’elle soit directe ou indirecte, à son égard. Au contraire, la jeune mère avait eu, à plusieurs reprise, l’impression de discerner un très léger sourire – pincez-moi, je rêve ! – se dessiner durant une nanoseconde sur les lèvres de son beau-père. D’abord, lorsque Loreana avait – certes avec un peu de violence, mais beaucoup de maestria – rabattu le caquet médisant et méprisant de la maîtresse de maison ; ensuite, lorsque le jeune bambin, inconscient de la tension extrême qui électrifiait l’atmosphère, s’était mis à joyeuse applaudir la tirade théâtrale de sa mère ; enfin, mais cela avait été plus furtif encore, lorsque Loreana avait posé un chaste baiser sur les lèvres de son mari – en se retenant de l’embrasser à pleine bouche, juste pour déranger sa belle-mère qui aurait alors, au moins, une bonne raison de faire la moue. Comment interpréter ces sourires, ou à tout le moins ces embryons de sourires ? Était-ce un signe de mépris qu’elle ne parvenait pas à identifier, Noah se montrant plus subtil que son épouse, ou bien le vieux schnock rabougri se détendrait-il progressivement et apprendrait-il à apprécier sa bru, son petit-fils, et à enfin juger son fils à sa juste valeur ? Il fallait qu’elle en ait le cœur net. Elle adressa un clin d’œil à son ange qui ne respirait pas forcément la confiance. Était-il encore en train de s’imaginer qu’une idée farfelue ait pu lui venir ?

    « Pardonnez-moi, Noah, mais j’aimerais, si vous me le permettez, vous glisser quelques suggestions. A vrai dire, je crois que vous devriez vous méfier de l’arrivée sur le marché des potions de la famille Morcelli. Leurs laboratoires de potions expérimentales ont récemment recruté des grands noms de la potion européenne afin de mener une lourde offensive sur le marché anglais. De source sûre, je sais que les Morcelli veulent fragiliser votre position dominante dans ce domaine et ils auraient – mais vous le savez surement – entamé des négociations secrètes avec votre partenaire Roberts&McHuggins dans ce but. Il me semblerait cohérent, au vu de la montée en flèche de la valeur de l’action du département Potions de votre entreprise de consolider sa position au sein du Conseil d’Administration de Roberts&McHuggins pour couper court à ces négociations. Et, probablement, investir une partie plus substantielle des bénéfices des années à venir dans la recherche et le développement, afin d’éviter que les Morcelli ne puissent obtenir un avantage sur le marché anglais. » Bon, la réaction qui mêlait choc et dégoût était prévisible de la part de la vieille chouette. Elle n’avait jamais été vraiment douée pour cacher ses émotions, et n’importe qui aurait pu voir qu’elle n’avait rien écouté du discours de sa belle-fille, précisément parce qu’il venait de sa belle-fille. Noah, lui, eut une réaction plus intéressante. Dans un premier temps, il sembla surpris, voire courroucé, qu’on ose lui soumettre une suggestion, chez lui, à propos de ses affaires familiales – mais il devrait s’y faire, Loreana faisait partie de la famille, désormais. Mais, peu à peu, la colère se changea en attention, puis l’attention en intérêt. Passé le premier choc de voir une roturière lui parler d’économie, et surtout de la position de son entreprise sur le marché anglais, il sembla percevoir quelque chose qui valait la peine d’être entendu dans la tirade économiste de la professeure de potions. Si Loreana n’avait pas eu peur d’abuser, elle aurait même pris l’étincelle qui avait illuminé les yeux du Middle senior l’espace d’un instant pour du sursaut d’admiration. Mais il valait mieux ne pas trop lui en demander, et conserver les deux pieds sur terre : après tout, ce n’était pas tant ce qu’il ressentait qui importait (quoi que, c’était un bon début), mais bien ce qu’il admettrait avoir ressenti. S’il balayait les suggestions de la jeune mère sans même faire mine de les envisager, alors le test serait probablement négatif, et la jeune femme devrait conclure s’être trompée sur l’interprétation à donner aux sourires du richissime entrepreneur. Mais si, au contraire, il l’écoutait et l’entendait réellement, voire – soyons fous ! – s’il la complimentait sur son analyse, alors c’était que son cas n’était pas désespéré, et qu’il y aurait moyen de le séduire et de le conquérir, de sorte qu’il serve de grand-père véritablement attaché à son petit-fils, voire – fantasme ultime – de père digne de ce nom à Maximilien. Si Loreana pouvait offrir à son mari un soupçon de gratitude ou de reconnaissance paternelle, alors elle considèrerait ne pas avoir perdu sa soirée (pour être honnête, elle considérait déjà n’avoir pas perdu sa soirée, vu la manière dont elle avait coupé le sifflet de l’autre insupportable aristocrate décorée comme un arbre de Noël, et encore, en moins coloré). Restait donc à guetter la réaction du maître de maison, qui s’emmura dans un silence réflexif. C’était déjà une bonne chose. Quittant sa surveillance attentive, Loreana jeta un coup d’œil à son fils ( « Attention, le Cognard ! Oh non, le poursuiveur de Gryffondor est tombé ! »), puis à son mari. Les yeux de ce dernier lançaient littéralement des points d’interrogation. La jeune mère ne sut pas tout de suite si son époux était choqué parce qu’il ne s’attendait pas à une pareille tirade, ou s’il s’interrogeait sur la manière dont Loreana savait tout cela. Ou bien même s’il se demandait pourquoi elle avait décidé de parler de ça… Dans le doute, elle répondit à toutes ces questions muettes, un fin sourire sur les lèvres. « J’ai toujours surveillé du coin de l’œil les marchés financiers, ma marraine Isis est partie aux États-Unis parce que Andy y a trouvé une opportunité de monter une boîte. Depuis, on parle de gestion d’entreprise et de bourse dans une lettre sur deux… Et puis, je dois avouer qu’Enis m’a un peu aidée aussi, sur ce coup-là. Tu croyais vraiment que j’allais arriver à un dîner avec tes parents sans m’être préparée ? » Elle lui adressa un nouveau clin c’œil, mais se retint cette fois-ci de l’embrasser – il était si craquant, avec cet air d’admiration penaude sur le visage – : il valait mieux ne pas gâcher son effet en mettant le maître de maison dans de mauvaises dispositions.

    Après un silence qui sembla durer une éternité (bien qu’il fût en réalité assez bref, puisque Nathanaël n’eut même pas le temps d’attraper son vif d’or fictif, qu’il avait pourtant aperçu), Noah planta son regard sur son héritier. Allait-il lui reprocher de moins s’intéresser aux affaires de la famille que sa femme, une roturière dont l’éducation exemplaire compensait difficilement l’impureté du sang ? C’était, la brunette le savait, l’un des risques qu’elle avait jugé utile de prendre pour mener à bien sa petite expérience. Elle ferma les yeux, anxieuse, en attendant le verdict de l’aristocrate, comme si elle s’attendait à recevoir un coup de poing : elle ne voulait surtout pas que son intervention puisse porter préjudice à son ange.
    « Et vous, qu’en pensez-vous Maximilien ? » Ah. Oh. Ça aurait pu être pire, bien pire… Mais la jeune mère s’en voulut d’avoir, en quelque sorte, refilé la patate chaude à son mari. Elle pria mentalement une bonne cinquantaine de dieux en même temps – Dieu, d’abord, mais aussi Allah et Yahvé, puis Hadès, Poséidon et Zeus, Athéna et Arès, Hermès et Héphaïstos, puis le grand Cthulhu, puis elle passa aux Égyptiens Thot, Râ et Isis, Osiris et Apis, puis elle revint vers les grecs et se tourna vers les Titans Ouranos, Gaïa, Cronos et Rhéa, Téthys et Hypérion, et puis, pour faire bonne mesure, elle pria le Dieu de Tout et le Dieu du Reste – pour que son mari trouve une réponse intelligente à cette question. Bien entendu, elle ne doutait pas le moins du monde de lui : elle savait à quel point il était brillant, vif et intelligent (en plus d’être terriblement attirant), mais elle savait aussi que la présence de ses parents était loin de le mettre à l’aise, et que l’étrange tournure que prenait la soirée pouvait participer à lui ôter toute répartie pertinente de la bouche. Alors, je t’en supplies, Max, montre-leur que tu es extrêmement intelligent, et trouve quelque chose à répondre. N’importe quoi, tant que c’est malin. Et elle ne fut pas déçue. « Loréana a raison, Père. Les Morcelli sont une famille italienne assez puissante qui est très active dans divers domaines. Ils étaient surtout proactifs en Méditerranée mais semblent s’étendre, pénétrant le nord de l’Europe. Ils ont déjà mis sur le marché de nouvelles technologies sorcières qui font concurrence aux entreprises Sullivan. Il serait peut-être judicieux de suivre les conseils de ma femme, afin d’éviter que les entreprises Middle ne tombent dans le même piège. » Ne sachant trop à quel dieu témoigner sa gratitude, Loreana décida de n’en remercier aucun et de congratuler plutôt son bel amant qui avait été brillamment magistral. Au point même que Loreana décela clairement – elle scrutait avec attention le visage de Noah pour cela – un éclair de fierté traverser le visage de son beau-père. Elle ne savait pas si Maximilien l’avait perçu, et jugea bon de ne pas en parler pour l’instant, mais elle se jura de le faire remarquer à son mari dès qu’ils auraient quitté l’horrible présence de Lauren-Poison-Vivant (qui, pour changer, s’enfonçait plus profondément dans un silence méprisant, doublé d’une méfiance croissante car elle sentait la situation lui échapper).« Bien. Je vais analyser les choses plus en profondeur. Je vous remercie tous les deux pour ces réflexions. » Waouw. Noah Middle acceptait d’envisager les suggestions et réflexions émises par Loreana Wilde Middle et Maximilien Middle. Voilà qui était une première mondiale. Dommage que ni Léo, ni Caleigh, ni Alexia, ni Timothé, (ni personne, en fait) n’étaient là pour voir ça. Quand Maximilien le leur raconterait (Loreana lui laisserait volontiers ce plaisir), ils ne le croiraient pas. À vrai dire, Loreana ne réalisa pas, sur le moment, l’impact que les mots du vieux père eurent sur le fils. Elle sous-estima largement le choc de son mari (probablement parce qu’elle jubilait intérieurement), et n’avait pas la moindre idée du fait que Noah Middle venait là d’adresser pour la première fois de sa vie des remerciements à son fils. Mieux, encore : des remerciements qui semblaient sincères.

    Loreana aurait volontiers médit sur le fait que sa belle-mère se penchait – encore – vers Noah pour lui murmurer – encore – quelque chose à l’oreille dans un insupportable aparté – encore. La prof de potions avait horreur des messes basses, surtout lorsqu’elles se faisaient avec aussi peu de souci de discrétion. Mais elle n’eut pas l’occasion de maugréer silencieusement plus longtemps : déjà, profitant de l’isolement de ses parents, Maximilien se penchait vers elle, l’air bouleversé.
    « Merci mon trésor, tu es formidable. » Elle lui aurait volontiers rétorqué « ah bon ? Tu parles d’un scoop ! », mais quelque chose dans les yeux du jeune homme l’en empêcha : il était réellement touché par ce qui venait de se produire, et le fait qu’elle en eût été l’instigatrice semblait signifier beaucoup pour lui. Alors, chose rare, les mots manquèrent à la jeune femme, qui fut prise au dépourvu par la joie discrète mais profonde de son mari. Elle se contenta de lui offrir un sourire tendre en hochant lentement la tête. Les moments d’émotions comme celui-ci la cueillaient vraiment dans toute sa simplicité et sa vulnérabilité, et elle fut presque reconnaissante à son fils d’offrir une distraction à ses propres sentiments. En effet, le petit magyar à pointes, toujours lancé à la poursuite du Vif d’Or (il faudrait vraiment éviter que Maximilien lui refile toutes ses lubies, si on voulait en faire quelque chose, de ce gamin), fonça en ligne droite à travers toute la pièce. Manque de chance, la petite balle dorée semblait virevolter au loin, plus loin encore que les fauteuils où les grands discutaient. Pas grave ! Nathanël Middle, le meilleur attrapeur de la terre de tous les temps – sauf peut-être papa – n’avait peur de rien. S’il attrapait la balle, Serdaigle remportait la Coupe de Quidditch. Et tout ça grâce à lui ! Allez, en avant ! Il faut l’attraper, il faut l’attraper, il faut l’attrap… paf. Oh non, les chaussures de mamy ! Aaaah, aaah ! Vite, il ne faut pas tomber… Aaaah, trop tard ! Heureusement, les genoux de papy étaient là, et… OH ! Le Vif d’Or !

    Triomphant malgré l’invraisemblable cascade qu’il venait d’effectuer, Nathanaël levait le point, à moitié fermé sur quelque objet imaginaire.
    « Je l’ai eu, Papa ! Nathou a attrapé le Vif d’Or ! » Loreana leva les yeux au ciel dans un sourire attendri. Le Quidditch, toujours le Quidditch. Pourquoi fallait-il qu’elle ait fini par se laisser convaincre d’acheter un balai miniature à son fils ? Depuis ce jour-là, Nathanaël avait nourri un obsession dérangeante (mais apparemment, Loreana était la seule que cela dérangeait) pour les acrobaties en balai, et pour ce sport dans lequel au moins deux balles cherchaient à vous tuer. Plus de peur que de mal, cette fois-ci, puisque le bambin redécolla – mentalement – sans même prendre la peine de s’excuser auprès de ses grands-parents. Loreana s’apprêta à lui en faire la remarque, sur un ton sarcastique mais ferme, mais elle fut coupée dans son élan. « Maximilien, Loréana, ne pouvez-vous pas tenir votre…»Notre quoi ? Allez, vas-y, termine ta phrase, si tu l’oses. Je te préviens, ce n’est pas parce que je porte une robe de soirée que ma baguette n’est pas à portée de main. Utilise un mot de travers, un seul, et tu te manges les sorts les plus douloureux de mon arsenal. « … enfant. » Jamais le mot « enfant » n’avait autant sonné comme une insulte que dans la bouche de Lauren de Vigan Middle. Comment une seule personne, aussi laide et aussi petite que celle-là, pouvait dégouliner à ce point de dégoût et de mépris ? N’était-elle pas supposée imploser sous la pression de tant de sentiments négatifs ? L’acidité de ses paroles et de ses regards ne la faisait-elle pas fondre de l’intérieur, rongeant les derniers recoins de bontés qu’un aventurier particulièrement opiniâtre aurait peut-être pu découvrir en elle, en creusant des mois durant ? Visiblement, Maximilien partageait des réflexions similaires, quoi que peut-être plus axées sur le mode « est-ce que je lui fous mon poing dans la figure maintenant, ou bien je patiente jusqu’à la prochaine fois où elle se comportera comme ça ? ». Malgré sa position très claire qui était de dire que Maximilien devait le respect à ses parents, même si c’étaient des ordures finies, Loreana ne parvint pas à désapprouver le courroux de son mari. Elle entrouvrit la bouche, à peu près en même temps que son ange, pour remettre la vieille mémère méprisante à sa place, mais Noah fut plus rapide. « Lauren, voyons, laissons le petit s’amuser. C’est de son âge. » Waouw (bis). Toute l’agressivité de Loreana sembla s’évaporer en instant. Pareil pour Maximilien. Avaient-ils bien entendu ? Noah Middle venait-il de défendre son petit-fils contre le venin de sa femme ? Mais comment voulez-vous que Maximilien et Lor’ puissent raconter cela à leurs amis sans passer pour des mythomanes compulsifs s’étant mis d’accord sur le plus gros mensonge possible ? Personne ne les croirait jamais ! C’était… C’était pas fair-play ! Mais en même temps, c’était tellement incroyable. Alors, elle avait vu juste ? Noah finissait par succomber aux charmes de la petite famille ? Ou bien essayait-il de le faire croire, pour l’une ou l’autre raison ? Difficile à dire. Il s’agissait surtout de garder la tête froide, et d’analyser la situation. Il n’y avait qu’à lui parler de… « Madame Middle, votre verre. » Perdue dans ses pensées, Loreana n’avait pas vu Kudbury entrer dans la salle, un plateau posé sur le bout des doigts. Il avait amené champagne et zakouskis – et même une boisson colorée, probablement bourrée de sucre, pour Nathanaël. Lorsque tout le monde fut servi, un silence gênant s’empara de la pièce. Il fallait bien lever un toast, mais, visiblement, personne ne sut réellement que dire. Loreana combla donc le silence comme elle put, en gardant le regard planté dans les yeux de Lauren. « À ce repas de famille. »Car oui, que tu le veuilles ou non, vieille peau, Nathaneël et moi sommes membres de ta famille, désormais. Et fais-moi confiance, tu ne parviendras pas à nous faire regretter ce fait. Nous serons toujours fiers de porter notre nom, même si cela signifie le partager avec quelqu’un aussi abject que toi. Elle prit bien le soin de s’assurer que sa mèche rebelle avait de nouveau quitté son oreille et qu’elle fut aussi libre que possible. Aussi libre que Nathanaël. « Ah, mais j’y pense ! Il nous faut aussi lever notre verre à la thèse de Maximilien, qui touche à sa fin. Je suis extrêmement fière du travail que tu as abattu, mon ange, et je suis persuadée que tes parents le sont aussi. D’ailleurs, j’en profite pour vous faire savoir que vous êtes évidemment les bienvenus à la défense publique, qui aura lieu dans moins d’un mois. Les Sullivan m’ont déjà affirmé qu’ils seraient présents. » D’accord, c’était un peu jouer avec le feu, à nouveau. Mais bon, encore une fois, une petite expérience ne fait pas trop de mal, si ? Plus loin, Nathanaël jouait à sauter de dalle en dalle en chantonnant : « Ah, ça ira, ça ira, ça ira… Les aristocrates à la lanterne… »


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Jeu 28 Avr 2016 - 19:03

    Maximilien et Loréana étaient deux personnes ambitieuses, ambitieuses oui mais humaines, ambitieuses oui mais pas à n’importe quel prix. L’emportaient sur leurs ambitions : premièrement leur famille (à savoir eux-mêmes, chacun d’eux et surtout leur fils qui n’auraient jamais à souffrir des ambitions de ses parents – ils se l’étaient promis), famille qui comptait plus que tout au monde pour eux, ensuite leurs amis pour lesquels ils trouvaient toujours du temps et auxquels ils n’auraient jamais fait de mal même pour faire progresser leur carrière. L’un comme l’autre avaient un ego surdimensionné et un besoin de prouver, par eux-mêmes, ce qu’ils valaient. Ils auraient pu obtenir des positions bien plus élevées dans le monde des potions (ou même ailleurs) s’ils avaient accepté de reprendre la succession des affaires familiales Middle. Ils seraient PDG, des monstres en la matière mais cette option ne les avait pas séduits. Leur carrière les intéressait non pas tant pour le poste et le renom final qu’ils obtiendraient mais pour le chemin qu’il leur fallait parcourir pour y arriver. Ils avaient un amour inconsidéré pour l’apprentissage et un respect indescriptible pour le travail. Alors, ils avaient refusé les propositions de Noah des années plus tôt parce qu’ils voulaient y arriver par eux-mêmes, par eux-mêmes et ensemble. Et ils y étaient parvenus. Loréana s’était avec les années fait un nom dans le monde des potions avec ses nombreuses recherches, expériences et articles. Maximilien quant à lui avait pondu une thèse à la hauteur de son intelligence et de ses ambitions. Cette thèse qu’il avait presque achevée. En parallèle de sa thèse, l’ancien serdaigle avait aussi publié quelques articles (sous les conseils avisés de son épouse) qui avaient parfois fait du bruit dans le monde des potions. Ils se rendaient parfois à des colloques où l’un ou l’autre faisait une communication toujours bien reçue et cette réussite sociale les rendait fou de fierté, justement parce qu’il ne la devait à aucun nom, à aucun népotisme, à aucun favoritisme mais uniquement à leur intelligence et leur travail. Mais cette passion qu’ils avaient pour les potions les monopolisait. L’un comme l’autre s’était détourné de l’aspect économique des affaires. Ils s’étaient tracés un autre chemin, et ce chemin s’illuminait à leur passage.

    Maximilien fut donc particulièrement étonné d’entendre sa femme monologuer sur trois familles et sociétés puissantes dans le monde des potions. Mais il en eut bientôt une explication. La marraine de sa Loréana s’était lancée dans les affaires des années plus tôt et, comme elles entretenaient une correspondance régulière, leurs conversations s’étaient naturellement tournées sur la progression financière de la société d’Isis. Comme toujours, Loréana avait su utilisé ce qu’elle savait pour le tourner à son avantage et peut-être même à leur avantage. Restait à Maximilien d’en faire de même, s’il ne voulait pas faire un flop. Son père lui demandait son avis sur quelque chose. Rien que cela, c’était incroyable. Maximilien n’avait jamais été à ses yeux qu’un vulgaire fêtard, indigne de reprendre l’empire qu’il avait bâti mais à qu’il n’avait d’autres choix que de coucher sur son testament, essayant de lui donner des responsabilités pour l’assagir. Noah n’avait jamais vu le potentiel de son fils, il n’avait jamais souligné ses capacités et ne l’avaient jamais encouragé dans ses projets. Et voilà que, impressionné par la femme qu’avait réussi à trouver son fils, femme qu’il avait pourtant toujours méprisé, il en était arrivé à demander son avis à son fils. Maximilien en était devenu nerveux. Il se triturait le pantalon de costume, sur les cuisses, gênées. Et s’il n’était pas à la hauteur ? Et s’il semblait fade à côté de sa femme ? Il n’avait rien à dire sur le sujet et ne savait absolument pas quoi répondre. Loréana lui lança un regard encourageant et il sut qu’elle avait confiance en lui, qu’elle savait qu’il était capable de répondre comme il le fallait à son vieux paternel et de lui en mettre plein la vue. L’ancien serdaigle se creusa un peu la tête parce que le nom de l’Italien prononcé par sa femme lui rappelait quelque chose, il était persuadé de l’avoir déjà entendu. Et tout d’un coup la lumière se fit : c’était Alexia qui lui en avait parlé. Quelques semaines plutôt Maximilien et sa meilleure amie étaient allés manger un bout dans un restaurant de pré-au-lard. Alexia avait, elle, cédé à la pression paternel et s’était investie dans les affaires des Sullivan. Elle lui avait parlé d’une colère que son père avait piquée lorsqu’ils avaient perdu des côtes en bourse sorcière à cause de l’arrivée de cette nouvelle famille dont ils ne s’étaient pas méfiés. Maximilien rassembla ses idées et répondit à son père avec autant d’aplomb que possible essayant de cacher sa nervosité. Le temps d’attente lui parut insoutenable mais finalement Noah remercia son fils et sa belle-fille et Maximilien comprit qu’ils avaient fait un pas en avant. Un soulagement intense le saisit ainsi qu’un sentiment de fierté qu’il n’avait encore jamais éprouvé. Il était content de lui et pour une fois, l’un de ses deux parents l’était aussi. Ce fut ce moment que choisit Nathanaël pour faire son entrée.

    Le petit partageait la même passion pour le quidditch que son père et que son tonton Léo, au grand damne de Loréana qui aurait préféré ne jamais voir son fils sur un balai. La mère était inquiète et il fallait reconnaître qu’il y avait de quoi : leur enfant serait, un jour, très haut dans les airs avec des centaines de mètres de vide sous lui, des joueurs agressifs, des balles plus dangereuses encore. Mais le dernier mort au quidditch remontait à plusieurs dizaine d’années et Maximilien n’avait pas l’intention de priver son fils de la joie de ce sport. Maintenant, il fallait reconnaître qu’il n’était pas non plus obligé de l’encourager dans cette voix – c’était sa manière de taquiner et d’embêter un peu son épouse. Lui et Léo lui offraient énormément de jeux et jouets en lien avec le quidditch, l’avaient déjà emmené voir des matchs, avaient décoré sa chambre avec quelques vifs d’ors magiques et Nathanaël s’était laissé prendre et l’ensemble semblait faire naître une nouvelle passion chez lui, passion que sa mère tentait continuellement mais vainement de refreiner. Léo, plus encore que Maximilien, en avait fait une source d’énervement et de taquinerie à l’encontre de Loréana et ne cessait d’offrir à son neveux des vêtements avec des balais et vifs d’or, des figurines volantes, des jeux de quidditch miniature. Léo Sanchez finirait sans doute par se ruiner en cadeau-quidditch pour son neveu (et Loréana n’attendait probablement que cela). Digne descendance qu’il était, Nathanaël se prenait pour un joueur professionnel. Ce n’était peut-être pas l’endroit mais son père n’avait pas le cœur à l’en empêcher. Le petit avait tellement d’imagination que rien qu’à le voir, on aurait pu le croire sur un véritable terrain. L’attrapeur Middle avait enfin repéré le vif d’or et s’était décidé à l’attraper une fois pour toute. Un faufilement et une course plus tard, le petit avait trébuché sur les talons de Lauren et atterri dans les jambes de Noah.

    Maximilien sauta sur ses pieds, prêts à récupérer son petit ensanglanté, à le soigner, sa baguette presque sortie, son cœur battait la chamade tant il avait eu peur, témoin de la chute vertigineuse de son fils. Mais quelques secondes plus tard, le bambin s’était relevé, heureux et triomphant, tenant dans sa main le vif d’or imaginaire qu’il brandissait fièrement vers le ciel.
    « Je l’ai eu, Papa ! Nathou a attrapé le Vif d’Or ! » Un petit rire de soulagement s’échappa de la bouche de Maximilien qui, oubliant complètement ses parents, se laissa mollement retomber dans le canapé. Il sentait que Loréana le fusillait du regard et que ce dernier lui disait clairement « je t’avais dit que ce stupide sport finirait par tuer notre fils ». Une fois remis de ses émotions, le jeune père s’apprêta à rejoindre son fils pour lui demander de s’excuser auprès de ses grands-parents qu’ils avaient légèrement heurté dans sa victoire. Mais il en fut empêché par la voix tranchante de sa chère mère qui s’en prenait avec virulence à son enfant. Elle n’avait manifestement pas du tout apprécié les frasques de sa descendance et le faisait clairement savoir à ses parents. Loréana comme Maximilien était furieuse et prête à attaquer sa belle-mère à coup de sorts plus offensifs et nocifs les uns que les autres. Mais elle n’eut pas à le faire pas plus Maximilien n’eut pas à se lever pour « casser la gueule à sa mère » (ainsi que la pensée lui avait traversé l’esprit) parce que Noah Middle se chargea de la remettre à sa place, avec plus de délicatesse : « Lauren, voyons, laissons le petit s’amuser. C’est de son âge. »

    C’était incroyable, tout bonnement incroyable. Maximilien n’en revenait pas. Son père venait-il de prendre la défense de son fils ? Noah Middle l’homme intransigeant, impatient qui n’avait aucune tolérance pour le bruit et la turbulence, venait-il vraiment de défendre un enfant qui lui était rentré dedans de manière peu élégante ? Maximilien se tripota les oreilles ; il devait avoir mal entendu ! Mais non. Un coup d’œil à Loréana lui confirma qu’elle avait compris la même chose et qu’elle était toute aussi choquée que lui. Le regard de Maximilien alternait entre son père, son fils et sa femme et il ne savait plus trop où se mettre.
    « Madame Middle, votre verre. » Maximilien sursauta et se retourna vivement. Kudbury se tenait à l’entrée du salon, c’est lui qui avait ouvert la porte et un valet de pied venait d’entrer à sa suite pour les servir. L’ancien serdaigle le fusilla du regard et constata que ses parents faisaient de même. Un valet de pied n’était pas censé signaler sa présence. Si Madame ne l’avait pas remarqué, il devait attendre qu’elle daigne s’apercevoir de sa présence et non la déranger dans ses pensées ou sa discussion. Maximilien remarqua que ses parents avaient les mêmes pensées que lui car ils n’avaient franchement pas l’air content de l’attitude de leur domestique – et ce même si c’était avec Loréana, la roturière, qu’il avait commis une erreur. Il se sentit légèrement mal à l’aise d’avoir les mêmes critiques à formuler que ses parents mais ce valet les avait dérangés dans une scène touchante. Il vit à la porte Kudbury grogner ; en tant que Majordome, il était responsable du bon comportement des valets et ce dernier n’avait pas du tout agi selon les convenances. Maximilien su qu’il subirait au moins une remontrance et au pire…serait renvoyé sans indemnité pour faute grave. Le domestique, manifestement jeune, ne se rendit pas compte de son erreur et s’approcha de Maximilien avec le plateau. « Posez-le là, je vous prie », répondit l’apprenti chercheur d’un ton froid et hautain. Parfois…il ressemblait un peu trop à ses parents.

    Le valet de pied continuait son service et Maximilien en profita pour fermer plus encore le caquet de sa mère. Il allait lui montrer que Nathanaël n’était pas mal élevé et qu’il était tout à fait possible d’éduquer un enfant en douceur, sans se montrer acariâtre – de plus il n’appréciait pas que Nathanaël joue sans se soucier des gens autour de lui – :
    « Nathanaël, chéri, viens chez papa. » Le petit se détourna de son nouveau jeu pour obéir à son père. Maximilien le prit alors sur ses genoux et le regarda droit dans les yeux avant de commencer d’une voix douce : « que vient-il de se passer chéri, pendant que tu étais attrapeur ? » Nathanaël réfléchit un instant, fronçant ces petits sourcils avant de s’exclamer d’un air victorieux : « Nathou il a attrapé le vif d’or, Papa. » Maximilien ne put retenir un sourire et embrassa son fils sur le front avant de reprendre : « Oui mon cœur. Papa est d’ailleurs très fier de Nathou. Tu seras un grand attrapeur mais n’as-tu pas fait une chute ? » Le petit se souvint soudainement de cet élément et commença à comprendre où son père voulait en venir. Il acquiesça alors, penaud. Maximilien reprit une dernière fois : « Bien alors, trésor. N’y-a-t-il pas quelque chose que tu doives faire ? » Nathanaël fit « oui » de la tête et se leva, embrassant son père avant d’aller de ses petits pas vers ses grands-parents : « Pardon Papy, pardon Mamy », ensuite, sans attendre leur réponse, il se remit à jouer. Maximilien fut satisfait et il vit que son père l’était aussi et que sa mère semblait étonnée par cette manière de faire. Cependant son expression montrait clairement qu’elle n’approuvait pas la méthode mais Maximilien n’en avait cure. C’était comme cela, avec douceur et fermeté, que Loréana et lui élevait leur fils et cela fonctionnait très bien.

    Le médiocre valet de pied avait fini son service. Tout le monde avait son verre, y compris Nathanaël dont le verre de jus de pomme était posé sur la table. Loréana qui paraissait avoir décidé de faire rager la mère Middle jusqu’au bout plongea son regard dans le sien et avec un grand sourire s’exclama :
    « À ce repas de famille ! », tout en levant son verre. Max pouffa. Sa femme était gonflée. Il leva son vers, à son tour et acquiesça « À notre repas de famille et à Nathanaël », le tout avec un grand sourire hypocrite. Lauren rageait mais fut obligée de lever son verre au toast avant de boire. Noah le fit avec plus de spontanéité et moins de mauvaise volonté. Mais les vieux aigris avaient à peine posé leur lèvre sur leur flute que Loréana avait interrompu leur mouvement, les empêchant de boire. La jeune mère avait un autre toast à porter : « Ah !, mais j’y pense ! Il nous faut aussi lever notre verre à la thèse de Maximilien, qui touche à sa fin. Je suis extrêmement fière du travail que tu as abattu, mon ange, et je suis persuadée que tes parents le sont aussi. D’ailleurs, j’en profite pour vous faire savoir que vous êtes évidemment les bienvenus à la défense publique, qui aura lieu dans moins d’un mois. Les Sullivan m’ont déjà affirmé qu’ils seraient présents. » Elle ne manquait pas d’air. Et si lui n’avait pas eu envie de les voir ce jour-là, de subir leur regard désapprobateur, de les voir se poser en juge despotique et tyrannique ? Mais d’un autre côté, elle n’avait pas tort. C’était à la fois une bonne façon de les remettre à leur place, de leur rappeler que, si Maximilien avait certes manqué à ses devoirs en ne reprenant pas les affaires, eux s’étaient contentés de se tenir volontairement à l’écart de la vie affective et professionnelle de leur fils. Et puis… Les avoir face à lui ce jour-là et réussir brillamment serait une excellente manière pour Maximilien de se détacher d’eux une fois pour toute, de s’émanciper sous leurs yeux, de leur en mettre plein la vue et de leur faire regretter leur indifférence. Lauren se renfrogna encore plus et ne laissa pas le temps à Noah de répondre : « Nous verrons. » Son ton était sans appel et signifiait « nous ne viendrons pas » mais Noah n’avait pas l’air de cet avis. S’il ne pouvait pas contredire encore une fois ouvertement sa femme, Maximilien se doutait qu’une discussion aurait lieu ultérieurement. Loréana n’était pas contente de la réaction de sa belle-mère mais Maximilien la fixa droit dans les yeux avec un petit sourire et haussa les épaules, comme pour lui dire que cela n’avait aucune importance. Il n’eut cependant pas l’occasion de le formuler à voix haute parce que plus loin dans la pièce, Nathanaël sautillait en chantant : « Ah, ça ira, ça ira, ça ira… Les aristocrates à la lanterne… »

    Maximilien se retourna vers Lor’ avec un regard outré et accusatoire. Une telle chanson ne pouvait venir que d’elle et cette fois-ci, ils ne s’en tireraient pas. Lauren et Noah était tous les deux rouges de colères et Maximilien pouvait aisément constater que seules les convenances les empêchaient de faire une crise et de les mettre sur-le-champ à la porte. Loréana avait une expression gênée qui signifiait aussi « comment voulais-tu que je sache qu’il la chanterait aujourd’hui ? » Le blondinet soupira. Ce n’était pas de la faute de Nathanaël et il ne pouvait donc pas gronder ce petit amour qui continuait gaiement à chantonner :
    « Vlà trois chents chans qu’ils donnent des fêeeste et qu’ils entertriennent des catins. » Manifestement, il ne comprenait pas bien ce qu’il chantait et sa diction n’était pas toujours aussi bonne que ce qu’il avait laissé croire en ces quelques heures de dîner. Après tout, il n’avait que trois ans. Le futur maître des potions était attendri mais il ne pouvait pourtant pas laisser les choses s’envenimer. Il fallait trouver quelque chose pour apaiser les Middle avant que cela ne dégénère et tout d’un coup une idée (certainement inspirée de l’attitude serpentarde qu’avait eu sa femme depuis le début de la soirée) germa dans son esprit. Il se retourna vers Lor’, prêt à jouer la comédie et surtout espérant qu’elle comprendrait ses intentions et entrerait dans son jeu. Il lui dit alors d’un ton amusé et blasé : « Lor, chérie, je t’avais dit qu’Angie allait avoir une mauvaise influence sur lui. » Il simula un petit rire avant de se retourner vers ses parents : « Angélique Dévis est la sous-directrice de Poudlard, ainsi que vous le savez certainement, c’est aussi une très bonne amie de Loréana et elle a parfois des gouts musicaux… éclectique. » en mettant tout cela sur le dos d’une femme qui avait une position sociale élevée, ses parents ne pourraient plus émettre la moindre remarque et encore moins blâmer leur bru et leur fils. C’était le plan parfait.


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Lun 2 Mai 2016 - 22:39

    « Madame Middle, votre verre. » Loreana surgit soudain de ses pensées pour se retrouver dans le salon des invités plus ou moins proche du manoir Middle. Elle gardait son regard braqué sur son fils, histoire d’observer discrètement s’il ne s’était pas blessé, ou s’il n’avait pas plus mal que ses délires quidditchéens ne le laissaient croire. Mais, surtout, elle était obnubilée par Noah Middle son beau-père. Surveillant le petit-fils du coin de l’œil, elle scrutait surtout avec attention le regard sévère de l’aristocrate, à la recherche du moindre signe qui pouvait signifier qu’il ne pensait pas ce qu’il disait, et qu’il ne faisait qu’essayer de manipuler son fils et sa bru pour les pousser à reprendre les affaires familiales, d’autant qu’ils avaient tous deux démontré qu’ils en avaient les capacités. Noah était-il sincère, ou tout cela n’était que masque et théâtre ? Était-il réellement en train de tomber, doucement mais surement, sous le charme de la parfaite petite famille qu’avait su fonder son fils, et qui était si éloignée de la famille que lui-même s’était bâti ? Pourrait-il en venir à regretter l’éducation qu’il avait prodiguée – ou, plus exactement, fait prodiguer – à Maximilien ? Pourrait-il un jour nourrir le regret de n’avoir pas vu son fils grandir, de n’avoir partagé avec lui aucune des étapes importantes de sa vie ? La vue de Nathanaël, qui ressemblait tellement à son père, ne lui faisait-elle pas réaliser à quel point il avait été un père indigne… Ou plutôt, qu’il n’avait jamais été un père, mais seulement un entrepreneur obsédé par les parts de marché, le renom de sa lignée et la prospérité de ses affaires ? Réalisait-il qu’il avait troqué la chaleur des bras d’un enfant aimant contre la froideur d’un bureau isolé, remplis de chiffres et de jeux de pouvoir insidieux, qui s’engouffraient dans les moindres fêlures de son âme pour la rendre aussi sèche qu’un désert, voire pour la détruire de l’intérieur. Bon, d’accord, il y a sans doute là quelque hyperbole, mais c’était clairement comme ça que Loreana Wilde voyait les choses. Elle, elle n’avait jamais eu la chance de connaître ses parents. Elle n’avait pas connu les étreintes chaleureuses d’une mère consolatrice, elle n’avait pas subi les fureurs attendries d’un père à l’œil modérément sévère. Elle n’avait que quelques photos, de vieilles photos, de deux êtres qui lui avaient donné la vie, mais qui n’étaient pour elle que de parfaits étrangers. C’était une souffrance de tous les instants, sourde, peu incisive mais intarissable. Une souffrance à laquelle, et c’était terrible, elle avait fini par s’habituer. Elle n’avait jamais été complète, et ne le serait probablement jamais, car elle ignorait tout, ou presque, des gens qu’avaient été ses parents. Elle ne connaissait même pas le son de leur voix… Si, aujourd’hui, elle pouvait faire taire cette souffrance et ne même plus la sentir, c’était grâce aux deux hommes de sa vie. Elle avait tourné le dos à son passé et avait entrepris de construire, avec son mari et son fils, un avenir radieux. Maximilien lui insufflait la confiance en elle qu’elle n’avait toujours que prétendu avoir ; Nathanaël lui faisait comprendre que ce signifie « être complète ». Grâce à eux, elle avait pu laisser de côté ses interrogations. Elle, qui n’avait pas connu sa mère, qui ne savait pas ce que signifiait « être mère », comment pourrait-elle s’en sortir avec un enfant ? Comment saurait-elle subvenir à ses besoins, ressentir ses besoins, comprendre ses besoins ? Elle se souvint, avec un fin sourire, d’une nuit entière qu’elle avait passée chez Angélique, après avoir débarqué dans son appartement, enceinte, en pleine crise de panique. L’historienne l’avait alors rassurée, en lui sacrifiant une des seules nuits de réel repos qu’elle avait le luxe de s’offrir…

    Alors comment imaginer que des parents puissent volontairement se tenir à l’écart de la vie de leur fils, au point de ne rien réellement savoir de lui ? Comment pouvait-on décider de priver un enfant de ses parents, pour des raisons aussi futiles et matérialistes que le renom familial ou l’économie d’une entreprise ? Comment pouvait-on sacrifier sa vie de famille à sa vie professionnelle ? Ils n’en avaient jamais vraiment parlé – et Loreana se jura de le faire – mais elle fut soudain prise du sentiment que Maximilien était, lui aussi, un orphelin. Pas au même titre qu’elle, bien entendu, mais il devait, comme elle, avoir le sentiment de ne pas savoir ce que signifiait réellement la parentalité, la relation qui unit un père et son fils. Comme elle, il avait dû construire un sens au mot « famille », qui remplaçait les liens du sang par ceux du cœur. Comme elle, il avait dû, par moment, errer, seul, en se demandant ce qu’il avait fait de mal pour être ainsi abandonné de ceux qui l’avaient mis au monde. Mais elle, contrairement à lui, avait au moins l’avantage de pouvoir se dire que, s’ils avaient vécu, ses parents seraient fiers de la femme qu’elle était devenue. Elle avait la liberté de les imaginer aimant et soucieux, attentifs et câlins. Maximilien, lui, était coincé avec ce qu’ils étaient réellement : orgueilleux, aussi hautains que méprisants, attachés à leur réputation et à leur argent plus qu’à lui. Ils l’avaient laissé grandir sans eux, ils l’avaient forcé à grandir sans eux. Comment des parents pouvaient-ils être plus cruels ? Ni orphelin, ni enfant, Maximilien avait toujours vécu dans ses eaux troubles, entre la certitude de ne pas avoir l’amour de ses géniteurs et le complexe de ne pas être orphelin. Sa situation n’avait rien eu de simple, et il n’était pas étonnant qu’il ait adopté le comportement qui avait été le sien : il avait toujours voulu leur montrer qu’il n’avait cure de leur avis, de leur affection et de leur approbation. Mais, en fait, c’était probablement un véritable cri de détresse qu’il leur adressait, cri qui était demeuré à ce jour sans réponse. Alors, il avait tout fait pour n’être pas comme eux…

    Mais, par moment, il leur ressemblait. Comme à cette seconde exacte. Il y avait, dans ses yeux, la même indignation courroucée que dans les yeux de ses parents : le valet de pied n’avait pas à signaler sa présence, et se devait d’attendre patiemment qu’on daigne le remarquer. Pourtant, il avait, d’une voix calme, sortit Loreana de ses pensées. Cette dernière, n’émergeant qu’à moitié, n’avait pas réalisé la faute terrible commise par le valet et se contenta de saisir son verre – sans remercier le valet, trop étonnée du regard de son époux. Elle mit plusieurs secondes à comprendre pourquoi les aristocrates – et, à sa grande surprise, elle visait là Maximilien également – semblaient si contrariés. Même Kudbury, qui était demeuré à la porte, avait émis une sorte de grognement de désapprobation… Apparemment, les seuls à ne pas réaliser la « gravité » de la situation (encore que Loreana ne voyait là rien de grave, car elle n’accordait qu’une attention toute relative au protocole) étaient Nathanaël, qui était semblait être parti pour un tour d’honneur, Vif d’Or à la main, et le valet lui-même, visiblement trop jeune et inexpérimenté pour se rendre compte de la vague de reproches qui l’engloutissait tout entier. La directrice de Serdaigle dut faire un effort surhumain pour ne pas intervenir en faveur du pauvre domestique, qui, au vu de la flamme infernale qui brûlait dans le regard de Lauren (était-elle simplement furieuse du comportement de son valet, ou bien était-elle consciente que, si Loreana le voulait, elle pouvait en profiter pour adresser un reproche à sa belle-mère ?), risquait bien de se trouver sans emploi dès ce soir. Mais il n’était pas question de faire montre d’une quelconque forme de pitié à l’égard de la pimbêche qui aurait profité de la moindre faille dans la maîtrise du protocole de Loreana. La jeune professeure de potions se contenta donc de ne rien dire, tout en se jurant qu’elle ferait une remarque à Maximilien quant à sa réaction de richissime aristocrate… Mais, ce qu’elle ne pouvait prévoir, c’est que l’envie d’adresser un sarcasme à son mari et à sa « belle » famille se ferait plus pressante encore :
    « Posez-le là, je vous prie » Durant son injonction, Maximilien avait, sans doute de manière inconsciente, adopté une telle expression de mépris hautain qu’il était devenu, l’espace d’un instant, la réplique exacte de son père, quelques années en moins. La métamorphose avait presque été effrayante, mais, heureusement, n’avait pas duré plus qu’un quart de seconde (encore heureux, parce que la tentation de le gifler avait très soudainement pris Loreana de manière très intense). En se tournant vers son fils, le jeune homme avait vu ses traits se détendre, et il abordait désormais cette expression d’amour infini qui le rendait si séduisant. « Nathanaël, chéri, viens chez papa. » Le petit ange s’exécuta immédiatement, sans discuter (ce qui n’arrivait, il fallait bien l’admettre, qu’une fois sur deux. En l’occurrence, Nathanaël avait bien choisi). Il s’installa sur les genoux de son père – ou, plus exactement, son père le fit s’installer sur ses genoux –, qui lui ébouriffa tendrement la tignasse dorée, puis écouta ce que ce dernier avait à lui dire. « que vient-il de se passer chéri, pendant que tu étais attrapeur ? » Le petit sembla se concentrer pour répondre correctement à la question – après tout, ironisa mentalement Loreana, non sans tendresse, c’était il y avait siiii longtemps – et son visage finit par s’illuminer d’un sourire radieux. « Nathou il a attrapé le vif d’or, Papa. » Loreana fut tiraillée par deux sentiments contraires : soit elle levait les yeux au ciel, excédée que l’idée de jouer à ce sport mortellement dangereux (même si Maximilien affirmait le contraire) puisse causer tant de joie à son fils, soit elle souriait d’un air attendri face à la réaction si mignonne de son fiston, et celle, plus mignonne encore, de son époux, qui embrassa leur trésor sur le front, avant de reprendre d’une voix douce : « Oui mon cœur. Papa est d’ailleurs très fier de Nathou. Tu seras un grand attrapeur mais n’as-tu pas fait une chute ? » Prends ça, Noah ! Voilà comment un père fait lorsqu’il a un petit reproche à adresser à son enfant, ou lorsqu’il veut lui faire comprendre qu’il a mal agi. Il ne lui envoie pas une lettre détestable, pleine de sentiments à vomir et d’un mépris innommable ! C’est agréable de voir ton propre fils te donner des leçons d’éducation d’une manière magistrale ? Ah, et ça vaut pour toi aussi, Lauren-la-mégère… Surtout pour toi ! Le gamin sembla réfléchir intensément, puis le galion tomba. Il adopta un air de chien battu – il avait dû copier la technique que Bambou, le chien de la famille, utilisait lorsqu’il quémandait à manger lors des repas – et acquiesça, penaud.« Bien alors, trésor. N’y-a-t-il pas quelque chose que tu doives faire ? » L’enfant opina une seconde fois et entreprit de descendre des genoux de son père en l’embrassant au passage. Loreana sourit, fière de son époux et de leur fils, et adressa un regard tendre et approbateur à Maximilien. Le petit d’homme sembla hésiter une demi-seconde, tanguant sur ses petites gambettes, puis se planta devant ses grands-parents, les bras derrière le dos. « Pardon Papy, pardon Mamy ! » Puis, il s’en fut, comme s’il avait soudain aperçu une libellule, et se remit à jouer dans son coin. Avec un demi-sourire satisfait, Loreana guetta la réaction des vieux schnocks. Noah sembla satisfait (un fin sourire fit même une furtive apparition sur ses lèvres), mais pas Lauren. Tant pis pour elle, qu’elle aille au diable ! Loreana et Maximilien élevaient leur fils ainsi, que cela lui plaise ou non : une poigne de fer dans un gant de velours. Et pas une poigne d’acier trempé dans un gant d’acide sulfurique, de flammes issues tout droit du neuvième cercle des enfers et de Sortilèges Impardonnables.

    Vint alors le moment de porter un toast. Vu le froid polaire qui s’était installé, il sembla clair à la brunette que ni Noah, ni Lauren ne se lanceraient dans ce périlleux exercice. Quant à Maximilien, il ne semblait pas très enthousiaste à cette idée non plus, alors Loreana se saisit de cette mission. Et adressa, au passage, une pique discrète et subtile à sa laide-mère, qu’elle prit bien la peine de fixer intensément.
    « À ce repas de famille. » Maximilien pouffa discrètement – mais pas assez pour que cela échappe à sa femme. Amusé par la hardiesse de sa femme, il se permit même d’en rajouter une couche : « À notre repas de famille et à Nathanaël » Pas mal du tout ! Le jeune père commençait à se détendre et à réellement prendre de l’assurance. Était-ce par qu’il avait trouvé son père plus ouvert qu’il ne l’avait espéré, ou parce qu’il se prenait au petit jeu qu’avait débuté sa femme ? Impossible de le dire, mais le fait était qu’il devenait – c’était pas trop tôt ! – vraiment bon. Raison de plus pour rajouter une nouvelle couche – trois d’affilée, ça valait bien un toast : « Ah, mais j’y pense ! Il nous faut aussi lever notre verre à la thèse de Maximilien, qui touche à sa fin. Je suis extrêmement fière du travail que tu as abattu, mon ange, et je suis persuadée que tes parents le sont aussi. D’ailleurs, j’en profite pour vous faire savoir que vous êtes évidemment les bienvenus à la défense publique, qui aura lieu dans moins d’un mois. Les Sullivan m’ont déjà affirmé qu’ils seraient présents. » Bon, d’accord, par « les Sullivan m’ont affirmé qu’ils seraient là », il fallait entendre « Alexia m’a juré qu’elle traînerait ses deux vieux par la peau des fesses », mais les vieux schnocks n’avaient pas besoin de le savoir. Et pour le reste… Elle capta un regard à moitié interrogatif de Maximilien, qui n’avait pas l’air de saisir tout à fait où elle venait en venir. Puis il sembla réaliser que Loreana essayait de lui offrir là une déclaration d’indépendance en bonne et due forme, et devant témoins, s’il-vous-plaît ! Elle allait commenter la réponse de Lauren, dont le ton contredisait clairement, les mots, mais autre chose canalisa son attention : son petit ange s’était mis à chanter. « Ah, ça ira, ça ira, ça ira… Les aristocrates à la lanterne… » Oh, non. Oh, misère. Oh, par la barbe de Merlin. Tu pouvais chanter tout ce que tu voulais, mon petit cœur… Tout, absolument tout, sauf ça. Je sais, je te l’ai apprise pour me moquer de tes grands-parents, mais… Je ne savais pas qu’ils finiraient par nous inviter à dîner ! Et puis, pourquoi ne l’as-tu pas oubliée ? Hein ? Pourquoi dois-tu la chanter maintenant ? Pourquoi pas chanter « Sur le pont de Poudlard » ou « La Ballade de Nick-Quasi-Sans-Tête » ? Pourquoi celle-là… Comment je vais faire pour rattrapper le coup, moi, maintenant ? J’avais réussi à me faire respecter par ces deux vieux croûtons encroûtés, et toi, du haut de ton innocence si émouvante, tu joues contre moi… Bon, réfléchir. Ne pas se laisser intimider par les regards glacés et haineux des beaux-parents, passer outre le regard outré et accusatoire – à juste titre, pour une fois – de Maxou. Je vais trouver une solution. D’abord, respirer. Si ça se trouve, ils n’ont pas entendu, et le valet maladroit est revenu… « Vlà trois chents chans qu’ils donnent des fêeeste et qu’ils entertriennent des catins. » [i]Bon, d’accord, là ils ont forcément entendu. Mais ce n’est pas grave, je vais m’en sortir. Je ne panique pas, je suis très calme. Très très calme. La plus calme du monde. Je n’ai pas du tout la pression. Pas du tout. Je ferme les yeux, je compte jusqu’à trois… Et à trois, j’ai la meilleure idée du monde. C’est si simple. Allez ! Un… Deux… Trois ! Néant total. Elle avait beau se retourner les méninges, elle ne voyait pas comment elle pourrait s’en sortir, cette fois. Elle venait – via Nathanaël – de saboter tous les efforts qu’elle avait fournis. Elle se tourna lentement vers Maximilien, d’un air désolé, mais elle vit dans son regard une étincelle briller. Il eut même l’air amusé. Qu’avait-il donc bien pu trouver ?

    « Lor, chérie, je t’avais dit qu’Angie allait avoir une mauvaise influence sur lui. » Loreana plissa les yeux un instant. Elle ne comprit pas tout de suite pourquoi il parlait d’Angie, et ce qu’elle pouvait bien avoir à faire dans cette histoire. Elle se dit qu’il délirait, qu’il avait perdu les pédales… Et puis, elle réalisa qu’il avait du génie. Elle lui adressa un petit rire presque cruche (qui, pour quiconque la connaissait un minimum, aurait sonné plus faux que la couleur de cheveux de Lauren, mais, fort heureusement, ses beaux-parents n’avaient jamais pris la peine d’apprendre à la connaître) et fit semblant d’être gênée. Elle laissa Maximilien continuer : « Angélique Dévis est la sous-directrice de Poudlard, ainsi que vous le savez certainement, c’est aussi une très bonne amie de Loréana et elle a parfois des gouts musicaux… éclectique. » Merci, mon amour, merci ! Même si je ne suis pas persuadée qu’Angie apprécierait qu’on se serve d’elle comme alibi – quoique, en fait… – tu nous sors de beaux draps. Je rentre dans la danse dans un instant. Préparez-vous, j’entre en piste ! « En effet, mon cœur… Je ne manquerai pas de lui adresser une plainte de notre part… Il faut dire qu’elle a gardé Nathanaël pas plus tard qu’avant-hier, et elle travaille actuellement sur l’implication des familles bourgeoises sorcières dans la Révolution française. Je suppose qu’elle a dû se plonger dans l’époque en entonnant des chants qui y remontent… Elle travaille souvent comme cela. Je dois dire que cela m’avait quelque peu agacée lorsque nous collaborions sur notre traité ‘Les potions de chance à travers les âges : du filtre Fatum au Felix Felicis’. Vous avez dû en entendre parler, il s’est très bien vendu. » Oui, elle essayait de faire diversion. Et elle espérait que cela marcherait. « Nathanaël a beau être précoce pour beaucoup de choses, il ne comprend surement pas les paroles de la chanson, et s’est contenté de les reprendre. Après tout, dans son esprit – et il a raison – Angélique est quelqu’un d’extraordinaire et qu’on ne saurait accuser de quelque sentiment négatif à l’égard de qui que ce soit : c’est une historienne talentueuse, qui traite de notre histoire avec une objectivité et un talent inné. Je suppose que vous avez dû la lire à de nombreuses reprises. Comment en vouloir à ce petit bout de trois ans de l’idolâtrer ainsi ? Je préfère d’ailleurs qu’il l’idolâtre elle, plutôt que des gens moins fréquentables, n’êtes-vous pas de cet avis ? » A priori, les vieux schnocks ne pourraient rien répondre d’autre qu’un « oui » franc. Après tout, Angélique avait une stature indéniable, tant au sein de l’école qu’en dehors, et les parents Middle ne pourraient pas la désavouer. Il fallait admettre que le plan de Maximilien était tout simplement excellent. Se cacher derrière des personnalités que les vieux schnocks ne pouvaient désapprouver apparaissait comme la meilleure façon de les prendre à leur propre jeu, et les jeunes mariés l’avaient bien compris. Cela fit d’ailleurs bouillir intérieurement Lauren, qui, si elle semblait consciente de la manœuvre, n’oserait pas la dénoncer. Échec et mat, à nouveau. Si elle avait pu, la jeune mère aurait embrassé son bel – et intelligent – amant à pleine bouche, mais cela risquait d’être assez mal perçu. Il ne s’agissait pas de se sortir d’un mauvais pas pour en faire un autre. Un nouveau silence s’installa, et les parents Middle en profitèrent pour se glisser un mot à l’oreille, alors qu’un valet, sans doute envoyé par Kudbury, transmettait un message aux hôtes de la soirée. Loreana saisit l’occasion de déposer un léger baiser sur les lèvres de son mari, et lui chuchota : « À mon tour de te dire que tu es formidable, mon cœur. Tu m’as sauvée ! »Puis, elle appela son fils, pour faire mine de lui adresser un reproche – ce qu’elle ne fit pas. Elle déposa sur son front un baiser et l’enlaça sans retenue, en lui chuchotant à l’oreille : « Maman t’aime fort, tu sais ? Et tu sais quoi ? Cette chanson, là, que tu viens de chanter, ce sera notre chanson à nous, d’accord ? On ne la chantera que quand on est rien que nous deux, ça te va ? » Ravi à l’idée de partager une chanson avec sa mère, le blondinet opina, un sourire jusqu’aux oreilles, et se mit à applaudir doucement. Puis, la petite famille, rayonnante dans un environnement presqu’inhospitalier, porta son attention sur les deux aristocrates qui avaient raclé la gorge pour s’exprimer.


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Mar 3 Mai 2016 - 21:28

    Maximilien était tout le contraire de ses parents. Là où ils étaient hautain, il se montrait humble. Là où ils se montraient froids, il était aimant. Quand ils étaient distants, il était attentionné. S’ils étaient égotistes, il était généreux. Ils étaient par nature aigris alors que lui était joyeux. Ils n’avaient pas le sens de la famille, Maximilien vivait pour la sienne. Là où ils se montraient coincés, il était à l’aise. Ses parents avaient été des parents déplorables alors qu’il était un bon père – du moins c’était ce qu’on se disait de lui. Là où ses parents refusaient de se salir les mains, il plongeait les siennes avec enthousiasme. Ses parents avaient le sens des affaires alors que lui n’y maîtrisaient rien et ne voulait rien y comprendre, d’ailleurs. Là où ses parents étaient haïssable, il était adorable. Il était leur exacte antithèse, en tout et sur tout. Son père était calculateur et manipulateur, lui était honnête, incapable de mentir, sincère, vrai, naturel. Sa mère était une pimbêche sans cœur et lui était un garçon sensible, attentif. Ses parents se refusaient de mélanger leur sang avec la plèbe, Maximilien avait pour meilleur ami un garçon issu d’une famille on-ne-peut-plus pauvre. Ses parents haïssaient la musique, Maximilien était mélomane. Ses parents aimaient les soirées mondaines et guindés, Maximilien était un fêtard – ou plutôt avait été – des rues. L’ancien serdaigle ignorait s’il s’était entièrement construit par opposition à eux ou s’il était devenu ainsi grâce aux gens qu’il avait fréquentés, qui l’avait éduqué et avec lesquels il avait grandi : Marie, Léo, Travis, Caleigh, Timothé, Julia et pour finir Loréana et Nathanaël. C’était sans doute un savant mélange des deux qui avait engendré l’homme qu’était devenu Maximilien Enzo Middle. Malheureusement ses parents avaient quand même participé – de loin – à son éducation. C’était avec eux qu’il avait mangé toute son enfance – sauf lorsqu’ils s’absentaient pour voyage d’affaire ou autre. C’était dans cette société qu’il s’était mu, qu’il avait évolué. C’était dans ces convenances qu’il avait été baigné alors parfois… A de rares moments, il leur ressemblait. Sans doute ne l’aurait-il jamais avoué mais quelque fois, par réflexe, il pensait comme eux et calquait son comportement sur le leur. Heureusement, ces instants étaient brefs mais ils avaient pour défauts d’exister, comme en ce moment. Lorsque ce pauvre domestique, un jeune homme novice, avait fait un faux pas. Maximilien avait eu la même réaction que ses haïssables ancêtres. Il l’avait pris de haut, n’acceptant pas que l’on manque de respect à sa femme lorsqu’on venait la servir. Parce que oui, c’était là tout le problème. L’aristocratie dégoulinante de principes répugnants et de pudibonderies hautaines considérait comme un manque de respect qu’un autre être humain leur adresse la parole, osant ainsi leur signaler son indésirable présence. Et Maximilien qui compissait ces principes se laissaient parfois inconsciemment emporté par son éducation. Mais ce comportement que Loréana ne devait pas apprécier disparut aussi rapidement qu’il était venu et fut remplacé par un exemplaire comportement paternel.

    Maximilien et Loréana étaient parfois laxistes avec Nathanaël. Le petit ange avait beaucoup de liberté mais il était, malgré tout, bien éduqué. Sans avoir besoin de hausser le ton, les deux parents tentaient de lui apprendre politesse, respect et obéissance – même si pour ce dernier point, les résultats étaient parfois moyens. Nathanaël avait parfois un fort caractère mais il connaissait bien les règles et Maximilien n’eut besoin que d’un petit échange avec son fils pour lui faire comprendre ce qu’il attendait de lui. Le petit blondinet ne partit pas sans embrasser affectueusement son géniteur – ce qui fit naître un immense sourire attendri sur les lèvres de sa génitrice – et fila derechef s’excuser auprès de ses grands-parents qu’il avait bousculés, sur lesquels il avait trébuché, dans ses cabrioles pour attraper le vif d’or. Sans attendre la réponse des deux vieillards, considérant qu’il avait rempli sa mission, Nathanaël repartit en courant, bras en l’air, accomplissant le tour d’honneur, s’imaginant avec une couronne de laurier sur la tête, César vainqueur, il saluait la foule des mains tout en feignant de voler autour d’un stade de Quidditch. Il simulait au passage les applaudissements des spectateurs et s’amusait, fier de son éclatante victoire. A contre cœur, Maximilien détourna ses yeux de son fils pour prendre son verre. Il allait falloir porter un toast, c’était de règle en de pareilles circonstances. Lauren boudait dans son coin et n’avait clairement pas l’intention d’ouvrir la bouche, Noah qui devait considérer qu’il en avait assez fait, ne se lançait pas non plus, et Maximilien n’osait point de peur d’encourir un reproche. Ce fut donc Loréana qui se dévoua et elle le fit à merveille. Après quelques expressions de souhait, la serdaigle (à la limite serpentarde) invita les deux coincés-du-chaudron à venir à la défense de thèse de Maximilien. L’ancien enfant en manque d’amour fut partagé entre la colère de ne point avoir son mot à dire, le désir soudain de voir ses parents venir, l’impression qu’il y gagnerait sa liberté et l’appréhension de les voir refuser. Et évidemment, Lauren se montra aussi désintéressée que d’habitude. Si Maximilien en fut blessé, il n’en montra rien, préférant tourner à nouveaux ses regards sur son fils qui… QUI CHANTAIT !
    « Ah, ça ira, ça ira, ça ira… Les aristocrates à la lanterne… » Ô par l’ancien foutre de Dumbledore tout puissant, pourquoi ?!

    C’est outré que Maximilien se retourna vers sa douce. Son regard accusateur lançait des éclairs. Quel besoin avait-elle eut de lui enseigner cette chanson, cette chanson précisément ?. Il ne doutait pas une seconde que cela puisse venir d’elle, il reconnaissait bien son type d’humour. Sans doute avait-elle trouvé très drôle de se moquer des vieux Middle en apprenant cette chanson à son fils. Et…Pour être honnête, en temps normal, Maximilien en aurait ri et se serait joint à son fils avec bon cœur mais là… Ce n’était ni possible, ni envisageable. Il ne pouvait pas rire de cette anecdote. Si la situation avec Lauren n’avait pas progressé, sa relation avec son père semblait avoir fait des pas de géant alors non… Nathanaël n’allait pas gâcher cela. Evidemment, ce n’était pas de sa faute, évidemment le petit n’était pas responsable, évidemment Maximilien ne lui en voulait pas. Que du contraire, il le trouvait adorable et il aurait rêvé de le prendre dans ses bras. Mais il devait faire bonne figure, trouver une solution pour résoudre le problème.
    « Vlà trois chents chans qu’ils donnent des fêeeste et qu’ils entertriennent des catins. » Et cela devenait urgentissime ! Alors Maximilien fit tourner son cerveau à plein régime. Il était suffisamment brillant pour trouver une solution et tout d’un coup, le lumos se fit dans son esprit. Il allait se servir de l’esprit serpentard de sa femme pour démêler le nœud Nathanaëlien. La solution était la suivante : il fallait détourner les soupçons de ses parents. Si Noah et Lauren – dont les yeux lançaient des avada kedavra plus puissant que ceux de Voldemort lui-même – comprenaient que c’était la jeune mère qui avait dispensé cet enseignement à son fils, tous leurs efforts seraient réduits à néant – Nathanaël aurait été là plus efficace qu’un evanesco. Il fallait donc accuser subtilement quelqu’un d’autre. Maximilien passa en revue ses connaissances. Il était inenvisageable de mettre cela sur le dos de Léo : ses parents le méprisaient déjà assez comme cela et ce n’était pas la peine d’en rajouter une couche. D’autant plus qu’il n’était pas sûr que cela règle le problème : ses parents pourraient leur adresser une longue liste de reproche sur le fait qu’ils laissaient un tel énergumène issus de la basse populasse fréquenter d’aussi près leur petit-fils. Timothé ou Julia n’était pas non plus une option parce que ses parents n’en avaient jamais entendu parler, bien qu’ils fissent partie des meilleurs amis de son fils. Un professeur d’astronomie fantasque telle que l’était Caleigh ne ferait pas sensation non plus. Il fallait quelqu’un qui en jette par sa carrure ou sa position sociale. Alors Maximilien tenta le tout pour le tout…

    Il se tourna vers sa femme et avec un sourire mi-amusé, mi-blasé – sourire entièrement feint-, il lui dit :
    « Lor, chérie, je t’avais dit qu’Angie allait avoir une mauvaise influence sur lui. » Il vit le regard de sa douce se troubler, manifestement elle ne perçut pas tout de suite où il voulait en venir. Qu’à cela ne tienne, il lui ferait comprendre, en enfonçant le clou. Il savait son amour suffisamment intelligente pour entrer dans son jeu. Il se retourna alors à nouveau vers ses parents, comme un professeur se préparait à donner quelques explications et ajouta comme si de rien était : « Angélique Dévis est la sous-directrice de Poudlard, ainsi que vous le savez certainement, c’est aussi une très bonne amie de Loréana et elle a parfois des gouts musicaux… éclectique. » Alea iacta est. Maintenant soit Loréana comprenait et ils sortaient de cette grotte définitivement, soit elle ne comprenait pas et ils étaient perdus. Il n’osa pas la regarder de peur que leur complicité ne trahisse ses intentions alors il attendit. Quelques secondes plus tard, il la sentit bouger dans le canapé, cherchant à enfoncer ses fesses plus profondément dans le tissu. Alors il sut : c’était gagné. Elle bandait son arc et se préparait à décocher ses flèches. De fait : « En effet, mon cœur… Je ne manquerai pas de lui adresser une plainte de notre part… Il faut dire qu’elle a gardé Nathanaël pas plus tard qu’avant-hier, et elle travaille actuellement sur l’implication des familles bourgeoises sorcières dans la Révolution française. Je suppose qu’elle a dû se plonger dans l’époque en entonnant des chants qui y remontent… Elle travaille souvent comme cela. Je dois dire que cela m’avait quelque peu agacée lorsque nous collaborions sur notre traité ‘Les potions de chance à travers les âges : du filtre Fatum au Felix Felicis’. Vous avez dû en entendre parler, il s’est très bien vendu. » Elle était irrécupérable. Toujours obligée de faire de longues tirades mais cela fonctionnait. Maximilien vit ses parents se détendre. Ils ne sauraient certainement jamais si les Middle avaient entièrement crû en cette histoire mais l’explication sembla suffisante et ils étaient coincés. Les deux aristocrates ne pouvaient pas critiquer la sous-directrice du château, qui avait été appuyée par le ministère, une historienne de renom dont leurs amis leur avait déjà parlé. Et grâce à la première tirade de Loréana, il ne pouvait même plus reprocher à Angélique d’avoir de mauvais goûts politiques puisqu’elle avait couvert l’existence de cette chanson dans sa vie par son travail de recherche. Et ses parents n’étaient pas du genre à critiquer un travail bien fait. Voyant que son monologue avait fait mouche, Loréana ne put s’empêcher d’en rajouter une couche et de les enfoncer dans leur médiocrité – ce que Maximilien jugea quand même un peu superflu mais il ne la changerait plus : « Nathanaël a beau être précoce pour beaucoup de choses, il ne comprend surement pas les paroles de la chanson, et s’est contenté de les reprendre. Après tout, dans son esprit – et il a raison – Angélique est quelqu’un d’extraordinaire et qu’on ne saurait accuser de quelque sentiment négatif à l’égard de qui que ce soit : c’est une historienne talentueuse, qui traite de notre histoire avec une objectivité et un talent inné. Je suppose que vous avez dû la lire à de nombreuses reprises. Comment en vouloir à ce petit bout de trois ans de l’idolâtrer ainsi ? Je préfère d’ailleurs qu’il l’idolâtre elle, plutôt que des gens moins fréquentables, n’êtes-vous pas de cet avis ? » Les middle acquiescèrent faiblement, affichant un affreux rictus – qu’ils essayaient de faire passer pour un sourire – coincé qu’ils étaient dans leurs convenances.

    Les portes du salon s’ouvrirent et Maximilien vit un homme entrer et s’approcher de ses parents. Maximilien ne le connaissait pas mais le voyant se pencher à l’oreille du couple de vieux, il devina aisément de qui il pouvait s’agir. Seul un domestique ou employé de poste élevé pouvait se permettre de venir ainsi interrompre une discussion. Si c’était pour venir annoncer le dîner ou tout autre problème relatif à la maison, Kudbury serait venu en personne. Ce gars-là trempait dans ses affaires de ses parents. Cela devait être l’intendant dont son père avait parlé plus tôt. Comprenant cela, Maximilien haussa les épaules et décida de ne point s’en préoccuper. Il sentit sa femme se rapprocher de lui, il se pencha en retour vers elle et l’entendit lui marmonner à l’oreille :
    « À mon tour de te dire que tu es formidable, mon cœur. Tu m’as sauvée ! » Maximilien se sentit fier de lui. Loréana l’aimait mais elle pouvait parfois se montrer avare en compliment. Mais quand elle en faisait, ils étaient toujours sincères et mérités ; ils avaient par conséquent plus de valeur. Nathanaël tout innocent du trouble qu’il venait de créer, s’approchait justement ses parents pour boire du jus de pomme qui lui avait été apporté. Loréana en profita pour l’appeler et parler avec son fils. Maximilien qui ne l’écouta d’une oreille distraite : « Maman t’aime fort, tu sais ? Et tu sais quoi ? Cette chanson, là, que tu viens de chanter, ce sera notre chanson à nous, d’accord ? On ne la chantera que quand on est rien que nous deux, ça te va ? », avait reporté son attention sur ses parents. Il voyait sa mère se refrogner plus encore – si c’était possible – et son père froncer les sourcils. Quelque chose n’allait pas. Son père se leva alors soudainement, s’éclaircit la gorge pour réclamer l’attention de la petit famille et s’adressa à ses trois invités en ces termes : « Je sais que cela ne se fait pas mais Lauren et moi allons devoir vous abandonner quelques instants. Nous avons quelques problèmes urgents à régler dans nos affaires. Nous en avons pour une petite demi-heure. Faites comme chez vous. » Et les deux vieux aigris disparurent de la circulation.

    Maximilien ne sut trop comment réagir. D’abord parce que ses parents les avaient plantés là, ensuite parce qu’ils avaient jugés bon de lui dire « faites comme chez vous ». Il était CHEZ LUI, a priori. Cette maison était la sienne, il avait grandi dedans et si ses deux vieux en étaient à considérer qu’il n’était pas chez lui, ici, cela en disait gros sur la relation qu’ils pensaient entretenir avec leur fils. Mais finalement, peu importait. Maximilien n’était pas nostalgique de ce manoir, même pas de son aile personnelle. En revanche, certaines personnes lui manquaient. Il profita de l’absence du regard accusateur et empli de jugement de ses parents pour embrasser tendrement sa femme et lui dire :
    « mon amour, cela ne vous dérange pas que l’on se rende tous ensemble aux cuisines. J’aimerais bien revoir Nancy, tu sais la cuisinière… Justement, je ne savais pas comment m’y prendre pour justifier que je lui rende visite et c’est là l’occasion. Tu veux bien, chérie ? »


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Mer 4 Mai 2016 - 22:15

    C’est bon, tu peux respirer. La situation est sous contrôle. Grâce à l’idée de génie – il fait parfois savoir l’admettre – de Maxou, on a trouvé la parade parfaite. Et en plus, je me suis même arrangée pour un peu dédouaner Angie… Elle me l’aurait reproché, sinon. Enfin, sans doute pas vraiment, mais elle m’aurait surement charrié en brandissant une « dette » que j’aurais envers elle… Et comme c’est une vraie tête de pioche, elle n’aurait pas cessé de me harceler et d’exiger tout et son contraire jusqu’à ce que je cède. Je la connais, mon Angie, hein. Elle perd rarement le nord. Enfin, elle perdait rarement le nord. Depuis que Mathias est arrivé dans sa vie, je l’ai vue avec une fêlure au chaudron à plus d’une reprise. D’abord parce que son petit d’homme est vraiment craquant, il faut l’admettre. Pas aussi craquant que Nathou, bien entendu, mais bon, nul ne lui arrive à la cheville, alors… Mais ce petit Mathias a une bonne bouille. Même si cette nouille de Maximilien refuse de l’admettre juste parce que Baël est le père. Ces deux-là, je vous jure… Enfin bref. Revenons à nos moutons : je suis sauvée, Nathanaël est sauvé, Maximilien est sauvé, tout le monde est sauvé. Les deux aristos ne vont pas pouvoir nous chercher des noises sur ce coup-là. Finement joué, Maxou ! Je n’aurais jamais pensé à Angélique… Et pourtant, maintenant que tu l’as dit, cela semble tellement évident. Elle a un statut indéniable. Non seulement elle est sous-directrice de Poudlard, ce qui n’est pas rien – d’ailleurs, il est frustrant de constater que les parents de Max ne m’accordent pas plus de crédit parce que je suis directrice d’une des quatre maisons. Ce n’est pas rien non plus ! Enfin bref : elle est sous-directrice du château, et en plus elle a sur se bâtir une richesse (faut rester réaliste, elle gagne un peu d’argent avec les milliers d’exemplaires de ses bouquins qu’elle vend) et une notoriété. Jamais les parents Middle n’oseraient la critiquer (pas ouvertement, du moins), et lui mettre la chanson sur le dos dédouanait totalement les deux parents. Et puis, bon, une historienne qui écoute des chansons issues de l’époque qu’elle étudie, c’est très très crédible. Je n’ai plus qu’à l’apprendre à Mathias, aussi, histoire que, si les vieux schnocks menaient l’enquête – ce qu’ils ne feront pas, mais un peu de parano ne fait pas de mal –, cette version de l’histoire soit cohérente. Le crime était parfait ! Par contre, pourquoi est-ce que Maxou me regarde avec cet air si… Indescriptible ? Sans trop forcer, je peux lire « ça y est, tu t’es encore lancée dans une tirade homérique qui n’était pas nécessaire, ça m’emplit d’un mélange de lassitude, d’admiration et de ‘de toute façon, c’est aussi un peu pour ça que je t’aime’ ». Je ne suis pas sûre d’apprécier vraiment ce regard, mais peu importe. Je lui accorde qu’il peut se le permettre, au vu de sa magnifique pirouette qui a sauvé nos têtes.

    Par contre, ce rictus maladroitement maquillé en sourire – une sourire très peu convaincant, d’ailleurs – est, au contraire, délicieux. Alors, vieille chouette, quel reproche vas-tu formuler, cette fois ? Tu commences à comprendre que je suis plus décoiffante que décoiffée, n’est-ce pas ? Que je suis plus fière qu’un hyppogriffe (ce qui est, bien entendu, une immense qualité) ? Que je suis plus explosive qu’un scrout à pétards ? Que… Mais qui est cette personne ?
    Son fils sur les genoux, Loreana observa l’intrus d’un air mauvais. Quelle manigance était-ce donc là ? L’hurluberlu n’avait pas l’air d’un domestique, et l’expression circonspecte de Maximilien lui laissa croire que le jeune homme ne connaissait pas l’homme en question. A priori, ce qu’il devait dire aux vieux schnocks était urgent, pour qu’il se permette de faire ainsi irruption. Cela ne devait pas être lié au dîner, car Kudbury aurait probablement fait le déplacement lui-même. Il devait donc s’agir d’autre chose. L’homme était tellement sinistre qu’il aurait facilement pu s’agir d’un croquemort, mais il n’y avait aucune explication logique et rationnelle à la présence d’un croquemort dans le manoir… A moins que les aristocrates n’aient « éliminé » un concurrent… Et qu’un cadavre flottait dans l’une de leurs piscines, ou bien croupissait dans une des caves… Et s’il y en avait plusieurs ? Et si, en ce moment même, les gros bras des Middle interrogeaient de manière musclée des employés pris sur le fait d’espionnage industriel ? Et si le dîner n’avait été qu’un prétexte pour les faire tremper, Maximilien et elle, dans cette sordide mafia familiale, afin de les forcer à reprendre l’empire ? Et si… Et si ce gars n’était qu’un directeur ou sous-directeur employé par les Middle, qui venait annoncer une soudaine OPA hostile contre leur société de la part des Morcelli ? C’était peut-être plus plausible et moins paranoïaque, non ? Toujours était-il que les deux richissimes hôtes ne semblaient pas ravis de la nouvelle qu’on venait de leur annoncer. Leur faux sourire se tordit encore plus dans une mimique qu’on ne saurait vraiment qualifier autrement que comme « tordue ». Il y avait là un mélange de surprise et de colère, qui amena Noah Middle à se racler la gorge, comme Loreana le faisait parfois dans une salle de cours dissipée pour réclamer le silence.
    « Je sais que cela ne se fait pas mais Lauren et moi allons devoir vous abandonner quelques instants. Nous avons quelques problèmes urgents à régler dans nos affaires. Nous en avons pour une petite demi-heure. Faites comme chez vous. » Cela devait réellement être préoccupant – probablement une affaire de millions de gallions d’or. Même Lauren, qui pourtant se présentait comme le parangon des bonnes manières et la procédurière la plus stricte en matière de protocole ne sembla pas hésiter une seconde à planter ses hôtes dans le salon froid et sinistre. Loreana ne sut si elle devait s’en réjouir – voilà une demi-heure de moins à passer en compagnie des deux clowns plein aux as – ou s’en trouver outrée. Abasourdie, elle les regarda quitter la salle d’un pas vif, derrière le croquemort aux lunettes de travers. Elle se tourna vers son mari, des questions plein les yeux, et le trouva aussi coi qu’elle. Mais, en plus de la surprise, on pouvait lire une certaine colère – ou du moins, frustration – sur son visage. Ah oui, tiens. « Faites comme chez vous ». C’est original, de dire ça à son propre fils, dans la maison où il avait grandi. D’ordinaire, les parents étaient censés tenir un discours du genre « tu seras toujours ici chez toi »… Mais là, on aurait presque dit que le message inverse était lancé. Ceci dit, il aurait sans doute été excessif de s’en outrer, car il n’était surement pas dans l’intention de Noah de lancer une pique à son fils, vu sa mine refrognée, presque catastrophée. Nathanaël quitta soudain les genoux de sa mère, et fit mine de vouloir suivre ses grands-parents. Sa mère le rattrapa in extremis par un bras, et l’attira contre elle en prétendant vouloir lui manger l’oreille, ce qui provoqua l’hilarité du gamin. Le petit jeu de la mère et du fils fut cependant interrompu par le père : « Mon amour, cela ne vous dérange pas que l’on se rende tous ensemble aux cuisines ? J’aimerais bien revoir Nancy, tu sais la cuisinière… Justement, je ne savais pas comment m’y prendre pour justifier que je lui rende visite et c’est là l’occasion. Tu veux bien, chérie ? » Loreana l’observa un instant, et lui sourit. Après tout, Nancy était la dernière personne encore au service de ses parents qui avait eu une relation privilégiée avec l’héritier du manoir. Et le désir de Maximilien de lui rendre visite – son intention de lui présenter sa petite famille était à peine voilée – puis être vue comme une marque de fierté et un retour vers un bout de son enfance, pour lui montrer ce qu’il était parvenu à bâtir. Comment le lui refuser ? Elle acquiesça. « Avec plaisir, mon ange. Tu crois qu’elle aura du chocolat, pour mo… Pour Nathou ? » Elle lui adressa un clin d’œil, puis libéra son fils – partiellement, en lui donnant encore la main. La petite famille se leva alors et entreprit une (longue) marche dans les couloirs du manoir.

    Pourdlard était définitivement plus accueillant. Les milliers de tableaux qui tapissaient les murs du château avaient sans cesse une anecdote à raconter, et les escaliers farceurs amenaient un peu de vie (si besoin en était) dans la bâtisse. Ici, tout était froid, vide, sombre. Comme si le manoir entier avait été l’œuvre d’un architecte dépressif qui voulait communiquer et transmettre son mal-être. Comment pouvait-on vivre dans pareil lieu sans se jeter du haut d’une tour après quelques mois ? Frissonnant de dégoût, Loreana agrippa le bras de Maximilien, et laissa Nathanaël marcher – gambader serait un terme plus approprié (comment faisait-il pour avoir l’air si joyeux dans un environnement si sinistre ?) – quelques pas devant eux.
    « Ils planquent des détraqueurs dans les couloirs, ou quoi ? Ton aile n’était définitivement pas aussi triste, que du contraire ! J’aimais particulièrement la piscine… » Elle lui adressa un clin d’œil prononcé, qui ne pouvait laisser Maximilien ignorer qu’outre la piscine, elle avait apprécié certains des moments qu’ils avaient passé à l’intérieur. Mais ce n’était peut-être pas le moment de faire ce genre d’allusion (quoiqu’elle pensait que c’était toujours le moment pour ce genre d’allusions). Gauche, droite, escaliers, couloir, porte… Ce dédale sans fin finirait-il un jour ? Se laissant guider par son mari, la directrice de Serdaigle perdit complètement pied et se laissa envahir d’un souvenir. Elle revit un Nathanaël un peu plus jeune, gambadant devant eux. Il se retournait fréquemment, comme pour obtenir leur approbation, puis repartait de sa démarche frétillante en chantonnant. À chaque croisement, il s’arrêtait pour obtenir une direction, puis se remettait à marcher. Loreana et Maximilien l’observait en silence, marchant main dans la main, un fin sourire sur les lèvres. Ils avaient croisé quelques élèves qui leur avaient adressé un bonjour franc et joyeux, avant de continuer leur course vers la bibliothèque – il y avait un devoir de potions à rendre. Arrivés à leur destination, ils s’étaient plantés devant l’immense tableau, et Nathanaël les avait regardés d’un air dubitatif. « Cuisine ? » Loreana avait acquiescé pendant que Maximilien avait pris le bambin dans ses bras. Il lui avait alors dit : « Vas-y, mon grand. Chatouille la poire. » La grimace qui était apparue sur le visage du petit d’homme avait fait rire sa mère, vers qui il s’était tourné, persuadé que son père se payait sa tête. « Chatouiller ? » Dans un sourire, Loreana avait acquiescé. L’expression du bambin avait été à mourir de rire, et signifiait clairement : « Mince, elle est aussi dans le coup ! ». Pourtant, pressé par ses deux parents, le jeune garçon avait caressé la poire du bout des doigts. Le tableau avait alors pivoté, devant un Nathanaël émerveillé, pour les laisser pénétrer dans les cuisines. Cela avait été le premier contact de l’enfant avec les Elfes de maison.

    « Chatouiller la poire ? »L’innocente question du bambin tira Loreana de ses souvenirs. Maximilien abordait un sourire attendri, et Loreana ne put qu’en faire de même. Pensait-il que toutes les cuisines du monde s’ouvraient en caressant la poire ? « Non mon cœur, j’ai bien peur qu’il n’y ait pas de poire à caresser, ici… » Le garçon, probablement frustré, s’enferma dans une mine boudeuse, qui fit rire sa mère. Elle lui ébouriffa la tignasse d’un geste affectueux. « Mais si tu veux, on retournera bientôt aux cuisines à la maison. » Il y avait quelque chose de particulièrement jouissif à parler de Poudlard comme « la maison ». C’était d’ailleurs la seule que Nathanaël ait jamais connu. Peut-être devraient-il, un jour, envisager d’aller vivre ailleurs, loin du château, des élèves, du monde ? Cela n’était pas à l’ordre du jour, mais… Enfin bref. Maximilien s’immobilisa soudain : ils avaient atteint leur destination. Loreana inspira un bon coup – pourquoi se sentait-elle stressée, tout à coup ? – et sourit à son bel amant. Comment une des femmes qui avait participé à l’éducation de Maximilien, à sa façon, allait-elle la juger ? Ne pourrait-elle pas trouver qu’elle n’était pas assez bien pour lui ? Partageait-elle les idéaux dépassés des vieux schnocks, ou était-elle aussi ouverte que Marie ? Allait-elle craquer devant Nathanaël ? Mais tais-toi, avec tes questions ! Elle permettait à ton mari de se goinfrer de chocolat, tu crois vraiment qu’elle te jugera ? Faut vraiment arrêter la parano, ma vieille, il paraît que cela fait apparaître les rides prématurément ! Elle attrapa la main de son fiston – il ne fallait pas qu’il se mette à courir partout – et décida de libérer à nouveau sa mèche rebelle. Puis, elle adressa un regard et un sourire à Maximilien. « Quand tu veux, mon coeur »


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Dim 8 Mai 2016 - 23:40


    « Faites comme chez vous ». « Faites comme chez vous » ! « Faites comme chez vous » ?! Maximilien ne savait pas comment réagir à cette formule. Il avait grandi dans ce manoir, il en connaissait tous les recoins. Il y avait fait ses premiers pas, prononcé ses premiers mots. Il y avait appris à monter à cheval, à jouer au quidditch. Les couloirs et pièces avaient été objets de nombreuses parties de cache-cache. C’était dans les bibliothèques de ce manoir qu’il avait appris à lire, à écrire, le latin, le grec, les mathématiques, l’histoire, les rudiments de la magie. Il s’était promené dans ses couloirs, dans son parc, dans sa forêt. Ce manoir avait été chez lui, était chez lui. Il ne savait pas si son père s’était laissé emporter par l’inquiétude ou si, réellement, il considérait que Maximilien n’était plus chez lui ici. Cela fit froid dans le dos à l’hériter, malgré lui. Non pas que cette gargantuesque demeure était accueillante et chaleureuse mais il était attaché sentimentalement. C’était là que Marie l’avait baigné d’amour, là que Léo et lui avaient eu leur plus grands fous-rires, avaient rendu fous les domestiques. C’était ici qu’Alexia et lui avaient fomentés des plans pour s’enfuir et être adopté par une autre famille, ici qu’il avait eu sa première fois avec ladite Alexia Sullivan. C’était dans ce manoir qu’il avait passé tout un été avec Travis, ici qu’il avait enfilé son premier costume. Chaque pièce avait été marquée par sa présence – sauf peut-être l’aile de ses parents et le bureau paternel dans lesquels il n’avait jamais eu le droit d’entrer. Il s’était pris les pieds dans le tapis du petit salon, avait fait des tâches de chocolat sur le tiroir à gauche du réfrigérateur de la cuisine, avait gravé son nom et celui d’Alexia sous une table de la salle de réception, avait fait tomber un vase avec Cassiopée Spencer dans la salle à manger – vase qu’ils avaient replacé sur l’étagère, en cassant l’ébréchure –, avait eu son premier baiser dans les écuries avec Alexia. Chaque pièce était marquée par son passage et que dire de son aile ? Il avait toujours son aile personnelle dans ce manoir – il faudrait d’ailleurs qu’il pense à créer une chambre pour Nathanaël, plus qu’une chambre un espace, cela rendrait ses parents fous et lui se sentirait un peu plus encore chez lui -, cette aile était la sienne, son cocon, son endroit à lui, son refuge. Alors comment son père avait-il pu considérer qu’il n’était pas chez lui dans cette demeure. Il pouvait s’y balader les yeux fermés, sans se cogner. Chaque brique, chaque recoin était connu de lui. Il aurait dû comprendre qu’il n’était plus le bienvenu ici quand il avait vu dans quel salon ils étaient accueillis. Il avait pensé que c’était à cause de la présence de Loréana et Nathanaël, mais manifestement, c’était aussi valable pour lui. Il n’était plus qu’un invité ici. Maximilien sentit malgré lui son cœur se serrer. Ses parents arrivaient finalement bel et bien à lui faire encore de la peine. Ils étaient très forts.
     
    Maximilien finit par laisser tomber. Ils étaient seuls maintenant, Loréana, Nathanaël et lui. Ces deux pinces-sans-cœur étaient partis. Il se précipita sur sa belle pour l’embrasser – pas un chaste petit baiser mais un baiser fougueux, empli de passion qu’il avait contenu devant ses parents. Nathanaël, habitué à voir ses parents s’embrasser et se témoigner des marques d’affections n’y prêta pas attention. L’enfant avait commencé à explorer la pièce – après avoir joué au quidditch, il fallait bien faire connaissance avec le stade et tant pis si la logique était inversée. Le jeune père ne voyait pas d’un bon œil le fait que son rejeton jouât soudain les curieux : Nathanaël était un touche à tout et sa joyeuse enfance le rendait parfois peu attentif aux affaires des autres ou plutôt naïvement maladroit, doutant parfois même encore de l’espace dont il disposait entre sa main et l’objet. Si Maximilien lui-même avait pu cacher le seul vase cassé de son enfance, il doutât qu’un vase cassé en mille morceau par son fils passât inaperçu.
    « Nathanaël, chéri, ne touche pas aux objets de la pièce, hein. On regarde avec les yeux, pas avec les mains ! » Le petit rappel fait, Maximilien se retourna encore une fois vers sa douce qu’il tenait toujours par la taille. Il posa son front sur le sien, admirant ses yeux dans lesquels ils aimaient à se perdre et pour lesquels il se plairait à mourir. Ils étaient libres, libres dans le manoir. C’était un fait assez rare, une chance inespérée. Les Middle avaient beaucoup de défauts mais ils étaient des hôtes irréprochable – à la limite de l’invasif – et jamais, sauf cas de force majeure, ils n’auraient laissé la petite famille abandonnée à elle-même. Et pourtant, Maximilien l’avait souhaité. Il y avait tant d’endroits qu’il aurait voulu montrer à son fils mais surtout au moins une personne qu’il voulait lui présenter : Nancy, la cuisinière. Alors Maximilien demanda à sa belle si cela ne la dérangeait pas et sans surprise, Loréana concernée par le bonheur de son mari lui répondit : «  Avec plaisir, mon ange. Tu crois qu’elle aura du chocolat, pour mo… Pour Nathou ? » Maximilien éclata de rire. Il reconnaissait bien là le type de plaisanterie de sa femme. Il l’embrassa une fois encore et la petite famille se mit en route : « Nathou, chéri, tu viens, on va voir quelqu’un. »
     
    L’enfant se mit à sautiller devant ses parents. Maximilien lui tint les portes du salon ouvertes, prenant bien soin de les refermer derrière eux. Ses parents ne supportaient pas qu’on laissât les portes ouvertes. On ne comptait plus le nombre de domestique renvoyé pour cette raison – oui tout était prétexte à licenciement  dans l’aristocratie. Ils avaient de nombreux couloirs à parcourir pour arriver aux cuisines. Ces dernières se trouvaient dans l’aile domestique du château qui se trouvait, par définition, à l’opposé de l’aile centrale. Il fallait donc monter et descendre quelques escaliers, passer devant de nombreuses portes – Maximilien résista à l’envie de montrer l’une ou l’autre bibliothèque qui aurait fait pâlir sa douce de jalousie. Les couloirs étaient toujours aussi froids et lugubres, malgré leurs décorations luxueuses, aucune joie de vivre ne transpirait de ses briques et on aurait peine à croire qu’un enfant eût pu grandir ici. Loréana se colla à lui, attrapant à nouveau son bras comme à leur arriver : « Ils planquent des détraqueurs dans les couloirs, ou quoi ? Ton aile n’était définitivement pas aussi triste, que du contraire ! J’aimais particulièrement la piscine… » Maximilien rougit à ce souvenir. Cette piscine n’avait pas été utilisée qu’à des fins sportives honnêtes et il donna un petit coup de coude à sa femme, se remémorant ces nuits merveilleuses. La piscine n’avait pas été le seul lieu de son aile à être baptisé par leurs fougueuses amours : le lit, le jacuzzi, la buanderie, le plan de travail de la cuisine, la chambre de Léo, la salle de bain, la salle de douche, le canapé, le bureau, sa bibliothèque, sa seconde bibliothèque, sa salle de sport, même une des tables de sa salle de réception privée. Aucune pièce n’avait été épargnée par les ardeurs du jeune couple et dans l’aile de Maximilien, il y en avait des surfaces à couvrir. Quant au reste, Loréana avait raison. Son aile avait été décorée avec succès, amour et douceur par Marie lorsqu’il était enfant et il avait lui-même à certains endroits refait la décoration, aidé des conseils de Léo – dont il doutait pourtant des gouts en matière de design mais qui au moins s’y connaissait en maison chaleureuse. L’aile de Maximilien était donc bien plus accueillante, bien moins effrayante et tout à fait à l’image du jeune homme qu’il était.
     
    « On va où ? » La question soudaine de son fils ramena Maximilien à la réalité et il chassa rapidement ses pensées malsaines pour se concentrer sur son enfant. Le petit avait vagabondé une partie du trajet au loin devant ses parents, se retournant de temps en temps pour s’assurer qu’ils le suivaient ou pour obtenir une indication de chemin de son père. Manifestement, il en avait marre de marcher et souhaitait enfin arriver à destination. « Dans les cuisines, trésor. Papa a quelqu’un à vous présenter. » Cette explication sembla satisfaire le petit démon qui se remit en route gaiment. Enfin, ils arrivèrent devant une première grande porte que Maximilien ouvrit pour laisser passer sa femme et son enfant. Ils étaient enfin parvenus dans l’aile des domestiques. Même là, la différence avec le reste du manoir était frappante. La partie des employés avait été décorée avec goût par Kudbury et Madame Devoix. C’était doux et avenant. Nathanaël laissa échapper un « Waaaaaw » propre aux enfants qui s’émerveillent encore de tout et sous les ordres de son père entreprit la descente des premiers escaliers. Il fallait aller plus lentement dans ces escaliers étroits, laissant le temps à l’enfant de trois ans de descendre marche par marche. Maximilien n’osa pas proposer de le porter, sachant que Nathanaël et son sale caractère tenaient à se débrouiller seuls. Ils franchirent encore quelques couloirs au sous-sol parvinrent enfin devant une lourde porte en bois. « Chatouiller la poire ? » Maximilien éclata de rire. Son fils intelligent avec compris qu’ils étaient arrivés et souhaitait entrer en chatouillant la poire. C’était ainsi que l’on accédait aux cuisines de Poudlard et Nathanaël avait été un petit surpris la première fois qu’il avait dû faire face à ce rituel particulier. Ce souvenir arracha un sourire au père tandis qu’il laissait Lor’ expliquer à son fils que ce ne serait pas le cas ici : « Non mon cœur, j’ai bien peur qu’il n’y ait pas de poire à caresser, ici… » La petite tête blonde prit alors un air choqué et boudeur. Il fallait le comprendre : s’il n’y avait pas de poire à chatouiller, quel était l’intérêt d’aller dans les cuisines ? Pour faire cesser ces râleries inopportunes, Loréana ébouriffa la tignasse du fiston : « Mais si tu veux, on retournera bientôt aux cuisines à la maison. » Cela suffit à l’enfant qui se mit à sourire, trépignant, impatient car souvent les cuisines regorgeaient de trésors gustatifs. Maximilien, lui était hésitant à l’idée de rentrer dans cette pièce. Il n’avait pas vu Nancy depuis des années : et si elle lui en voulait. « Quand tu veux, mon cœur. », lui signala Loréana. Maximilien acquiesça et s’approcha de la porte qu’il poussa délicatement. Celle-ci s’ouvrit dans un grincement et la petite famille pénétra le lieu sacré de la cuisinière.
     
    Nancy était derrière ses fourneaux. On ne la distinguait pas bien mais elle ne semblait pas avoir beaucoup changé. C’était une femme d’assez forte corpulence, aux cheveux roux attachés en chignon rapide et désordonné  – cheveux qui commençaient néanmoins à grisonner. Elle portait son habituel tablier à fleurs. Maximilien lui annonça sa présence par un discret raclement de gorge. Nancy se retourna, main sur les hanches, furieuses qu’on la dérange dans la confection du repas mais lorsqu’il vit qui l’attendait, un immense sourire illumina son visage et elle se précipita vers l’ancien serdaigle pour le serrer dans ses bras :
    « Enzo, Mon Enzo, tu es revenu. Montre-moi comme tu es beau. » Elle s’écarta de lui pour lui caresser le visage, et remettre les cheveux blonds de l’apprenti en place : « raaaah, tu as toujours les cheveux autant en bataille. » Maximilien éclata de rire et serra Nancy contre lui, souriant : « Moi aussi je suis content de te revoir, Nancy. Tu n’as pas changé et tu m’as tellement manqué ! Par ailleurs je rappelle – pour celles que cela tenterait – que tu es la seule personne avec Marie à pouvoir m’appeler Enzo. » Cette remarque était spécialement destinée à Loréana qu’il savait tentée de le taquiner à ce sujet. Maximilien n’appréciait pas outre mesure son deuxième prénom qu’il jugeait banal mais dans la bouche de Nancy ou Marie il était empli de tellement d’amour qu’il l’adorait. Il s’apprêta à reprendre la parole pour présenter Loréana et Nathanaël à Nancy mais celle-ci avait pris les devants et avait fondu vers son épouse, la serrant dans ses bras sans attendre : « Et tu dois être Loréana, la femme de ce cher Maximilien. Que tu es belle. Tourne sur toi-même que je t’observe. Rah. Mon Enzo a toujours eu bon goût ! Et où est le petit… » ]Tout d’un coup Nancy s’arrêta de parler en voyant le petit de trois ans se tenir caché derrière les jambes de sa maman, probablement impressionné par le caractère exubérant de la femme qui lui faisait face. Celle se pencha alors et le saisit à plein main, le souleva bien haut dans ses bras et l’embrassa généreusement sur les deux joues : « Bonjour petit Nathanaël. Tu es aussi beau que ton papa. » Elle se retourna alors vers ledit papa, ne laissant toujours pas la possibilité aux uns et aux autres d’en placer une : « Quand je pense que tu es devenu père, toi, mon petit Enzo et il te ressemble comme deux goûtes d’eau cet enfant. Je suis tellement contente que tu aies pu passer. Comment vas-tu ? Comment va ce cher Léo ? Venez vous asseoir à table, qu’on discute. » Ni une ni deux, elle avait jeté un sort de stase sur ses casseroles et s’était installée sur la table en bois au centre de la cuisine, attendant que ses chéris en fissent de même.


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Mer 11 Mai 2016 - 1:18

    À noter dans le carnet mental des répliques cinglantes à asséner à Lauren de Vigan Middle – oui, je viens d’inventer ce carnet, je fais ce que je veux, je suis dans ma tête : ce jour, la pimbêche et son mari nous ont plantés dans le salon des invités-un-peu-proches-mais-pas-trop-proches-non-plus-faut-pas-déconner, mon mari, mon fils et moi, pour régler ce qui semble être une affaire urgente. Je sauterai sur la première occasion de lui rappeler qu’elle a manqué aux devoirs les plus élémentaires d’une bonne hôtesse, celle-là, crois-moi ! Enfin, bon, pour être honnête, je dois admettre que ça m’arrange bien de ne plus l’avoir dans mon champ de vision pour un petit moment. Son espèce de couleur brune – ne pas rajouter un mot vulgaire, ne pas rajouter un mot vulgaire… – pas naturelle commençait à me crisper. Ou bien était-ce sa moue de dégoût permanent ? Si ça se trouve, elle est dégoûtée par sa propre couleur pas naturelle. Elle ne devait pas être très douée en métamorphose, du coup. Moi, quand je déprimais et que j’avais le petit monstre dans le tiroir, j’suis devenue blonde, comme ça, d’un coup de baguette. Faudrait peut-être que je lui donne des cours. Ou bien, je lui laisse l’adresse du prof de métamorphose. A son âge canonique, peut-être que la mémoire lui fait défaut et qu’elle sait plus comment faire ! En plus, regardez-la marcher… Il faudrait peut-être lui offrir une canne ou un déambulateur pour son anniversaire. Tiens, d’ailleurs, c’est à quelle date ? Il faudra que je le demande à Maximilien. Mais le savait-il vraiment, lui ? Les Middle (vieux) n’avaient pas l’air du genre à fêter les anniversaires. Ou, en tout cas, pas d’une manière qui justifiât qu’on retienne les dates. Ce devait être une réception parmi d’autre, avec de la musique classique en arrière-plan et des domestiques déambulant en présentant des zakouskis à des chevelures argentées qui n’avaient que l’argent pour seule richesse. Allez savoir pourquoi, quand je pense à ces réceptions que Maxou a dû subir, je vois tout en noir et blanc. Pas une seule couleur, c’est fou, ça. Ça en dit long sur la manière dont je vois ces deux guignols… Enfin bon, il faudrait que je m’occupe des miens, de guignols. Que font-ils ? Du côté de Maximilien, la réponse était claire : après une courte réflexion – peut-être s’était-il lui aussi livré à l’exercice amusant du dialogue avec lui-même ? –, il s’était soudain retourné vers sa femme et, sans prévenir (de toute façon, il aurait eu l’air bête s’il l’avait prévenue), se jeta (presque littéralement) sur elle pour l’embrasser à pleine bouche, sans la moindre trace de pudeur. La surprise passée, Loreana se laissa faire et put sentir toute la passion de son mari, toute sa gratitude, aussi, dans ce baiser, probablement un des plus chargés de sens qu’ils aient échangé ces derniers temps. Elle demeura muette, incapable de répondre à tant de sentiments, et se contenta de sourire à son homme, qui semblait lui aussi tout retourné. Quant à Nathanaël, il semblait avoir entrepris, lui, de tout retourner. Y compris ce vase, probablement hors de prix, qu’il était hors de question que Maximilien ou elle ne rembourse. « Nathanaël, chéri, ne touche pas aux objets de la pièce, hein. On regarde avec les yeux, pas avec les mains ! » Loreana se retint d’intervenir pour rectifier quelque peu la malheureuse formule employée par Maximilien. Doué comme il pouvait parfois l’être, Nathanaël était capable de prendre l’expression au pied de la lettre et de se crever un œil. Heureusement, le petit semblait avoir compris qu’il s’agissait là de second degré, et ne tenta pas réellement de toucher le vase avec ses yeux. Puis, Maximilien formula une demande à sa femme, qui aurait pu la décontenancer si elle ne connaissait pas l’histoire de son mari : il voulait se rendre aux cuisines (et, de surcroît, l’apollon jugea utile de préciser que l’intérêt du voyage n’était pas les cuisines elles-mêmes, mais la cuisinière, ce que la belle avait au demeurant parfaitement compris).

    Voilà donc la petite famille déambulant dans les couloirs mornes et froid du manoir Middle. Manoir, Manoir, c’est vite dit, hein. J’aurais dit crypte. Ou prison. Ou bien ces maisons hantées qu’on trouve dans les foires moldues. Ou bien décor d’Halloween. Ou bien asile psychiatrique abandonné. Ou bien, à la limite, manoir… Mais alors, manoir d’un genre de vampire au teint blafard qui exècre la lumière du jour et toute forme de chaleur. Mais oui, bien sûr ! Par le putois empaillé de Dumbledore, c’était ça : les parents Middle étaient des vampires ! Ce qui expliquait la capacité de Lauren à aspirer toute joie autour d’elle : elle devait être un genre d’hybride vampire-détraqueur. Amusée par sa plaisanterie mentale, Loreana jugea utile d’en faire profiter à son mari :
    « Ils planquent des détraqueurs dans les couloirs, ou quoi ? Ton aile n’était définitivement pas aussi triste, que du contraire ! J’aimais particulièrement la piscine… » Le voir ainsi s’empourprer à l’évocation de la piscine – même si c’étaient sans doute les images de ce qui s’était produit dans la piscine qui le faisait rougir – avait quelque chose de terriblement mignon. Lui qui était si libéré sexuellement, qui roulait parfois autant sur les filles que sur l’or, le voir penser avec une petite pointe de « honte » à un souvenir de nature sexuelle était assez amusant. Malgré cela, malgré la bonne humeur que la belle tentait de distiller çà et là, les couloirs demeuraient aussi inhospitaliers. Elle se sentit presque obligée de rajouter une dernière petite pique : « Ibant obscuri sola sub nocte per umbram » Nathanaël, qui s’était arrêté pour demander quelle porte ou quelle volée d’escaliers emprunter, avait lancé un regard biais à sa mère, comme s’il se demandait quel étrange dialecte elle parlait là. Maximilien, lui avait tout de suite compris la référence – ou, du moins, elle l’espérait, sinon elle devrait demander à rencontrer son précepteur et à lui apprendre le latin. Après une bonne dizaine de minutes de marche (bon, elle exagérait peut-être un peu), qui se terminèrent toutefois dans une ambiance plus chaleureuse – apparemment, les domestiques avaient des goûts plus humains que les maîtres des lieux en matière de décoration d’intérieur –, ils parvinrent enfin devant la porte de la cuisine. Après que le cœur de maman de Loreana se soit brisé face à l’apparente déception de Nathou de ne pas pouvoir chatouiller de poire, elle signifia à son mari qu’elle était prête à affronter la cuisinière dont elle avait tant entendu parler. Elle se demanda un instant à quel dieu Maximilien sembla adresser une prière rapide, puis se rendit compte qu’il considérait plutôt la cuisine comme un véritable temple, un sanctuaire des temps anciens qui le ferait plonger dans son passé. Il sembla nourrir quelques hésitations et questions, mais il finit par poser la main à plat sur la porte et la pousser lentement. Dans un grincement, le bois pivota pour laisser filtrer des arômes enivrants, des vapeurs relevées et des glapissements de marmites sur le feu.

    Et, au milieu de ce spectacle qui émerveillait Nathanaël – Loreana fut presque vexée de ne pas voir autant d’étoiles dans ses yeux lorsqu’elle cuisinait, dans leur appartement –, il y avait une femme. De petite taille, mais fortement bâtie, elle s’acharnait sur le repas avec une énergie qu’on ne lui aurait jamais soupçonnée. Lorsque Maximilien se racla la gorge, pour signifier leur présence, Loreana crut qu’il avait lâché là un Cerbère à la gueule enflammée : elle se retourna vivement, les mains sur les hanches, l’air courroucé… Avant de s’adoucir immédiatement en reconnaissant son petit protégé. Le spectacle qu’elle offrit ensuite à la petite famille détonnait tellement avec l’image que Loreana s’était faite de la cuisinière des Middle qu’elle se demanda, l’espace d’un instant, si un lapin blanc affublé d’une montre ne tarderait pas à débarquer en hurlant qu’il était en retard.
    « Enzo, Mon Enzo, tu es revenu. Montre-moi comme tu es beau ! Raaaah, tu as toujours les cheveux autant en bataille ! » Enzo ? Enzo ? Loreana faillit s’étrangler et nota mentalement dans son carnet des vannes à adresses à Maximilien (celui-là, elle le tenait depuis bien longtemps) qu’elle se devait de l’appeler Enzo, à l’avenir. Elle l’observa cependant avec tendresse enlacer cette petite dame sortie tout droit de ses huit ans. « Moi aussi je suis content de te revoir, Nancy. Tu n’as pas changé et tu m’as tellement manqué ! Par ailleurs je rappelle – pour celles que cela tenterait – que tu es la seule personne avec Marie à pouvoir m’appeler Enzo. » Oh, le con ! Il commençait à trop bien la connaître, et avait anticipé ses railleries. Voilà qui n’était pas amusant… Et puis, c’était là une habile manœuvre pour détourner l’attention de la cuisinière vers elle. Bien joué, perfide aiglon, mais la belle aurait sa revanche, tôt ou tard. Elle voulut faire un pas vers Nancy pour la saluer, mais cette dernière fut plus rapide – elle était bien plus vive que sa corpulence ne le laissait penser. « Et tu dois être Loréana, la femme de ce cher Maximilien. Que tu es belle. Tourne sur toi-même que je t’observe. Rah. Mon Enzo a toujours eu bon goût ! » D’abord surprise par la soudaine étreinte de la cuisinière – et quelque peu inquiète à l’idée que cette dernière puisse, dans cet élan d’affection imprévu, tacher ou abîmer sa robe (ce n’était pas du pur snobisme : elle accordait une réelle valeur sentimentale [et esthétique, il fallait bien l’admettre] à ce cadeau de Maximilien) – Loreana se détendit bien vite en imaginant la cuisinière saluer ainsi Lauren de Vigan Middle. Le regard amusé, Loreana hésita un instant à obéir à l’ordre de la vieille femme, puis tourna sur elle-même comme un mannequin (et elle remarqua que Maximilien s’était bien rincé l’œil au passage). « Il a du goût, c’est une certitude. Mais je ne sais pas si on peut en dire pareil de moi. Maximilien m’a beaucoup parlé de vous. Je dois avouer que je m’attendais à une cuisinière moins… Excentrique. Cela m’étonne de la part des Middle d’avoir engagé quelqu’un d’aussi… joyeux. » Sans trop savoir pourquoi, elle se sentait tellement à l’aise avec Nancy qu’elle s’était immédiatement permis de vanner Maximilien en sa présence. Tout au plus risquait-elle de récolter des ronchonnements de désaccord, mais l’attention de la cuisinière fut attirée par la petite merveille qui se cachait (mal) derrière les jambes de sa mère : « Et où est le petit… Bonjour petit Nathanaël. Tu es aussi beau que ton papa.» Nahtanaël n’échappa pas plus que ses parents à l’étreinte maternelle de la vieille cuisinière. Il trouva juste la force et le courage de faire remarquer : « Chuis pas petit. » Loreana lui adressa un grand sourire, et répondit volontiers à l’invitation de Nancy, qui l’étonnait et la ravissait décidément. « Quand je pense que tu es devenu père, toi, mon petit Enzo et il te ressemble comme deux goûtes d’eau cet enfant. Je suis tellement contente que tu aies pu passer. Comment vas-tu ? Comment va ce cher Léo ? Venez vous asseoir à table, qu’on discute. » Loreana ne se fit pas prier, et Nathanaël s’installa sur ses genoux – lorsqu’il avait eu à choisir entre les genoux de sa mère et de son père, il avait opté pour ceux qui étaient les plus éloignés de Nancy, visiblement encore impressionné par le caractère avenant de cette dernière. La jeune femme pris la liberté de répondre à la question, malgré le fait qu’elle fût clairement dirigée vers Maximilien. Après tout, il fallait bien lui montrer qui portait la culotte, non ? « Mise à part la crise de ‘middleite’ aigüe qu’il a fait en s’habillant – on aurait dit son père –, je crois qu’il va bien. Et ne me parlez pas de Léo… Ce cornichon* est le parrain de Nathou, alors je vous laisse imaginer ce que ça donne… Mais dites-moi, j’ai deux questions pour vous. D’abord, est-ce que vous arriviez à lui faire manger du fenouil ** ? Parce que j’adore ça, mais lui refuse d’en manger – il est pire que Nathanaël de ce point de vue-là… Alors, si vous avez une recette miracle, je prends ! Et puis, deuxième question… Quelle est la pire – elle posa les mains sur les oreilles de Nathanaël pour l’empêcher d’entendre le gros mot qui allait suivre – connerie que ce blondinet ici présent ait faite ? » Elle attendit sa réponse en adressant un large sourire hypocrite à Maxilien.
*Comme quoi, fréquenter Severus Rogue laisse des séquelles.
** Je savais pas trop un truc que Maxoo pourrait ne pas aimer du tout, donc on peut changer si t’as une idée ^^


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Jeu 12 Mai 2016 - 23:40


    Nancy n’était pas une femme ordinaire. Elle était physiquement impressionnante : aussi petit que rondelette, aussi avenante qu’agressive, aussi exubérantes que respectueuse. Elle avait des expressions faciales extraordinaires ; il était à la portée de n’importe qui de lire son visage et sa gestuelle. Elle était expressive, dotée d’une loquacité indescriptible. Outre cela, elle débordait de générosité, d’affection, d’amour et de tallent. Elle était une cuisinière artiste et personne n’avait jamais trouvé à redire sur ses capacités culinaires – même les deux vieux Middle qui n’étaient jamais contents de rien. Cependant son caractère émancipateur n’aurait pas fait long feu dans le manoir familial si la cuisinière n’était pas cantonnée à sa cuisine et, dans le pire des cas, à l’aile des domestiques. Elle n’était appelée dans la partie dominicale que lorsqu’on la mandait pour la féliciter d’un repas particulièrement excellent. Mais l’affabilité des Middle n’avait pas très souvent engendré ce type de situation. Nancy s’était donc distinguée à leurs yeux par les plats qu’elle leur fournissait, par la politesse dont elle avait réussi à faire preuve les rares fois où ils avaient pris la peine de lui parler, de la voir et de la remercier. C’était sans doute ce qui expliquait qu’une femme aussi diamétralement différente de ses employeurs eût pu survivre aussi longtemps dans ce manoir où tout était prétexte de renvoi. Nancy avait été engagée bien avant la naissance de Maximilien et d’aussi loin qu’il s’en souvenait, la cuisinière habile l’avait toujours adorée. L’ancien serdaigle n’avait pas eu une enfance très heureuse et encore moins baignée d’amour. Ses parents lui avaient à peine adressé la parole avant qu’il ne sût parler correctement et l’avaient d’ailleurs à peine considéré durant l’espace-temps qu’avait duré sa petite enfance. Jusqu’à ce qu’il sût se tenir à table, il avait dû manger dans une salle à manger attenante, avec sa nounou Marie. Si ladite Marie n’avait pas été là, il n’aurait probablement presque jamais eu de contact humain. Heureusement sa nounou n’était pas habituée à ce type de société – ou plutôt était habituée mais n’en cautionnait pas les règles ni les principes. Elle était d’avis qu’il fallait encadrer et aimer un enfant. Elle avait donc considéré Maximilien comme son fils et l’avait adoré. Elle lui avait enseigné les valeurs humaines et l’avait câliné. Tous les autres domestiques se comportaient avec lui comme s’il était un mini-maître, le vouvoyaient, gardaient leur distance – seul Kudbury avait quelques sourires attendris et clins d’œil. Marie le tutoyait, le rudoyait, le grondait, le bisoutait ; Marie…et Nancy. Nancy était trop naturelle pour faire semblant, pour se prosterner devant un enfant qui faisait la taille de son mollet alors, elle avait fait comme Marie. Nancy avait chouchouté le petit garçon, le prenant en pitié, comprenant son besoin de reconnaissance et le manque qu’il ressentait, son besoin d’affection qu’il ne pourrait jamais combler. Nancy était son seul allié dans la maison quand Marie était en congé et il ne comptait pas le nombre d’heure qu’il avait passé attablé dans la cuisine à parler avec elle, à jouer ou à travailler mais le tout avec de la compagnie et non seul dans une bibliothèque ou dans son aile. Quand Marie n’était pas là, Nancy était la seule à lui parler, la seule à jouer avec lui. Il venait parfois avec un livre s’installer dans un coin, savourer ses mouvements, sa voix, sa présence. Nancy l’avait vu grandir, l’avait aidé à grandir mais elle l’avait subi aussi. Maximilien avait été – était toujours ? – un chenapan qui ne perdait jamais le nord, toujours prêt à faire des farces et à faire tourner Nancy (et parfois Marie mais cette dernière était plus autoritaire) en bourrique – surtout quand Léo était là. Les deux enfants s’en étaient parfois donner à cœur joie. Nancy pouvait alors piquer des grandes colères mais immédiatement après elle les couvrait de chocolats. Nancy l’avait souvent raccompagné le soir dans les couloirs lorsqu’il avait peur, elle lui préparait en cachette des repas lorsqu’il n’avait pas aimé les mets compliqués que ses parents avaient exigé qu’elle lui serve. Nancy l’avait aimé, tout simplement.
     
    Quel plaisir alors pour Maximilien de revoir cette femme qui avait été au centre de son enfance. Il n’avait plus eu de contact avec elle depuis qu’il avait quitté le manoir en claquant la porte, affirmant qu’il n’abandonnerait pas « son fils bâtard », qu’il ne quitterait pas « sa fiancée roturière et parvenue ». Malheureusement sa relation avec Nancy avait fait les frais de sa dispute avec ses parents. Cette femme qui avait été presque une tatie ou une jeune grand-mère pour lui n’avait pas vu son fils naître, n’avait pas assisté à sa remise des diplôme, n’avait pas été présente à son mariage et cela lui avait fait beaucoup de peine. Il supposait que Nancy aussi s'en était sentie peinée. Maximilien avait terriblement peur qu’elle fût en colère contre lui, qu’elle lui en voulût, qu’elle ne le traitât d’ingrat. Après tout, il l’avait un peu abandonné, n’avait même pas essayé de la revoir. Elle aurait tous les droits de le haïr mais heureusement, ce ne fut pas le cas, que du contraire. Lorsque Maximilien s’était raclé la gorge pour signaler sa présence, la bonne femme corpulente s’était retournée, exaspérée, main sur les hanches, ses yeux lançant des « sectumspempra » à tout vient, s’apprêtant certainement à remballer virulemment le domestique qui oserait venir la déranger, la presser ou quoique ce soit mais lorsqu’il vit qui l’attendait, ses mains tombèrent, ses yeux s’illuminèrent et son regard s’adoucit immédiatement :
    « Enzo, Mon Enzo, tu es revenu. Montre-moi comme tu es beau ! Raaaah, tu as toujours les cheveux autant en bataille ! »
     
    Quelques mèches remises en place plus tard, les retrouvailles furent chaleureuse. Nancy serra Maximilien dans ses bras, Maximilien serra Nancy dans ses bras. L’ancien bleu et bronze se sentit soulagée : elle n’avait pas changé, elle ne semblait pas lui en vouloir ni avoir la moindre rancœur et surtout, elle l’aimait toujours autant. Mais à peine le tourbillon d’énergie qu’était Nancy en eut-il fini avec Maximilien que Nancy, qu’il se tourna vers une autre personne présente dans la pièce : Loréana – qui semblait être tout aussi stressée que l’était Maximilien. C’était la première fois que Nancy rencontrait l’épouse de son Enzo. On aurait pu croire qu’elle la jaugerait, la jugerait, lui poserait des tas de questions mais il sembla que d’un regard, Nancy l’avait adoptée Ce devait être le naturel de Lor’ – malgré sa robe et son chignon – qui avait plût d’emblée à Nancy. En effet, dès le premier regard, on était à même de comprendre que Loréana était une femme honnête et franche, droite et juste – même si on percevait aussi rapidement on sale caractère. La cuisinière rondelette s’était donc précipitée vers la belle pour la serrer dans ses bras, exigeant qu’elle tournât sur elle-même et le complimentant Maximilien pour ses goûts et ses choix. L’apprenti vit sa femme hésiter un instant. Loréana n’appréciait pas tellement d’être observée et analysée – complimentée oui mais décortiquée non – surtout physiquement. Qu’on la mette au défi intellectuellement ne lui posait aucun problème mais qu’on la prenne pour un mannequin l’amusait moins. Cependant, au grand étonnement de Maximilien, elle finit par s’exécuter, d’un air plus gêné qu’amusé et tourna sur elle-même, une fois. Maximilien en profita pour l’observer – cette foirée ne lui en avait pas vraiment donné l’occasion. Elle était magnifiquement dans sa robe, élégante, ravissante et tellement désirable. Loréana avait remarqué son regard et lui jeta un regard de biais moitié amusé, moitié exaspéré et se concentra à nouveau sur la petite rondelette : « Il a du goût, c’est une certitude. Mais je ne sais pas si on peut en dire pareil de moi. Maximilien m’a beaucoup parlé de vous. Je dois avouer que je m’attendais à une cuisinière moins… Excentrique. Cela m’étonne de la part des Middle d’avoir engagé quelqu’un d’aussi… joyeux. » Maximilien leva les yeux au ciel. Non mais qu’elle pipelette. Et elle ne pouvait pas s’empêcher de le déprécier…affectueusement. Mais Nancy n’avait pas réagi, elle n’avait peut-être même pas entendu ce que Loréana lui avait répondu ; toute son attention avait été attirée par la petite merveilleuse cachée derrière sa mère. De ses bras fort elle avait attiré l’enfant à elle et lui avait dévoré le visage de baisers. L’enfant s’était laissé faire, boudeur, se contentant de répondre à ce qu’elle lui avait dit : « Chuis pas petit. » Nancy, loin de s’offusquer, éclata de rire et ébouriffa les cheveux du garçonnet dans un sourire attendri. Sans doute qu’il lui rappelait Maximilien. Elle se tourna d’ailleurs à nouveau vers lui et après quelques nouvelles paroles affectives, proposa aux jeunes couples de s’asseoir avec elle pour discuter un peu.
     
    Les deux parents acceptèrent εὐθύς et se dirigèrent vers le milieu de la pièce pour s’installer. Nathanaël les suivit sagement et choisit, cette fois, de s’asseoir sur les genoux de sa petite maman. Maximilien prit place à côté de sa cuisinière chérie qui lui caressa les cheveux. A peine étaient-ils tous attablés que Loréana monopolisa la parole, empêchant Maximilien de demander des nouvelles ou même de formuler le moindre mot :
    « Mise à part la crise de ‘middleite’ aigüe qu’il a fait en s’habillant – on aurait dit son père –, je crois qu’il va bien. Et ne me parlez pas de Léo… Ce cornichon est le parrain de Nathou, alors je vous laisse imaginer ce que ça donne… Mais dites-moi, j’ai deux questions pour vous. D’abord, est-ce que vous arriviez à lui faire manger du fenouil ? Parce que j’adore ça, mais lui refuse d’en manger – il est pire que Nathanaël de ce point de vue-là… Alors, si vous avez une recette miracle, je prends ! Et puis, deuxième question… Quelle est la pire » Loréana boucha les oreilles du petit avant de poursuivre : « connerie que ce blondinet ici présent ait faite ? » Maximilien soupira et se renfrogna un peu. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle le chambre ? Un peu d’accord mais tout le temps… Ne pouvait-elle pas parfois le laisser souffler. Elle aurait pu le laisser retrouver sa Nancy en paix mais non elle devait le critiquer, le rabaisser. Il savait que ce n’était pas méchant et qu’elle le taquinait, qu’elle n’était pas sérieuse et c’était d’ailleurs ainsi qu’il l’aimait mais là, il aurait voulu qu’elle évite. Il avait déjà tellement peur que Nancy le rejette et si elle le rabaissait, peut-être que cela arriverait. Il baissa la tête, attendant, patiemment, silencieux… Mais Nancy éclata de rire et prit Maximilien par les épaules, en l’embrassant sur les tempes : « tu t’es trouvé une sacré femme, mon Enzo, un sacré caractère. Il te fallait au moins ça, petit coq ! » Maximilien se détendit instantanément et sourit à son tour, détendu, rassuré. Nancy se tourna alors vers Loréana et lui répondit :  « Pour le fenouil, ma fille… Je crains qu’il n’y ait rien à faire. Mais ce n’est pas très grave. Chacun ses goûts. » A nouveau Nancy embrassa Maximilien sur la joue et Nathanaël riait aux éclats de voir une femme se comporter avec son papa comme sa mère se comportait avec lui. Il le pointait du doigt, heureux de cette situation. Le silence se fit quelques secondes et Nancy semblait réfléchir. Maximilien comprit alors : « Non Nancy, ne raconte pas cela, s’il te plait. » La cuisinière lui montra toutes ces dents, un regard espiègle sur le visage : « Voyons Enzo, on ne va pas cacher cela à ta femme. Et bien Loréana, je vais te raconter. Quand ils avaient à peu près cinq ans, Léo et Maxou se sont pris de passions pour des films moldus d’aventure et d’archéologie. Tout y est passé : Indiana Jones, Tomb Raider, etc. et ils ont décidé de se prendre pour deux aventuriers. Il y avait matière dans le manoir. Ils se baladaient partout avec des pioches en plastique, s’entrainaient aux arts martiaux, aux sports de combats pour savoir se battre. Ils ont refusé de se laver plusieurs semaines parce que ‘des aventuriers dans des grottes et jungles n’ont pas accès à la douche’, c’était affreux. Ils exhalaient une odeur nauséabonde. Et une fin d’après-midi, ils ont pris mon buffet pour une montagne à escalader. J’étais dans la réserve avec la gouvernante en train de planifier un repas et tout d’un coup un bruit fracassant. Ces deux zoives avaient grimpés sur les armoires et avaient réussis à tout renversé. Heureusement la magie protectrice avait empêché le buffet de tomber sur eux mais ils étaient par terre, au milieu d’assiettes non brisée – vive la magie –, les deux culs nus parce que leurs pantalons s’étaient déchirés, riant aux éclats du boxon qu’ils avaient mis. Marie était furieuse et je dois dire…moi aussi. » Lorsqu’elle eut fini sa tirade, Nancy semblait très fière d’elle, Maximilien moins heureux et plutôt maussade. Il boudait, pour la forme, parce que finalement tout cela l’amusait beaucoup. C’était de beaux souvenirs. Nancy soupira, nostalgique : « enfin… des coups comme cela, j’en ai des centaines à te raconter, ma douce. Par exemple… » Maximilien prit soudainement la parole, coupant la cuisinière : « ça ira Nancy, cette anecdote suffisait. Ne donnons pas de mauvaises idées à Nathanaël. » Nancy éclata à nouveau de rire, de son rire qui résonnait dans toute la cuisine et elle replaça à nouveau une mèche de Maximilien derrière son oreille. Ce dernier posa délicatement la tête sur son épaule, savourant ces retrouvailles et ces moments d’affections avant de dire : « Et toi Nancy, qu’est-ce que tu deviens ? Tu ne m’en veux pas, hein ? » La femme rondelette se mit à caresser pensivement la joue de son Enzo avant de poser sa tête sur la sienne : « Je vais bien, mon petit. Ne t’en fais pas pour moi. La routine. Je ne t’en veux pas. Tu as fait ta vie et tu es heureux, c’est tout ce que je souhaitais mais maintenant, écris-moi parfois, si tu as du temps pour moi. Tu m’as manqué, tu sais, tu mettais de la vie et de la joie ici… Léo aussi. » Maximilien laissa couler une larme qu’il ne prit même pas la peine de retenir. Si Nancy ne lui en voulait pas, lui culpabilisait d’avoir été aussi peu reconnaissant : la cuisinière n’avait pas mérité la solitude silencieuse qu’il lui avait infligée. Affectueusement, Nancy recueillit la petite larme et lui embrassa le crâne. Maximilien releva la tête et la secoua un peu pour reprendre ses esprits avant de se tourner vers elle : « Promis Nancy : on t’écrira et, si Loréana veut bien, on t’invitera lorsque mes exploiteurs de parents te donneront des jours de congé. » L’ancien bleu et bronze se sentit soulagé, comme si un poids avait quitté ses épaules. Nancy sembla elle vouloir retrouver une ambiance un peu plus joviale et elle se tourna vers Loréana : « Et toi ma douce, parle-moi de toi, en dehors des deux cornichons de Maxou et de Léo. Je sais que tu es professeur à Poudlard mais qu’aimes-tu faire, comment est votre fils, qu’est-ce qu’il aime ? Racontez-moi tout le plus vite possible parce que vous ne pourrez pas rester éternellement. Les Middle vont réclamer votre présence. » Malgré elle, une petite pointe de regret perla dans la voix de Nancy.


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Mer 18 Mai 2016 - 21:29

    La cuisine semblait à l’image de sa cuisinière : désordonnée, mais bouillante d’activité. Simple, mais accueillante. Un parfum de poivre et d’herbes de Provence émanait en volutes alléchantes des casseroles qui mijotaient à feux doux ; çà et là, quelques cuillers de bois remuaient toutes seules dans des poêles qui faisaient frétiller du haché, ou une autre sorte de viande. Dans le four, un rôti cuisait tranquillement, à l’abri de tout qui viendrait le déranger. Si l’ensemble dégageait une couleur épicée, au teint de bronze, le monopole chromatique était contesté par des dizaines de pots d’épices, qui laissaient éclater leurs étonnantes teintes verte, rouge, jaune voire bleue – Qu’était-ce, d’ailleurs, ce pot de poudre bleue ?. A vrai dire, Loreana et Nathanaël eurent l’impression de plonger dans ces cuisines intemporelles, dont certains auteurs des temps jadis faisaient parfois des descriptions succulentes. Voire, en fait, dans les cuisines de Poudlard. Sauf que là, ce n’étaient pas quelques dizaines d’elfes de maison qui s’affairaient autour des marmites et de la grande table de bois, mais une seule personne : petite, rondouillarde et bien bâtie, les cheveux roux tirés dans un chignon qu’elle n’avait visiblement fait aucun effort pour maîtriser, la cuisinière semblait sortie tout droit d’un conte de fées. Probablement d’un genre exubérant, à vous pincer les joues en parlant – d’une manière que bien des êtres humains qualifieraient de « hurler » - de votre plus tendre enfance, quand vous ne mesuriez pas plus haut que ce tabouret, là-bas, et que vous couriez dans tous les sens pour échapper à un tuteur de grec acariâtre. Allez savoir pourquoi, mais Loreana imaginait très bien la petite femme dissimuler une version rajeunie de Maximilien dans un placard, en lui offrant du chocolat et en assurant à un vieil homme grisonnant au regard sévère et à la mine placide qu’elle n’avait pas vu l’héritier du manoir depuis plusieurs jours. Tout le contraire, en réalité, de ce à quoi elle s’était attendue en entendant parler de la « cuisinière du manoir Middle ». Cette expression évoquait plutôt chez elle une vieille femme filiforme, aux traits secs, perpétuellement drapée d’un tablier de chef blanc immaculé, un chignon serré et strict, éventuellement prisonnier d’un filet à cheveux. Elle s’était imaginé une vieille mégère qui superviserait une armée de larbins en aboyant des ordres secs d’une voix suraigüe et en ne tolérant pas la moindre imperfection dans les assiettes. En gros, elle s’était imaginé quelqu’un de tranchant. Et, à la place, elle avait le plaisir de tomber sur quelqu’un de rond, tout rond, tout doux. Enfin, doux… La cuisinière était une peu rude dans ces manières – J’aimerais bien voir l’amie Lauren se faire enlacer comme ça, tiens, ce doit être folklorique – au vu des puissantes enlaçades auxquelles aucun membre de la famille, pas même Nathanaël, malgré ses efforts, ne put échapper. Ce fut dans un éclat de rire – et une mine rabougrie du mini Maxou – que le couple s’installa, sur invitation de la maîtresse du lieu. Avant même que quiconque ait pu ouvrir la bouche – non, en réalité, Maximilien aurait largement eu le temps de parler s’il l’avait voulu, mais il semblait trop absorbé par je-ne-sais quel souvenir d’enfance qui lui surgissait au visage. Loreana prit alors gracieusement la peine de meubler le silence qui aurait pu s’installer par deux questions… Amusantes.

    Pourtant, l’espace d’un instant, elle crut lire de la lassitude, voire même quelque chose de plus profond dans le regard de son bel amant. Elle n’eut pas le temps d’investiguer plus en interrogeant le jeune homme du regard : la cuisinière éclata d’un rire franc (comment un rire pouvait-il être aussi puissant ? Il semblait venir du fond de ses entrailles et se répercuter sur chacune des casseroles de cuivres qui ornaient çà et là les murs) et gratifia l’ancien Serdaigle d’une nouvelle accolade.
    « tu t’es trouvé une sacré femme, mon Enzo, un sacré caractère. Il te fallait au moins ça, petit coq ! » Maximilien sembla se détendre instantanément. Avait-il réellement été tendu, voir choqué ou blessé par sa question ? Ne savait-il pas que derrière les taquineries et les boutades de sa femme se cachaient un amour et une admiration sans borne ? N’avait-il pas encore compris que la belle avait, malgré les apparences, beaucoup de mal à exprimer ses sentiments ? Qu’elle se sentait vulnérable, fragile, et qu’elle avait beaucoup de mal à se livrer réellement à quelqu’un ? Que, pour éviter de se sentir à nu, elle avait construit cette apparence de confiance en elle et de langue de vipère qui tenait toujours tout le monde en joue ? Ne comprenait-il pas qu’il ne s’agissait là que de sa manière à elle – certes un peu spéciale – de lui dire « je t’aime » sans avoir à lui offrir des « je t’aime » de quatorze juillet, sans avoir à lui donner des toujours qu’on achète au rabais ? Et surtout, sans avoir à lui dire qu’elle avait désespérément, assurément et irrémédiablement besoin de lui. Il était devenu, avec Nathanaël un des piliers de la vie de Loreana. Elle préférait ne pas y penser, mais la possession de Maximilien par Severus Rogue lui avait fait prendre conscience que, peut-être, un jour, elle aurait à se débrouiller sans lui. Que, s’il venait à lui arriver malheur, elle devrait d’abord et avant tout réapprendre à survivre avant d’envisager de se remettre à vivre. Un peu comme Angélique avait dû le faire depuis qu’elle avait, pour une raison inconnue, mit fin à sa relation avec Baël Owned. L’historienne refusait de l’admettre – elle était bien trop fière pour cela – mais elle ne parvenait pas à se reconstruire, et elle allait très mal. Le simple fait de voir son amie dans un pareil état lui brisait le cœur, et lui faisait réaliser qu’elle n’en mènerait pas beaucoup plus large si elle devait perdre Maximilien, d’une façon ou d’une autre. Il y avait fort à parier, également, qu’elle régirait exactement comme Angie : en niant tous ses problèmes et en chantant à tue-tête Tout va très bien, madame la marquise. Tout va très bien, tout va très bien…. « Pour le fenouil, ma fille… Je crains qu’il n’y ait rien à faire. Mais ce n’est pas très grave. Chacun ses goûts. » Hein ? Quoi ? Fenouil ? Oui ? Non ? Je ne sais pas, j’écoutais plus. De quoi on parle ? Misère, ma pauvre vieille, tu devrais arrêter de te lancer dans des monologues mentaux comme ça, tu te déconnectes complètement de ce qu’il se passe autour de toi. Imagine un peu ce qui aurait pu se passer si… Si y’avait eu un couteau à proximité, tiens ! Si Nathou s’en était emparé et avait commencé à jouer avec ? Il aurait pu se couper ! Se crever un œil ! Voire s’égorger ! Il serait mort parce que tu te parlais à toi-même (et je te ferais remarquer que tu es encore en train de le faire) au lieu d’être attentive au monde qui t’entoure. Regarde-les, ces deux-là. Voilà de bien charmantes retrouvailles : on aura dit une mamie gâteau qui accueille un petit-fils qu’elle croyait égaré. Peut-être que je devrais juste écouter l’anecdote et les laisser profiter un peu d’un moment à eux… Loreana décida donc (peut-être en partie parce qu’elle avait été humoristiquement vexée que Maximilien ait eut l’air de mal prendre ses boutades) de ne plus parler jusqu’à ce qu’on lui pose directement une question. « Voyons Enzo, on ne va pas cacher cela à ta femme. Et bien Loréana, je vais te raconter. Quand ils avaient à peu près cinq ans, Léo et Maxou se sont pris de passions pour des films moldus d’aventure et d’archéologie. Tout y est passé : Indiana Jones, Tomb Raider, etc. et ils ont décidé de se prendre pour deux aventuriers. Il y avait matière dans le manoir. Ils se baladaient partout avec des pioches en plastique, s’entrainaient aux arts martiaux, aux sports de combats pour savoir se battre. Ils ont refusé de se laver plusieurs semaines parce que ‘des aventuriers dans des grottes et jungles n’ont pas accès à la douche’, c’était affreux. Ils exhalaient une odeur nauséabonde. Et une fin d’après-midi, ils ont pris mon buffet pour une montagne à escalader. J’étais dans la réserve avec la gouvernante en train de planifier un repas et tout d’un coup un bruit fracassant. Ces deux zoives avaient grimpés sur les armoires et avaient réussis à tout renversé. Heureusement la magie protectrice avait empêché le buffet de tomber sur eux mais ils étaient par terre, au milieu d’assiettes non brisée – vive la magie –, les deux culs nus parce que leurs pantalons s’étaient déchirés, riant aux éclats du boxon qu’ils avaient mis. Marie était furieuse et je dois dire…moi aussi. » La belle n’eut aucun mal à s’imaginer la scène – et elle se l’imagina avec des protagonistes adultes, ce qui ne lui sembla pas totalement incongru, connaissant les deux cornichons – et esquissa un rire amusé, en cherchant le bellâtre aventurier au cul nu du regard pour lui adresser un clin d’œil. Mais le jeune homme ne sembla pas percevoir ce regard et se contenta d’interrompre la cuisinière alors qu’elle partait pour un second tour d’histoires de jeunesse. « ça ira Nancy, cette anecdote suffisait. Ne donnons pas de mauvaises idées à Nathanaël. Et toi Nancy, qu’est-ce que tu deviens ? Tu ne m’en veux pas, hein ? » Loreana se retint de lever les yeux aux ciel. Non, mais tu l’as regardée ? Elle ne cesse de t’enlacer, de te caresser les cheveux, à un point que j’en suis presque jalouse. Comment peux-tu ne serait-ce que penser qu’elle t’en veut ? Elle a littéralement fondu lorsqu’elle t’a reconnu, alors range un peu tes insécurités dans un placard, tu n’as aucune raison de douter de toi, beau blond ! Comme personne ne lui avait adressé la parole, Loreana se mura dans son silence, et laissa les deux tourtereaux savourer leurs retrouvailles, elle, elle joua un instant avec Nathanaël, qui tentait de lui attraper des mèches de cheveux pour les faire quitter son chignon. Il n’était pas question qu’une autre mèche se montre indisciplinée à cause de ce petit monstre ! « « Je vais bien, mon petit. Ne t’en fais pas pour moi. La routine. Je ne t’en veux pas. Tu as fait ta vie et tu es heureux, c’est tout ce que je souhaitais mais maintenant, écris-moi parfois, si tu as du temps pour moi. Tu m’as manqué, tu sais, tu mettais de la vie et de la joie ici… Léo aussi. » Elle se jura de forcer Maximilien à lui écrire. . « Promis Nancy : on t’écrira et, si Loréana veut bien, on t’invitera lorsque mes exploiteurs de parents te donneront des jours de congé. » Certes, on ne lui avait pas explicitement donné la parole, mais bon. Rien ne la forçait à respecter les règles qu’elle avait elle-même fixées, si ? De toute façon, personne ne le saurait ! « Bien sûr qu’on vous invitera. Je ne promets pas que le repas que nous préparerons sera aussi succulent que celui que vous allez nous offrir, mais on le fera avec amour, c’est promis. Et Nathanaël participera, n’est-ce pas, mon grand ? » Le fiston acquiesça dans un gros éclat de rire en frappant les mains. Visiblement, Nancy commençait à déteindre sur lui. Était-ce une bonne chose, ou pas ? Elle n’eut pas le temps de se poser la question : la cuisinière s’était adressée à elle (ce qui légitimait rétroactivement son intervention. Ouf, elle n’avait donc pas pourri son karma sur ce coup-là.) :« « Et toi ma douce, parle-moi de toi, en dehors des deux cornichons de Maxou et de Léo. Je sais que tu es professeur à Poudlard mais qu’aimes-tu faire, comment est votre fils, qu’est-ce qu’il aime ? Racontez-moi tout le plus vite possible parce que vous ne pourrez pas rester éternellement. Les Middle vont réclamer votre présence. » Elle lui adressa un sourire radieux, puis se lança dans une des tirades dont elle avait le secret. Mais, cette fois, elle prit bien soin de faire passer à Maximilien un message qu’il avait sans doute besoin d’entendre de temps en temps : « Oh, moi… Je suis effectivement prof de potions à Poudlard. Je suis directrice de Serdaigle, aussi. J’ai la chance d’être assistée là-dedans par un jeune thésard particulièrement brillant, qui n’a de cesse de m’épater. Et en plus de ça, il est extrêmement sexy- mais il ne faut pas trop lui dire, il finirait par prendre la grosse tête. » Elle planta son regard dans celui de Maximilien. La suite n’était destinée qu’à lui. « Je suis terriblement amoureuse. Pour être honnête, avant de le rencontrer réellement, j’avais perdu la foi en l’amour au premier regard, au coup de foudre et à ses bêtises. Et puis, il y a eu ce soir, entre les flacons. Je l’ai vu, lui, ce jeune homme splendide mais torturé, intrépide. Il avait oublié à quel point il était beau, il avait oublié à quel point il était bon. Il portait un masque en permanence. Moi aussi d’ailleurs. Mais, ce soir-là, nos deux masques se sont fissurés. Et lorsque j’ai croisé ses yeux, sans le masque, j’ai su que c’était lui qu’il me fallait. Lui que je voulais. Lui que j’aimerais toujours. Ça sert à ça, l’amour. Ça ne s’explique pas : c’est une chose comme ça, qui vient on ne sait d’où et vous prend tout à coup. Et depuis, je ne cesse de remercier le ciel de me l’avoir offert. Et de m’avoir offert ce magnifique enfant qui se tient sur mes genoux. Sans eux, je n’aurais plus rien… À part une carrière brillante, bien sûr. » C’était plus fort qu’elle : elle ne pouvait se laisser contempler pleinement dans son émotion, bien réelle, qui avait parfois noué sa voix, et il avait fallu qu’elle terminer par une touche humoristique. Un moyen de se protéger, probablement : il était absurde de parler comme cela devant une cuisinière à peine rencontrée. « Quant à ce petit elfe, justement… C’est le plus insupportablement mignon des garçons de la planète. Il aime tout, il est curieux de tout, il n’a peur de rien, ou presque… Un peu comme son père. C’est un vrai petit trésor. » Et le trésor de répliquer : « Chuis pas petit. »


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Sam 21 Mai 2016 - 19:40


    Maximilien avait terriblement changé, les années passant. Il n’avait plus rien avoir avec l’adolescent qu’il avait été. Durant sa jeunesse, Maximilien avait être le parangon du fêtard, toujours dehors, à écumer bars et soirées, à conquérir belles et beaux, à siphonner bierreaubeurre et Whiskies pur feu. Tous les établissements de pré-au-lard sans exception étaient connus de lui. Il avait eu plus de conquêtes que d’amis et plus de potes fêtards que de proches mais cela ne l’avait jamais dérangé. Léo et Travis lui suffisaient. Travis qui avait été le seul à le maîtriser et à le calmer parfois, surtout lorsque se joignait à lui la voix raisonnable de Timothé. Il n’aurait pas pu compter sur Léo ou Alexia pour lui faire décrocher. Maximilien, à l’époque, passait ses nuits dehors, inconscient, ignorant. Il avait été un adolescent prétentieux, sûr de lui, vantard, obnubilé par lui-même, mais attentifs à ses plus proches amis. Comme il était brillant, il n’avait jamais eu à se soucier de sa réussite et son amour d’apprendre avait été suffisant pour le canaliser le temps de ses devoirs ou de ses moments d’étude. Pour le reste, il draguait, sachant manier les mots mieux que personne, habile orateur, mais toujours honnête, pas une fille, pas un homme n’avait pu lui résister. Maximilien avait été le prototype de l’enfant riche, blondinet parfait, main dans les poches, air suffisant qui se pavanait à gauche et à droite. Mais il avait toujours été un être profondément honnête, affectueux et fidèle. C’était sans doute ces trois traits de caractère qui l’avaient amené à changer progressivement et à devenir un jeune homme responsable, père de famille, époux aimant qui n’avait jamais – ne fusse qu’eu l’idée de – trompé sa femme. Il s’était également plongé dans ses études, avait abandonné sorties et soirées, bars et fêtes pour se concentrer sur sa famille, et ses amis. Mais dans ce changement, paradoxalement alors qu’il était bien mieux qu’il ne l’avait jamais été, Maximilien avait aussi perdu sa confiance en lui. L’avait-il vraiment perdu – l’avait-il jamais eue ? – ou avait-il plutôt baissé son masque ? De désinvolte, il était devenu parfois assez stressé surtout face aux gens qui comptaient pour lui. Et c’était la raison pour laquelle, il avait mal pris la plaisanterie de Loréana. Bien entendu, il la connaissait par cœur et il savait pertinemment qu’elle n’avait pas dit cela pour le blesser et que c’était aussi sa façade à elle, son masque, sa manière de se protéger. Il comprenait tout cela, mais aujourd’hui, là, ce soir, en ce moment, c’était surtout lui qui avait besoin d’être protégé et rassuré. Il ne se sentait pas du tout à l’aise. Il culpabilisait tellement vis-à-vis de Nancy et aussi enthousiasme et débordante d’amour que pût se montrer la cuisinière, il craignait malgré lui qu’elle le rejetât – comme ses parents… En voilà deux qui avaient fait énormément de tort à leur petit garçon.
     
    Mais Nancy ne semblait pas avoir relevé et était tout sauf en colère. L’euphorie de retrouver son Enzo était si grande qu’elle se montrait exubérante, câline. Mais le regard de Maximilien ne lui avait pas échappé, c’est pourquoi, elle s’était rapproché de lui, l’avait taquiné et avait conté une histoire quelque peu humiliante de son enfance. Le bellâtre avait regardé du coin de l’œil son épouse s’esclaffer en imaginant la scène et il lui tira la langue, signe que sa bouderie était terminée. Nancy et Maximilien se lancèrent dans une discussion un peu plus sérieuse, sur l’avenir de leur relation. L’ancien serdaigle proposa alors que le couple invitât la cuisinière plus souvent chez eux, mais il demanda discrètement l’autorisation à son épouse. Il ne pouvait inviter des gens chez eux sans qu’elle ne fût d’accord. Immédiatement le professeur de potion répondit d’un ton enjoué :
    « Bien sûr qu’on vous invitera. Je ne promets pas que le repas que nous préparerons sera aussi succulent que celui que vous allez nous offrir, mais on le fera avec amour, c’est promis. Et Nathanaël participera, n’est-ce pas, mon grand ? » Nathanaël battit des mains en acquiesçant et Loréana fit un large sourire. Tous deux semblaient plus que ravis à l’idée de revoir cette femme extraordinaire qu’était Nancy. Maximilien vit d’ailleurs une petite larme perler au coin de l’œil de la femme rondelette, émue devait-elle être de se voir immédiatement adoptée par une petite famille qu’elle n’avait jamais rencontrée mais qui pourtant avait due lui manquer. Maximilien sentit un pincement de culpabilité supplémentaire le prendre au cœur. Contrairement à Marie, Nancy n’avait pas de famille. Elle avait passé toute sa vie dans les appartements des domestiques du manoir et dans cette cuisine. Maximilien avait été un peu le fils qu’elle n’avait jamais eu et en fils ingrat, il n’avait même pas été capable de lui écrire plus souvent. Le mari exemplaire fut interrompu dans ses pensées auto-flageolant par la voix de Nancy qui questionnait Loréana. Maximilien se prépara mentalement pour affronter des critiques et taquineries de sa belle mais ce fut tout le contraire qui se passa. « Oh, moi… Je suis effectivement prof de potions à Poudlard. Je suis directrice de Serdaigle, aussi. J’ai la chance d’être assistée là-dedans par un jeune thésard particulièrement brillant, qui n’a de cesse de m’épater. Et en plus de ça, il est extrêmement sexy- mais il ne faut pas trop lui dire, il finirait par prendre la grosse tête. » Manifestement, Loréana avait compris qu’il avait besoin d’être rassuré et valorisé ce soir. Bon comme elle était incapable de faire les choses à moitié, elle n’y était du coup pas allé de main morte sur les compliments et Maximilien sentit le rouge lui monter jusqu’aux oreilles tandis que Nancy lui ébouriffait les cheveux – encore – fière du jeune homme qui était assis à ses côtés. Nathanaël, lui, avait profité de la discussion de grands pour attraper un paquet de biscuit qui traînait sur la table et commencer à grignoter le plus discrètement possible. Maximilien s’apprêta à le gronder – l’enfant savait pourtant bien qu’il n’avait pas le droit de manger sans l’accord de ses parents – mais la suite de la tirade de Loréana le détourna de son objectif : « Je suis terriblement amoureuse. Pour être honnête, avant de le rencontrer réellement, j’avais perdu la foi en l’amour au premier regard, au coup de foudre et à ses bêtises. Et puis, il y a eu ce soir, entre les flacons. Je l’ai vu, lui, ce jeune homme splendide mais torturé, intrépide. Il avait oublié à quel point il était beau, il avait oublié à quel point il était bon. Il portait un masque en permanence. Moi aussi d’ailleurs. Mais, ce soir-là, nos deux masques se sont fissurés. Et lorsque j’ai croisé ses yeux, sans le masque, j’ai su que c’était lui qu’il me fallait. Lui que je voulais. Lui que j’aimerais toujours. Ça sert à ça, l’amour. Ça ne s’explique pas : c’est une chose comme ça, qui vient on ne sait d’où et vous prend tout à coup. Et depuis, je ne cesse de remercier le ciel de me l’avoir offert. Et de m’avoir offert ce magnifique enfant qui se tient sur mes genoux. Sans eux, je n’aurais plus rien… À part une carrière brillante, bien sûr. »
     
    Maximilien qui s’était senti très ému tout au long du discours dithyrambique émit un petit rire discret à la fin. Il reconnaissait bien là sa douce moitié qui n’avait pu s’empêcher de se lancer quelques fleurs. Mais le reste l’avait profondément touché. Loréana, qui pourtant avait une obsession pour les longues tirades, était avare en compliment et en déclaration d’amour. Elle avait tendance à montrer ses sentiments plus par des petits actes au quotidien, par des petites attentions que par ses paroles qui pouvaient parfois exprimer le contraire de ce qu’elle ressentait, par le biais de sarcasmes. Mais aujourd’hui, devant quelqu’un qui lui était étranger en plus, elle lui avait fait une déclaration d’amour en bonne et due forme. Maximilien vit que Nancy souriait à s’en décrocher la mâchoire, heureuse de voir que son petit homme s’était trouvé une femme amoureuse. Maximilien fixa son regard dans les yeux de Loréana et forma les mots suivants avec sa lèvres :
    « Merci mon amour. Moi aussi je t’aime. » Elle le connaissait si bien. Toutes les inquiétudes de l’apprenti s’étaient envolées. Il se sentait heureux, léger, fort de l’amour de sa femme et de son fils. A propos de fils, Loréana continua : « Quant à ce petit elfe, justement… C’est le plus insupportablement mignon des garçons de la planète. Il aime tout, il est curieux de tout, il n’a peur de rien, ou presque… Un peu comme son père. C’est un vrai petit trésor. » L’elfe en question, lui, bénéficiait outrageusement des compliments de sa mère qui n’en épargnait aucun à son égard. Habituée à tant d’amour, il ne se montra point ému mais boudeur : « Chuis pas petit. » Le monstro ! Nancy éclata de rire et étira ses bras potelés à travers la table pour pincer la joue de Nathanaël : « tu n’es pas petit et tu es aussi mignon que le dit ta mère mais tu as surtout le sale caractère de ton père ! » Nathanaël croisa les bras et fit la moue pendant que les adultes attablés – même si Maximilien aurait bien rejoint son fils dans la bouderie – éclatèrent de rire. Ce fut l’occasion pour le père d’arracher les biscuits des mains de son fils – quitte à ce que le petit boudât, autant que ce fût pour une bonne raison : « Nathanaël. Nous t’avons déjà dit cent fois. Tu ne peux pas manger de biscuit sans demander notre accord. » L’enfant essaya vainement de reprendre les biscuits mais sous le regard désapprobateur de ses parents, il capitula et se contenta de répondre : « mais j’ai faiiiiiim, moiiiiii, Papaaaaaa ! » Maximilien soupira et tenta de prendre une posture et une voix ferme : « Non c’est non. Nous allons bientôt passer à table, de toute façon. » Cette simple phrase jeta un froid dans la cuisine. Du temps s’était écoulé et ils allaient devoir remonter, retourner dans la partie « détraqueurs » du manoir, quitter Nancy et rejoindre les Middle. Ce fut la cuisinière elle-même qui formula tout haut ce que chacun pensait tout bas : « Mes enfants, je crois que vous devriez repartir… » Elle joignit le geste à la parole et se leva. Les autres imitèrent son mouvement. Nancy alla d’abord embrasser Loréana et Nathanaël. Maximilien resta en retrait pour les laisser se dire au revoir ; ensuite, la cuisinière revint vers lui. Elle le serra une énième fois contre elle avant de lui marmonner : « J’étais tellement contente de te revoir Enzo, à bientôt ! » Et Maximilien de lui répondre « A bientôt, Nancy, je t’adore. » et la petite famille sortit de la cuisine avec les pieds de plomb. Même Nathanaël ne semblait pas très heureux de quitter l’endroit jovial et coloré.
     
    La petite famille prit le chemin du retour. Un coup d’œil à sa montre laissa penser à Maximilien qu’ils avaient le temps de faire un détour avant de rejoindre le salon des invités. Il avait cédé à ses envies et comptait bien faire un peu pâlir sa belle de jalousie en lui montrant l’une de leur bibliothèque – une bibliothèque de taille moyenne ; il n’avait pas envie de lui causer un arrêt cardiaque non plus. La rendre jalouse, oui, mais aussi lui donner envie de revenir au château. Après tout, si tout se passait bien ce soir – avec son père tout du moins puisque sa mère semblait être une cause perdue –, peut-être seraient-ils invités plus souvent. Nathanaël et Noah semblait, d’une certaine façon, bien s’entendre et quoi de mieux pour convaincre Loréana d’aller quelque part que de lui faire savoir qu’il s’y trouvait des pièces emplis de livres. Ils empruntèrent donc un chemin différent. Maximilien affichait un petit sourire énigmatique. Ils arrivèrent près de ladite bibliothèque et le jeune homme s’apprêta à présenter les lieux à sa douce mais il fut interrompu par un éclat de voix. Il reconnut clairement la voix de son père et de sa mère. C’était bizarre. Pourquoi étaient-ils dans la bibliothèque et non dans le bureau de Noah ? Maximilien fronça les sourcils et mit son doigt sur sa bouche pour signaler à Loréana – et surtout à Nathanaël – qu’il fallait se taire. Les deux parents, après un regard, s’approchèrent de la porte entrebâillée à pas de loup. La voix de Noah éclata soudainement :
    « Tu pourrais faire un effort, Lauren ! » Maximilien sursauta. Pour que son père tutoyât sa mère, il devait être vraiment en colère et il avait des choses à lui reprocher. Mais Lauren ne sembla pas décontenancée et répondit du tac au tac : « Je n’y peux rien, Noah. Cette femme, sa pauvreté dégoulinante, couplée à son audace et à son égo disproportionné pour ce qu’elle est, m’exaspèrent et me dégoutent. » Maximilien ouvrit de grands yeux et se retourna vers sa femme. Il la tenait par la main et il la sentit se crisper mais ils n’eurent pas le temps d’agir que Noah avait déjà répondit d’un ton ferme : « Peut me chaut. Fais un effort. Reconnais qu’elle nous a donné un bon tuyau pour le commerce, cela t’aidera. Par ailleurs, tiens-en-toi au plan ! Nous devons nous montrer gentils pour que Maximilien reprenne enfin nos affaires. Loréana et Nathanaël sont exaspérants mais contrôle-toi, par Merlin. » Ce fut autour de Maximilien de se crisper. Ainsi ses parents le manipulaient ? Son père jouait la comédie. Il était tellement sonné qu’il n’avait plus qu’une envie : rejoindre le salon et s’éloigner de ce lieu pour ne pas entendre ses parents dire tant de mal de sa femme et de son fils. Il était tellement touché qu’il n’entendit pas la suite : « Et reconnais que Nathanaël est un enfant plutôt mignon. Tu exagères. Il n’y a pas tant à se forcer. Il est certes turbulant mais… » Maximilien avait attrapé la main de sa femme et de son fils et parcourait les couloirs au pas de courses pour les éloigner de cette pièce maudite. Restait à espérer que Loréana avait entendu la fin du discours de Noah…


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Sam 28 Mai 2016 - 23:14

    Jamais Loreana n’avait autant mis de mots sur ce qu’elle ressentait. Enfin, du moins, pas depuis la réconciliation du couple, après que Maximilien eut appris la grossesse de celle qui deviendrait sa femme. Voilà plusieurs années, donc, que la jeune femme n’avait plus exprimé d’une manière aussi honnête, nue et directe, tout l’amour, l’admiration et la fierté qu’elle ressentait pour lui. A vrai dire, ce n’était pas son mode de communication habituel. Loreana n’aimait pas dire les choses. Elle se méfiait toujours immensément des mots, qui pouvaient trahir sa pensée et ses sentiments. Comment ces assemblages étranges de sons pouvaient-ils permettre de transmettre des idées, voire des sentiments ? Comment pouvaient-ils réellement faire comprendre l’étrange sensation qui s’emparait d’elle en présence de son mari ? Il n’y avait pas de mot pour décrire la pulsion viscérale qui la conduisait à sourire de manière incontrôlée à sa vue ou à celle de son fils. Il n’y avait pas de mot pour rendre compte de la chaleur papillonnante qui agitait son estomac et son bas-ventre lorsqu’elle passait une soirée lovée dans les bras de l’homme de sa vie. Il n’y avait pas de mot pour dessiner la manière dont le sourire de Maximilien caressait jusqu’à son âme et lui faisait baisser toutes ses défenses. Alors, pourquoi se fier aux mots pour démontrer son amour ? D’autant que, utilisés avec fourberie et adresse, les mots pouvaient blesser. Les mots pouvaient mentir, les mots pouvaient trahir. C’est pourquoi Loreana ne disait pas souvent à Maximilien qu’elle l’aimait. Il y avait aussi cette peur viscérale qu’elle avait de dévoyer les termes, de tant et tant les répéter qu’ils en perdraient tout leur sens. Peur qu’en s’emplissant d’habitude, ses mots se vident de sentiments. Ses actes, par contre, ne pourraient jamais perdre de leur sens. Là où les mots pouvaient tromper, dissimuler, manipuler, l’ancienne Serdaigle était convaincue que les actions ne mentaient pas. Que sa façon à elle de dire « je t’aime », c’était d’apporter, de temps en temps, le petit-déjeuner au lit à la marmotte qui lui servait de mari. C’était de lui déposer fugacement un baiser dans le cou, alors qu’il était penché sur des grimoires vieux comme le monde, en quête d’informations pour sa thèse. C’était de tenter de le faire sourire, par des plaisanteries ou des grimaces, les jours où il semblait morose. C’était de lui dire d’être prudent à chaque fois qu’il montait sur un balai – « ces engins au potentiel meurtrier sous-estimé », comme elle disait. C’était de parfois perdre des heures entières de travail à le regarder, si beau lorsqu’il était aux prises avec leur fils ou avec un problème complexe. C’était également de faire dire aux mots l’exact contraire de ce qu’elle pensait, l’ensevelissant sous les sarcasmes. C’était par moment un peu cruel, mais la jeune femme avait la profonde conviction que, même si Maximilien pouvait parfois se sentir un peu vexé sur le moment, il savait que ce n’était là que sa façon de lui montrer qu’elle tenait à lui. Ou, plus exactement, qu’une façon, probablement quelque peu tordue, de lui faire comprendre qu’elle était quelqu’un de fragile, une rose aux épines acérées, et qu’elle avait infiniment besoin d’être rassurée. Évidemment, posé ainsi, cela semblait aussi irrationnel que dangereux, mais depuis quand la belle devait-elle être rationnelle en amour ?

    Et pourtant, pourtant Loreana, prise d’un besoin aussi inexpliqué qu’inexplicable de, pour une fois, exprimer à Maximilien ce qu’elle ressentait, s’était lancée dans une des tirades dont elle avait le secret pour lui dire explicitement combien elle l’aimait, prenant la cuisinière Nancy à témoin – cuisinière qu’elle ne connaissait d’ailleurs que depuis quelques minutes. Elle avait ainsi livré à son mari un petit bout d’elle-même qu’elle pensait enfermée dans son cœur pour l’éternité, et ce devant une parfaite inconnue – lorsqu’elle y repenserait, le soir même, elle en rougirait presque de honte. Mais, en réalité, qu’importe ce que Nancy en penserait : ce qui comptait, c’était de voir l’expression de Maximilien. Ce dernier avait d’abord semblé appréhender la réponse de sa femme, mais, bien vite, un large sourire avait barré son visage d’ange. Puis, peu à peu, il était passé de la satisfaction rougissante à l’émotion pure. Il ne fallait pas produire un effort d’imagination très poussé pour voir les yeux du Bleu-et-Bronze se remplir de larmes de reconnaissance. Ou bien était-ce parce que le jeune homme était ému de ce discours, qui les renvoya à l’origine de leur histoire – dont ils n’avaient plus parlé depuis des années ? L’explication officielle que Maximilien fournirait, en rentrant, était tout simplement que Nancy avait dû coupé des oignons et que les légumes lui avaient agressé la rétine. La version du bel apollon était loin d’être convaincante, mais Loreana décida de ne pas infliger une offense supplémentaire à sa virilité blessée. Elle planta son regard dans celui de son bel amant, et leurs regards firent presque littéralement l’amour alors que Maximilien lui glissa qu’il l’aimait. Nancy, elle, observait la scène en souriant de toute ses dents, visiblement heureuse que « son petit Enzo » ait su se dégotter une femme amoureuse. Leur petit échange intense fut cependant interrompu par la naïve intervention de leur fils, qui se défendait, comme à son habitude, d’être petit. Le gamin était si offensif à ce sujet qu’il avait déjà renié son parrain Léo, lui boudant dessus deux semaines durant – il était opiniâtre, cet enfant ! – au seul motif que ce dernier l’avait un jour appelé « petit gars », malgré les sommations répétées de Nathanaël qui, excédé, avait fini par congédier le parrain d’un verdict sans appel. La cuisinière semblait avoir rapidement cerné le personnage qu’était Nathanaël Travis Middle, car elle déclara, après un éclat d’un rire franc :
    « tu n’es pas petit et tu es aussi mignon que le dit ta mère mais tu as surtout le sale caractère de ton père ! » Loreana se retint de faire remarquer que, lorsque les sarcasmes venaient de Nancy, ils ne posaient aucun problème à l’apprenti professeur de potions, et se contenta d’éclater un rire franc au vu de la mine boudeuse que le jeune homme adopta – elle remarqua à cette occasion de le père râlait de la même façon que le fils (ou était-ce l’inverse ?), avec cette façon si virile et mignonne à la fois de hausser légèrement le sourcil droit. Mais le rire fut de courte durée : Maximilien, endossant sans attendre son costume de père attentif mais sévère, ôta des mains de son fiston quelques biscuits qu’il était parvenu à subtiliser. Ce petit lutin de Cornouailles avait profité du fait que sa mère se lira à l’exercice périlleux de la déclaration pour s’emparer d’un petit amuse-gueule qu’il avait tenté d’engloutir discrètement. C’était sans compter sur la vigilance du père, qui se montra intransigeant : « Nathanaël. Nous t’avons déjà dit cent fois. Tu ne peux pas manger de biscuit sans demander notre accord. » L’enfant se débattit un instant, et chercha un appui dans le regard de sa mère. Pourtant, il savait que ses parents avaient conclu un pacte tacite : ils n’intercèderaient jamais lorsque l’un ou l’autre disputerait leur enfant, de manière à ne pas saper, d’une façon ou d’une autre, l’autorité dont ils se devaient de tous deux disposer. Si un désaccord devait naître quant à la réaction à afficher face à une bêtise du jeune bambin, ce serait loin des yeux et des oreilles du gamin qu’ils l’évoqueraient. Ainsi, Loreana se contenta de jeter un regard désapprobateur à son fils, qui finit par capituler, en tentant de se justifier : « mais j’ai faiiiiiim, moiiiiii, Papaaaaaa ! »La réponse ne se fit pas attendre : d’une voix ferme – par Merlin, qu’est-ce qu’il était sexy quand il campait le rôle du père sévère mais juste – Maximilien confirma son verdict. « Non c’est non. Nous allons bientôt passer à table, de toute façon. »

    Et silentium fit. Il apparut comme évident qu’aucune des personnes présentes dans la pièce n’avait envie de la quitter ou de voir les autres la quitter. Le simple fait de devoir se trouver à nouveau face à Lauren « Je me la pète même si je n’ai aucune bonne raison » Middle donna la nausée à Loreana. Ne pouvaient-ils pas rester dans ce paradis gustatif (ou, en tout cas, olfactif) pour… disons, l’éternité ? Pourquoi retourner affronter Charybde et Scylla ? Nancy ne le laisserait surement pas s’en aller aussi vite…
    «Mes enfants, je crois que vous devriez repartir… » Et merde. Si même elle s’y mettait… Elle eut même l’outrecuidance [NdA : c’est assez suranné, ça ? ;-)] de se lever pour initier le mouvement vers la sortie. Les adieux furent aussi francs que les accolades de rencontre, et Loreana assura à la cuisinière qu’elle avait été ravie d’enfin rencontrer la « fameuse Nancy aux mille délices », et qu’elle forcerait le « petit Enzo » à lui écrire régulièrement. Elle lui promit également qu’ils l’inviteraient dès que possible, afin qu’elle puisse voir où son poulain vivait désormais et où le petit elfe grandissait. Elle prit également la peine d’embarquer Nathanaël avec elle, afin de laisser à l’héritier de la famille et à la cuisinière un petit moment d’intimité. Lorsque les adieux furent prononcés, la petite famille quitta, sans gaieté de cœur, la cuisine si accueillante. La jeune femme fut à nouveau frappée par le contraste en termes d’ambiance entre l’aile des domestiques et l’aile principale des vieux Aspire-Joie. Pourtant, Maximilien ne semblait pas les mener directement au salon des gens-un-peu-proches-mais-pas-trop-proches-quand-même-faut-pas-déconner-non-plus. Certes, le manoir était labyrinthique, et Loreana fut prête à parier que même Ariane n’aurait pas pu aider quiconque à retrouver son chemin dans ces couloirs, mais la jeune femme avait au moins un bon sens de l’orientation : lorsqu’ils étaient arrivés, ils venaient de la volée de marches de gauche – et non celle de droit qu’ils empruntaient en ce moment. Où ce petit sagouin les emmenait-il ? Le petit sourire énigmatique qui flottait sur le visage de Maximilien était doublé d’une insupportable expression d’autosatisfaction, qu’il n’arborait en général que lorsqu’il s’apprêtait à commettre un mauvais coup. Il semblait jubiler intérieurement, et la jeune mère n’en ressenti qu’un étrange mélange de curiosité et d’appréhension. Ils s’immobilisèrent enfin devant une porte qui semblait extrêmement lourde, et le jeune homme fit mine d’ouvrir la porte d’un air mystérieux, et Loreana aurait juré l’entendre dire « Bienvenue à Agrabah ». Pourtant, il fut interrompu par un soudain éclat de voix. « Tu pourrais faire un effort, Lauren ! » Loreana interrogea son mari du regard. Pourquoi tenait-il à la rendre témoin d’une scène de ménage entre ses parents ? Vu l’expression de surprise intriguée qui s’était installé sur le visage du jeune homme, ce n’était pas son but initial. Ils s’accordèrent toutefois pour conserver le silence – Loreana fit un signe à Nathou, puis lui adressa un clin d’œil – et écouter la dispute. La perspective d’assister au courroux de Noah, dirigé contre Lauren, avait quelques aspects jouissifs. « Je n’y peux rien, Noah. Cette femme, sa pauvreté dégoulinante, couplée à son audace et à son égo disproportionné pour ce qu’elle est, m’exaspèrent et me dégoutent. » La femme à la pauvreté dégoulinante se crispa – heureusement, son mari lui tenait la main – et dut faire un effort surhumain pour ne pas entrer dans la pièce de manière tonitruante et en coller une à Mâdâme l’âristôcrâte qui était née une cuillère d’argent dans la bouche et qui ne concevait même pas ce que « mériter le respect » signifiait. « Peu me chaut. Fais un effort. Reconnais qu’elle nous a donné un bon tuyau pour le commerce, cela t’aidera. Par ailleurs, tiens-en-toi au plan ! Nous devons nous montrer gentils pour que Maximilien reprenne enfin nos affaires. Loréana et Nathanaël sont exaspérants mais contrôle-toi, par Merlin ! » Avec une famille comme celle-là, à quoi bon avoir des ennemis ? Elle sentit Maximilien se crisper à son tour, puis une rage soudaine s’empara d’elle. Ils allaient voir, ces aristos endimanchés, incapable de faire preuve du plus élémentaire respect pour la personne humaine, inaptes à comprendre le sens du mot « famille » et engoncés comme deux crapauds réactionnaires dans leurs certitudes purulentes qu’ils étaient supérieurs car ils avaient vécu toute leur vie à l’abri du labeur et du besoin. « Et reconnais que Nathanaël est un enfant plutôt mignon. Tu exagères. Il n’y a pas tant à se forcer. Il est certes turbulent mais… »

    Ce fut la dernière chose qu’elle entendit : Maximilien l’avait tirée à lui dans un geste relativement peu délicat, avait attrapé la main de leur fils et les guidait désormais dans les couloirs d’un pas rapide. Il semblait être obsédée par une idée : s’éloigner de cette pièce au plus vite. Ils parcoururent les couloirs dans le silence le plus absolus, poursuivis uniquement par l’écho de leur course rapide dans le décor lugubre. Ils se retrouvèrent bien vite dans le salon qu’ils avaient quitté, presque une heure auparavant, et Maximilien se planta au milieu de la pièce, l’air complètement perdu. D’un geste calme, Loreana se dégagea de son bras, puis se dirigea vers les bibelots exposés dans une vitrine d’apparat. Elle demanda à Maximilien de cacher les yeux et les oreilles de Nathanaël puis, dans un geste qui laissa éclater une rage incontrôlée, elle se saisit d’un vase – elle espérait qu’il soit millénaire – et le jeta violemment sur le sol. Lorsqu’elle croisa le regard incrédule de son mari, elle haussa les épaules d’un air laxiste :
    « Ça détend. » Puis elle jeta un sortilège informulé pour réparer le vase, et le replaça à sa place, ni vu ni connu. Puis elle s’adressa à son mari : « Est-ce que tu m’aimes au point de me dire où serait, d’après toi, le meilleur endroit dans ce manoir pour dissimuler deux cadavres ? Je pense qui si tu te places là-bas, en embuscade, et moi ici, on peut les zigouiller dès qu’ils entrent dans la pièce, sans faire trop de raffut. » Elle se força à sourire. Maximilien avait surement compris que, si elle avait pété un câble – et un vase – de la sorte, et qu’elle se servait actuellement de l’humour – son arme défensive par excellence – cela signifiait qu’elle avait été touchée plus qu’elle ne voulait se l’avouer par les paroles de ses beaux-parents. Elle avait réellement fait un effort pour qu’ils l’acceptent enfin. Elle avait tenté de parler leur langage, elle s’était entraînée à respecter le protocole. Elle avait vraiment mis du sien pour faire de cette soirée un réussite – au moins un minimum. Et voilà que, alors qu’elle pensait que le bilan ne serait pas purement négatif, il avait fallu que ces deux crétins gâchent tout avec leurs principes à la con. Elle planta son regard – un peu perdu, plein de détresse – dans celui de son mari. « Je n’ai plus la moindre envie de les voir ou d’avoir quoi que ce soit à faire avec eux. Mais ce sont tes parents, et si tu penses qu’il peut encore y avoir une chance que ce dîner ne soit pas un fiasco total, je suis prête à faire l’effort de les supporter et de me comporter comme si je n’avais pas entendu les horreurs qu’ils ont dites. Ce sera plus facile pour ton père, qui semble quand même apprécier Nathou, que pour ta mère. Alors si tu me le demandes, je ne vais pas te supplier de partir sur-le-champ et faire bonne figure. À toi de décider. »


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Mar 31 Mai 2016 - 21:04

 

    Le manoir Middle était un véritable labyrinthe, un château gigantesque avec couloirs, pièces, escaliers, ailes. Des kilomètres de territoires qui renfermaient l’aile des parents, l’aile de travail du paternel, l’aile privée de Maximilien, l’aile commune, l’aile des domestique et entre toutes ces ailes, des salles plus vastes les unes que les autres, des couloirs aussi longs qu’interminables, décorés avec froideur et luxe, faste et sobriété. C’était à se demander comme ces trois adjectifs pouvaient qualifier un seul et même endroit. Mais si vous avez déjà vu le manoir Middle, vous l’avez certainement compris. Tout le manoir était glacial. C’était comme si le cœur de ses habitants avaient envahi les lieux au point de les contaminer, d’en faire le spectre fantomatique qu’il était aujourd’hui et Maximilien avait la sensation que cela s’était empiré depuis son départ. Lui et Léo, à l’époque, mettaient de la vie dans ces couloirs avec leurs rires, leurs courses, leurs voix d’enfants heureux et leurs jeux. Mais il n’y avait plus personne pour enchanter le dédale. Un courant d’air froid sortant tout droit des âmes de Noah et Lauren avait pris possession des lieux et s’était fait maître du royaume. Malgré ce climat désagréable, Maximilien connaissait toujours son manoir par cœur. Il y avait vécu, il y avait grandi. Chaque centimètre carré du lieu était marqué de son existence. Il pouvait passer d’une aile à l’autre, sans se perdre, courir d’un endroit à l’autre. Rien n’avait changé. Pas un bibelot n’avait été déplacé du moindre millimètre – et les domestiques n’avaient pas intérêt à mal les replacer après un nettoyage. Maximilien était persuadé qu’hormis la femme de ménage, personne n’était plus rentré dans son aile. Il pouvait d’ici voir sa chambre, son lit, sa bibliothèque, son jacuzzi. Il imaginait sa cuisine brillante et pimpante, sa buanderie et son dressing avec ses costumes pendus lissement les uns à côtés des autres. Il savait que sa piscine intérieure n’avait pas vu le moindre corps depuis que Loréana et lui s’y était plongés, que son bureau comportait toujours sa masse de papier et notes éparpillés. C’était la seule pièce que les domestiques ne rangeaient pas. Maximilien s’y retrouvait trop bien dans son chaos. A penser à son aile, il en viendrait presque à espérer la fin rapide de ses parents pour pouvoir la récupérer et en faire profiter son fils. Mais cette aile se trouvait à l’opposé de l’endroit où ils étaient et ce n’était pas le moment de s’y rendre. Malgré le caractère labyrinthique du manoir, Loréana semblait avoir remarqué qu’ils ne reprenaient pas du tout le même chemin qu’à l’allée de leur expédition vers les cuisines. Elle fronçait les sourcils, peu certaine de la confiance qu’elle était prête à accorder à son amour et le sourire mystérieux de Maximilien ne l’apaisait manifestement point – que du contraire.
     
    Ils étaient arrivés à la pièce prévue mais des éclats de voix arrêtèrent les parents dans leur mouvement. Noah et Lauren se disputaient manifestement, ce qui n’était pas prévu au programme. Maximilien voulait simplement emmener Loréana dans une de leur bibliothèque pour provoquer un petit peu sa jalousie. C’était n’était pas là un noble objectif et Maximilien allait payer au centuple son excès d’orgueil. Les aristocrates se disputaient à leur sujet justement et au sujet de Nathanaël. Depuis le début de cette soirée – si on excluait l’attitude de Lauren – ce dîner avait créé des nouveaux liens familiaux que Maximilien n’osait plus espéré depuis des années. Son père s’était intéressé à lui, avait complimenté les capacités de Loréana et avait défendu son petit-fils, mieux que cela il l’avait regardé avec des yeux attendri, presque – je dis bien presque – comme un véritable grand-père. Les discussions qu’ils avaient échangées avait rempli Maximilien de joie et d’espoir qu’un jour ses parents l’acceptassent et l’aimassent et que cette famille pût enfin ressembler à quelque chose. Mais tout cela n’était que du vent. Non seulement sa mère venait de critiquer Loréana de la manière la plus virulente et la plus abjecte possible, ce qui avait provoqué un frisson chez la belle et un sentiment de tristesse intense chez Maximilien, mais en plus elle s’en était pris à Nathanaël. Cette folle sans cœur avait critiqué son propre petit-fils, un petit être innocent et adorable qui n’avait rien fait d’autre que remplir son rôle d’enfant à savoir se montrer inconscient et joueur. Cet enfant était la chaire de sa chaire et Maximilien sentit une lourde colère l’envahir. Si Loréana ne lui avait pas tenu la main, à cet instant précis, il se serait jeté dans la pièce comme un lion, baguette dressée, prêt à jeter des sortilèges abominables à la tête de ses parents. Ces deux vieux aigris n’auraient par ailleurs pas été de taille à luter. Maximilien était un excellent duelliste, il était un sorcier puissant et sa magie n’avait fait que se décupler depuis que Severus Rogue avait pris possession d’une partie de son corps. Ses parents, de l’autre côté, avaient toujours été magiquement assez faibles – dû à leur manque d’entraînement et de pratique. Ils ne faisaient presque plus jamais de magie. Ils avaient des domestiques pour tout faire à leur place et les occasions de se battre ne foisonnaient pas dans les milieux aristocratiques – du moins pas des occasions de se battre avec ces armes-là. Mais Maximilien ne bougea pas d’un pouce et toute réaction fut tuée dans l’œuf par la voix de son père. Il s’était attendu à ce que son père les défendât, après les conversations du salon. Mais que du contraire, il était d’accord et il en rajoutait une couche. Cruelle déception, Ô douleur ! Tout cela n’avait été qu’une mascarade, un gigantesque mensonge ? Ses parents avaient essayé de le manipuler – encore – et il s’était laissé avoir – encore – comme lorsqu’il était enfant, guidé uniquement par l’espoir et les bons sentiments. Grand mal lui prit, quelle honte. Comme il se sentait perdu. Comme il avait envie de crier, de pleurer, de détruire ce manoir et tout ce qu’il représentait.
     
    Soudainement, sans crier gare, il se mit à courir, entraînant sa femme et son fils dans cette course effrénée. Il fallait qu’il s’éloignât de cette pièce avant de commettre la pire erreur de sa vie et sans qui s’en rendit compte, ses pas les conduisirent dans le salon. Retour au point de départ. L’apprenti reprit lentement sa respiration. Il se tenait droit, fixe, les pieds encrés dans le sol, fixant la porte devant lui, essayant de reprendre le contrôle de ses émotions. Il se sentait trahi, sali. Il aurait bien explosé la pièce entière. Il tenait ses poings si serrés que ses ongles s’enfonçaient dans sa beau et qu’un filet de sang se mit à en couler. Loréana semblait énervée, elle aussi. Elle lui jeta un regard, et Maximilien comprit qu’elle voulait qu’il s’occupât de Nathanaël. Il dut faire appel à toutes ses capacités et à tout son amour envers son fils pour l’attirer à lui et lui mettre les deux mains sur les oreilles. Loréana attrapa un vase et le cassa. Le son cristallin raisonna dans la pièce ce qui fit un bien fou à Maximilien. D’un geste le professeur de potion répara la casse. L’apprenti relâcha son fils et reprit sa position de départ. Le visage fermé, les poings serrés, la larme à l’œil. Loréana était manifestement trop concentrée sur sa propre colère pour se rendre compte de l’état dans lequel se trouvait son mari :
    « Ça détend. » Maximilien ne répondit pas. Il restait prostré, immobile. Il se sentait brisé, ruiné, comme s’il réalisait que tout ce qu’il avait toujours attendu ne viendrait jamais. Toujours incapable d’esquisser le moindre mouvement, il se contenta de serrer ses points encore plus fort. Une goutte de sang s’échappa et tomba lentement sur le tapis mais il n’y fit pas attention. Loréana finit par se tourner vers lui. Peut-être avait-elle remarqué son état, peut-être pas, mais elle essaya de gérer la situation avec humour :  « Est-ce que tu m’aimes au point de me dire où serait, d’après toi, le meilleur endroit dans ce manoir pour dissimuler deux cadavres ? Je pense qui si tu te places là-bas, en embuscade, et moi ici, on peut les zigouiller dès qu’ils entrent dans la pièce, sans faire trop de raffut. » En temps normal, Maximilien aurait sûrement éclaté de rire et se serait contenté de dresser une liste des endroits possibles et de conspirer avec elle sur la meilleure façon d’assassiner ses deux parents, mais là, tout de suite, avec ce qu’il avait entendu, comparé à la joie qu’il avait ressenti plus tôt pendant l’apéritif, il n’était pas capable de rire, pas capable de prendre l’affaire au second degré. Sa mère… Sa froide mère, il s’était fait une raison. Elle était bonne pour l’enfer, perdue à jamais mais son père… Il avait tellement cru à sa gentillesse, à son soi-disant attendrissement pour le petit bambin qu’était Nathanaël et tout cela n’était que fausseté, jeu d’aristocrate, manipulation ! Merlin ! Constatant l’absence de réponse de son mari, Loréana s’approcha enfin de lui et se planta devant lui. Maximilien n’avait toujours pas esquissé le moindre mouvement. Elle planta son regard dans le sien, mais celui de Maximilien restait vide. Seule une petite larme de colère s’en échappait : « Je n’ai plus la moindre envie de les voir ou d’avoir quoi que ce soit à faire avec eux. Mais ce sont tes parents, et si tu penses qu’il peut encore y avoir une chance que ce dîner ne soit pas un fiasco total, je suis prête à faire l’effort de les supporter et de me comporter comme si je n’avais pas entendu les horreurs qu’ils ont dites. Ce sera plus facile pour ton père, qui semble quand même apprécier Nathou, que pour ta mère. Alors si tu me le demandes, je ne vais pas te supplier de partir sur-le-champ et faire bonne figure. À toi de décider. »
     
    Maximilien resta figé quelques instants de plus. Petit à petit ses poings se délièrent et il esquissa un léger mouvement de côté pour se détourner de son épouse. D’un geste de la main il insonorisa la pièce – Severus avait commencé à lui apprendre la magie sans baguette pour les petits sorts. Sans répondre à sa douce, il se dirigea furieusement vers une longue table au fond de la pièce. Cette dernière contenait vases et bibelots de valeurs dont certains objets de collection que les Middle avaient ramenés de voyage – le tout destiné à en mettre plein la vue à leurs invités. Maximilien se retourna brièvement pour d’un regard signaler à Loréana qu’elle devait lui rendre la pareille avec Nathanaël. Il se pencha alors et d’un geste agressif, puissant et allongé de ces bras, il fit tout tomber à terre en hurlant : « RAAAAH ! » Le bruit de chute fut impressionnant et le manoir sembla en trembler tout entier. Un amas de Crystal, d’or et d’argent était répandu au sol. Maximilien prit encore la peine de marcher dessus, sentant le verre de désintégrer sous ses pieds. Il était tellement furieux que sa magie se dégageait de lui. Il sortit sa baguette et de plusieurs gestes répara tous les bibelots. Certains ne purent retrouvés toutes leurs pièces mais ils retournèrent tous sagement, d’un autre sort, s’installer sur la table. Maximilien se retourna enfin vers Loréana. Il fulminait toujours et plusieurs larmes de rage coulaient sur ses joues. Il leva son bras et pointa un doigt vers la porte du salon, il commença à parler de manière haletante : « Ces… Ces deux personnes sont les PIRES êtres qui puissent exister sur cette terre. Ils sont haïssables, détestables et… Et… Bordel ! Lor’ ! Ce sont eux qui m’ont engendré. » Il s’arrêta un instant pour reprendre son souffle. C’était certainement la première fois de sa vie qu’il était dans un tel état de rage et de tristesse : « Comment… ? Non mais comment on peut être aussi immonde, comment on peut à ce point détester son propre fils. Comment on peut résister à Nathanaël. Merde ! Il a le même sang qu’eux, pas seulement le même nom ! Puis, regarde-le, Lor’, regarde-le et ose me dire qu’il n’est pas parfait cet enfant-là ? Comment on peut à ce point être froid, sans cœur, glacial, horrible, immonde pour le juger, pour s’en prendre à lui.. Je… JE LES HAIS ! » Maximilien avait hurlé cette dernière phrase, sa colère et sa fureur s’épuisaient petit à petit et il ne resta bientôt que la tristesse.
     
    Lentement alors, l’apprenti se dirigea vers le canapé et s’y installa. Il se pencha en avant et prit sa tête entre ses mains. Il s’adressa à sa femme d’une manière plus douce :
    « C’est arrivé de nombreuses fois quand j’étais enfant… Ce genre de déception. Dans ces cas-là, je courrais à l’écurie et je sellais Sheitan pour faire une longue ballade dans les bois. Personne ne me retrouvait avant plusieurs heures. Non pas que quelqu’un m’ait vraiment cherché, finalement. Parfois, Marie m’attendait sur le perron et me consolait, parfois je rentrais seul. Mais chaque fois que cela arrivait je savais à quoi m’en tenir, je m’y attendais quelque part, malgré mes espoirs mais ce soir… » La voix de Maximilien se brisa soudainement et un sanglot lui échappa. Il releva alors la tête pour croiser le regard de Loréana. Elle paraissait inquiète et touchée mais Nathanaël était celui qui était le plus impressionné, voir son père toujours si sûr de lui, si puissant dans un tel état... D’un geste Maximilien essuya avec sa manche les larmes sur son visage et se força à sourire à son fils. Le petit s’approcha lentement et s’installa sur les genoux de son père pour lui faire un énorme câlin. A coup sûr, Nathanaël ne comprenait pas ce qui était en jeu ici mais il avait vu la détresse et la tristesse de son père. Maximilien le serra fort contre lui avant de continuer à parler à sa femme : « Ce soir, Lor’, j’ai réellement crû que Noah avait changé… Que nous avions gagné quelque chose et peut-être même construit. Ce qu’il a dit… C’était… C’était… » Maximilien ne trouva pas les mots pour décrire les paroles de son père. Il soupira alors et se passa une main dans les cheveux, perdu. Nathanaël, lui, se dirigea vers sa mère avant que celle-ci n’eut la possibilité de faire le moindre mouvement. Il se campa devant elle, bien déterminé à lui dire qu’elle avait quelque chose à gérer et il pointa alors son père du doigt avant de dire d’une toute petite voix : « Papa, il est triste, Maman. »


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loreana N. Wilde
Admin | Prof. de Potion
Dir. de Serdaigle
Baby : checked. Now, wedding ? avatar
.

Age : 30
1001 messages
Amour : Il n'y a plus que Nathou <3 (bon, un peu Max quand même)

Pensine
Orientation Sexuelle: Hétérosexuel
Année d'étude: Diplômé
Caractère: Etrangement morose, ces temps-ci

Absence :
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Ven 3 Juin 2016 - 21:36


    Elle aurait dû s’y attendre. Quelque part, au fond d’elle, une petite voix nasillarde lui répétait en boucle qu’elle n’avait eu que ce qu’elle méritait, car elle s’était montrée beaucoup trop naïve. Comment pouvait-elle espérer qu’un dîner, un modeste et insignifiant dîner, pourrait faire descendre Noah et Lauren Middle de leur piédestal enluminé ? Comment pouvait-elle se laisser bercer par la douce illusion qu’à force de verve, de répartie, de sourires et de démonstrations, elle pourrait finalement se faire accepter par les aristocrates ? Comment avait-elle pu nourrir l’illusion qu’ils ne la renverraient pas à ses origines – dont elle n’avait, par ailleurs aucune raison d’avoir honte – et qu’ils ne l’observeraient que pour ce qu’elle était ? C’étaient en tout cas les questions que psalmodiait en boucle la voix nasillarde – qui lui rappelait étrangement la voix de l’ancien professeur de métamorphose, qui avait quitté l’école alors qu’elle était en troisième année. Alors, pour la contrer, elle tentait de se convaincre qu’en réalité, elle n’avait rien attendu de ce repas. Qu’elle y était venue vierge de toute espérance, et qu’elle savait parfaitement que cela finirait comme ça. Elle tentait de se persuader, aussi, que le mépris de ses beaux-parents ne la touchait pas, qu’elle n’avait que faire de leur opinion, qu’ils étaient les êtres les plus méprisables qu’elle ait jamais rencontrés. Mais, à cela, la voix nasillarde répondait narquoisement, se servant de ses pensées les plus secrètes. Elle lui disait qu’elle savait parfaitement qu’elle avait un besoin insatiable de reconnaissance et d’approbation. Que, ayant grandi sans ses parents, elle avait toujours espéré retrouver une forme d’amour maternel auprès de la mère de celui qui partagerait sa vie. Qu’elle avait toujours rêvé de voir la fierté dans les yeux de son beau-père, qui se gonflerait d’orgueil à l’idée que son fils soit parvenu à conquérir une femme comme elle. Elle avait fantasmé sur un mariage heureux, prétexte à mille et une photos de famille… Et, si elle avait eu son mariage heureux, elle se prenait parfois à penser amèrement à l’absence des deux aristos. Cela leur serait-il réellement insupportable de montrer un peu d’affection pour leur fils ? Cela leur tordrait-il les boyaux d’admettre que la famille Middle-Wilde était attachante, amante et semblait se résumer à la famille idéale ? Pourquoi refusaient-ils de passer outre leurs préjugés d’un autre âge et leur sectarisme social ? Qu’est-ce qu’ils avaient encore besoin de prouver, ces deux décadents qui refusaient de voir leur chute venir, qui s’entêtaient à s’accrocher aux reliquats d’un passé qui s’effondrait ? Voilà plus de deux cents ans que l’aristocratie sorcière ne pouvait plus se vanter d’avoir le sang pur. Sur quelle autre conception étroite et absurdes allaient-ils maintenant fonder le rejet de petites gens, nés humblement et morts sans autre prétention que celle de mener une vie heureuse ? Ne comprenaient-ils pas qu’ils ne faisaient plus danser le monde, désormais, et que l’histoire s’écrivait désormais sans majuscule ? Quelles fondations pouvaient-ils trouver à leurs vanités, à leurs bassesses et à leurs jugements hérités sans questionnement de leurs pères, et des pères de leurs pères ?

    Pourquoi me haïssez-vous ainsi ? Qu’ai-je fait, que vous ai-je fait, pour que vous me méprisiez à ce point ? De quel crime me suis rendue coupable, si ce n’est celui d’aimer votre fils, de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour lui rendre la vie douce, et pour élever mon enfant de la meilleure façon qui soit ? Que ne suis-je née d’un obscur baron désargenté, d’un richissime financier ou d’un magnat des médias… Qui peut être assez cruel pour reprocher à quelqu’un de n’être pas né à la bonne place ? J’ai toujours voulu vous rencontrer. J’avais harcelé Maximilien pour cela. Je lui avais dit de ne pas oublier que, malgré tout ce que vous aviez pu dire, malgré tout ce que vous aviez pu faire, vous étiez ses parents, et vous le resteriez à jamais. Je l’ai supplié de vous accorder l’amour que je n’ai pas eu la chance de recevoir. Je vous ai cherché des excuses, j’ai tenté de vous comprendre. J’ai appris les règles de votre jeu, j’ai accepté de m’y plier. Je vous ai vu meilleurs que vous ne l’êtes, et je vous ai accordé plus de chances que vous ne le méritiez. Pourquoi vous acharnez-vous ainsi à répondre à une main tendue par le mépris, à l’ouverture par le rejet, à l’amour par la haine ? Pourquoi ne pouvez-vous pas, pour une seule et unique fois, laisser de côté vos rôles, vos images et vos faux-semblants, pour profiter d’un réel moment de partage, d’écoute et de sincérité ? Pourquoi ne pouviez-vous pas m’interroger sur mes goûts musicaux, vous apercevoir que nous partageons un compositeur classique préféré, me demander d’en jouer après que je vous ai indiqué que j’apprenais justement à jouer sa sonate la plus célèbre ? Pourquoi ne pouvait-on pas, pour une fois, faire comme si nous étions une famille normal, bordel ? Loin de vos préjugés, loin de l’argent ou de la gloire ? Juste une famille, avec des regards complices, avec des éclats de rire et des plaisanteries échangées ? Pourquoi me refusez-vous cela ? Pourquoi m’empêchez-vous de vivre maintenant ce que je n’ai jamais pu vivre ? Pourquoi… Elle s’immobilisa soudainement. Plongée dans les yeux de son mari, elle fut brusquement frappée par son égoïsme. Trop absorbée par la colère, l’incompréhension et le mordant sentiment d’injustice qui s’étaient emparés d’elle, elle avait oublié que Maximilien souffrait peut-être encore plus qu’elle. Si elle avait nourri des espoirs, si elle avait vu la possibilité d’une éclaircie dans les réactions de Noah, si elle s’était sentie trahie, souillée par les paroles des aristos, comment devait-il se sentir, lui ? Lui qui avait connu un sort pire que le sien, lui qui avait couru après l’attention et l’amour de ses parents durant toute sa jeunesse, et qui n’avait été gratifié que de remontrances distraites et d’une indifférence agacée ? Lui dont les cabrioles, les bêtises et les frasques n’avaient été qu’autant d’appels au secours demeurés lettres mortes ? Lui qui s’était enfermé dans un rejet sans appel de ses parents en refusant de voir qu’il s’emmurait là dans sa souffrance et préférait nier qu’il pût un jour considérer ces êtres comme ses parents ? Lui qui, pour s’éviter de souffrir encore, avait construit la figure de l’orphelin dont les parents étaient bien vivants ?

    Elle voulut ajouter un mot. Elle voulut lui dire qu’elle était désolée, qu’elle n’avait pas à laisser passer sa colère avant la sienne, qu’elle se devait d’être là pour lui, et peut-être maintenant plus que jamais. Mais elle n’en eut pas le temps : déjà, l’apprenti s’éloignait d’un pas qui trahissait une rage bouillante. Consciente qu’il ne tarderait pas à entrer en éruption, ce qu’il n’avait jusque-là jamais fait en sa présence, Loreana tenta de ravaler ses larmes et tendit la main vers Nathanaël, qui était demeuré immobile, un peu hagard, comme si l’intensité de la scène qui se jouait devant lui avait assommé l’étincelle de vie qu’il était d’habitude. Elle se força à lui sourire – mais le résultat ne devait pas être très convaincant – puis s’agenouilla pour être à son niveau. Elle lui caressa lentement la joue et se prit à penser que les Middle ne devaient pas avoir de cœur pour ne pas se laisser attendrir par cette bouille d’ange, puis elle enlaça son fils de manière à dissimuler ses yeux et ses oreilles, comme si elle entendait le protéger d’une explosion imminente. Elle croisa un instant le regard de Maximilien, puis choisit, elle aussi de fermer les yeux, dans l’espoir puéril qu’elle se réveillerait de ce rêve qui avait tourné bien trop vite en cauchemar. Elle ne sut jamais ce que Maximilien avait fait exactement – et elle ne lui posa jamais la question. Mais le bruit de bibelots qui se brisent épousa un instant le cri de rage du jeune père, et Loreana serra fort son fils dans ses bras, comme pour lui faire croire que tout allait bien. Elle put sentir, malgré la distance qui la séparait de son mari, une déflagration de magie, et fut prise d’une attaque de panique. Elle savait que Severus avait appris quelques sorts de magie très avancée à Maximilien, mais elle savait également – elle avait mené quelques recherches – que cela pouvait avoir des conséquences néfastes. Tout bien construit qu’il fût, le corps de Maximilien n’était pas assez puissant pour contenir les âmes de deux sorciers aussi doués en magie. Lorsque le jeune homme avait du mal à contrôler ses sentiments, il pouvait à tout moment perdre le contrôle des flux de magies qui transitaient par son corps et… Loreana secoua la tête, préférant chasser les images morbides qui lui vinrent à l’esprit. Lorsqu’elle entendit un cliquetis étrange qui lui indiqua que le jeune homme s’était emparé de sa baguette pour redonner formes aux bibelots démolis, elle rouvrit les yeux et desserra son étreinte sur son fils. Elle l’observa un instant, pour s’assurer qu’il ne se montrait pas effrayé.
    « Tout va bien, mon ange » lui dit-elle, sans réellement savoir si elle cherchait à le convaincre ou à se convaincre elle-même. Elle tourna la tête vers Maximilien, les larmes aux yeux. Jamais il ne s’était montré si vulnérable. « Ces… Ces deux personnes sont les PIRES êtres qui puissent exister sur cette terre. Ils sont haïssables, détestables et… Et… Bordel ! Lor’ ! Ce sont eux qui m’ont engendré. » Elle voulut lui répondre, lui dire qu’il n’avait rien à voir avec eux, que les démons avaient engendré un ange, mais… Elle lut dans son regard amoché une telle détresse qu’elle en fut sonnée. Quelque chose, au fond d’elle, se brisa. « Comment… ? Non mais comment on peut être aussi immonde, comment on peut à ce point détester son propre fils ? Comment on peut résister à Nathanaël. Merde ! Il a le même sang qu’eux, pas seulement le même nom ! Puis, regarde-le, Lor’, regarde-le et ose me dire qu’il n’est pas parfait cet enfant-là ? Comment on peut à ce point être froid, sans cœur, glacial, horrible, immonde pour le juger, pour s’en prendre à lui.. Je… JE LES HAIS ! » La voix de son homme s’était brisée dans ce dernier cri, et Loreana baissa la tête, le regard embrumé de larmes. Elle s’en voulut de ne pas trouver de mots pour panser les blessures de Maximilien. Elle demeura là, interdite, à fixer le sol et à fuir le regard de l’homme qu’elle aimait. Elle l’entendit faire quelques pas chancelants et s’installer sur le canapé. Sa voix n’est presque plus qu’un murmure qui faisait écho à la profonde tristesse qui faisait planer une ombre morose sur la pièce entière. « C’est arrivé de nombreuses fois quand j’étais enfant… Ce genre de déception. Dans ces cas-là, je courrais à l’écurie et je sellais Sheitan pour faire une longue ballade dans les bois. Personne ne me retrouvait avant plusieurs heures. Non pas que quelqu’un m’ait vraiment cherché, finalement. Parfois, Marie m’attendait sur le perron et me consolait, parfois je rentrais seul. Mais chaque fois que cela arrivait je savais à quoi m’en tenir, je m’y attendais quelque part, malgré mes espoirs mais ce soir… » Mais qu’est-ce que tu attends, bon sang ? Lèves-toi, va t’asseoir à ses côtés et sers-le dans tes bras ! Ne reste pas plantée là à fixer le sol ! Réagis ! Toi qui t’amuses à tirader en permanence, pourquoi restes-tu muette, maintenant qu’il a besoin de toi ? Prostrée dans une attitude hésitante, Loreana était incapable de prononcer le moindre mot ou de faire le moindre geste. Elle avait peur de n’être pas à la hauteur, de ne pas trouver les mots, de ne rien pouvoir faire pour cet homme qui souffrait tant. Alors, contre toute attente, ce fut Nathanaël qui décida de prendre la situation en main.

    Le petit d’homme se campa fermement sur ses gambettes. Il lança un regard déterminé à sa mère, lui adressa un très léger sourire, puis fit quelques pas vers son père. Sa détermination sembla flancher un instant, mais il continua sa croisade vers son paternel brisé d’un pas lent. Sans un mot, il entreprit d’escalader le divan, puis de se frayer un chemin dans les bras de son père et sur ses genoux, afin de lui administrer la plus grosse dose de câlin qu’il pût. Un fin sourire éclaire un instant le visage de Loreana : cet enfant était une bénédiction. Un léger sourire – forcé, mais c’était mieux que rien – fit également une fugace apparition sur les traits du père (qui se rendait compte qu’il n’avait jamais réellement été un fils).
    « Ce soir, Lor’, j’ai réellement crû que Noah avait changé… Que nous avions gagné quelque chose et peut-être même construit. Ce qu’il a dit… C’était… C’était… » Odieux ? Inimaginable ? Indigne ? Lâche ? Terrible ? Malsain ? Monstrueux ? Probablement tout ça à la fois. Trop pour être exprimé, en tout cas. Avant que Loreana n’ait pu dire ou faire quoi que ce soit, Nathanaël la surprit encore. Il s’était dégagé de l’étreinte paternelle avec souplesse et avait foncé droit sur sa mère d’un pas trottinant. Puis, après s’être planté devant sa mère comme elle se plantait parfois devant lui pour lui faire remarquer qu’il avait fait une bêtise, il pointa Maximilien du doigt et son jugement fut sans appel : « Papa, il est triste, Maman. » Soudain, cela la frappa. Oui, Maximilien était triste. Oui, il était en colère. Et Nathanaël avait raison : elle se devait de faire quelque chose. Elle jeta un regard à son mari, qui faisait peine à voir. Son regard semblait jongler entre les différents objets du décor, incapable de se poser quelque part pour s’apaiser. Maximilien était perdu, complètement perdu, et c’était à elle de lui faire retrouver son chemin. Elle se leva, et, d’un geste probablement plus symbolique qu’autre chose, elle défit totalement son chignon. Sans prendre la peine de se recoiffer, elle s’approcha de Maximilien et s’agenouilla devant lui, posant son menton sur ses genoux pour capter son regard. « Regarde-moi, mon ange. » Elle lui caressa tendrement la joue. « C’est terminé, maintenant. Arrêtons de verser des larmes à cause d’eux. Ils ne méritent pas notre colère. Ils ne méritent même pas notre mépris. Alors, tu sais quoi ? On les emmerde. Tu n’as pas besoin d’eux, aujourd’hui plus que jamais. Ils nous refusent l’amour que nous méritons ? Tant pis pour eux. Ils ne sont pas ma famille. Ils ne seront jamais ma famille. Et, même si je ne peux pas imaginer la douleur que tu ressens, ils ne sont plus ta famille non plus. Alors laisse-les crever dans leur coin, laisse leur orgueil les étouffer et les ronger jusqu’à la moelle. Qu’ils finissent leurs jours dans ce tombeau luxueux si c’est ce qu’ils veulent, mais ne laisse pas la froideur de leur cœur gagner le tien. Tu vaux infiniment plus qu’eux. Alors quittons cet endroit maudit et n’y remettons plus jamais les pieds. Rentrons chez nous… Et invitons notre vraie famille à dîner. » Elle lui adressa un sourire, puis posa délicatement ses lèvres sur les siennes. « Je t’aime, Maximilien Enzo Middle, peu importe ce que les autres Middle pensent de moi. » Quelques pas feutrés se firent entendre. « Moi je t’aime aussi, papa. » Avec un sourire attendri, Loreana attira leur fils à elle et elle enlaça en soupirant les deux amours de sa vie. Puis elle se leva, tenant Nathanaël par une main et tendant l’autre à Maximilien, l’invitant à la suivre vers la sortie (si elle en retrouvait le chemin).

    A peine eurent-ils quitté le salon qu’une voix les interpela dans le couloir.
    « Maximilien ? Loreana ? Où allez-vous donc ainsi ? » Ladite Loreana se figea sur place. Rien que d’entendre la voix de Lauren fit remonter la rage qui s’était emparée d’elle. Elle fit brusquement volte-face, lâchant Nathanaël et Maximilien, pour s’approcher de ses beaux-parents d’un pas rapide, à la limite de l’hystérie, et dégaina sa baguette, qu’elle pointa sur sa belle-mère. « Depuis quand vous intéressez-vous à ce que nous faisons, moi, ma pauvreté dégoulinante, couplée à mon audace et à mon égo disproportionné pour ce que je suis ? Oh, ne vous inquiétez pas, pas la peine de reculer ainsi, je ne vais rien vous faire. L’éducation que j’ai reçue et que vous méprisez tant m’a appris à respecter toute être vivant, même si ce dernier se montre indigne de mon respect. Oh, et soyez sans crainte : la basse naissance, ce n’est pas contagieux. Vous savez, c’est la vie, on n’y peut rien. Alors on apprend à vivre avec. Mais pourquoi est-ce que je vous parle de ça ? Vous ne savez rien de la pauvreté et de la richesse. Vous pensez tout avoir ? Vous pensez valoir mieux que moi ou que Maximilien sous prétexte que vous vivez dans un manoir hors-de-prix et que vous êtes à la tête d’une entreprise qui vaut des milliards ? Laissez-moi vous dire que vous vous plantez sur toute la ligne. Vous n’avez rien, rien de plus qu’un orgueil boursouflé, qu’un mépris nauséabond pour ce qui compte réellement. Comme j’ai pitié de vous ! Vous qui croyez que la richesse est d’or ou d’argent. Mais vous n’avez personne. Personne pour couvrir de soleil la laideur de vos âmes boiteuses. Personne pour vous faire réaliser que vous avez dilapidé votre vie en construisant un empire qui n’a de valeur que financière. Vous pensez être des grands, vous pensez avoir réussi… Mais vous n’êtes parvenu qu’à dissimuler votre bassesse derrière un voile d’apparat qui ne fait qu’illuminer votre médiocrité. Puissiez-vous réaliser à quel point vous êtes pauvres avant qu’il ne soit trop tard. » Puis elle se détourna, attrapant les mains de ses deux amours, et reprit sa marche vers la sortie, comme si de rien était, laissant derrière elle ses beaux-parents abasourdis. Une fois parvenue dans la cour du manoir, elle se tourna vers Maximilien, appréhendant quelque peu sa réaction (elle devait bien avouer qu’elle n’y était pas allée de main morte). Alors, comme pour désamorcer une situation potentiellement tendue, elle lui adressa une moue à moitié gênée et plaisanta : « Je crois qu’on ne recevra pas une nouvelle invitation de sitôt… »


_________________
Maximilien et Nathanaël...
Les deux hommes de ma vie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Maximilien E. Middle
Admin | Apprenti
Père de Nathou et futur mari aux anges avatar
.

Age : 23
3404 messages
Amour : Son enfant, Nathanaël Middle & sa fiancée, Loréana Wilde

Pensine
Orientation Sexuelle: Bisexuel
Année d'étude: 1ère année de Thèse
Caractère: Sincère, honnête, fou, motivé, drôle, beau parleur, inteligent, charmeur, loyal, passioné, passionant, têtu, bien élevé, révolutionnaire, débrouillard, autonome, sarcastique, protecteur, volontaire, amusant, sportif, classe, patient, franc, écrivain, artiste! etc

Absence : Complètement indisponible pour l'instant. Merci l'université!
MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille Lun 15 Aoû 2016 - 19:21


    La vie n’avait été longtemps, pour Maximilien, qu’une immense déception, à l’image de la déception qu’il avait l’impression d’infliger aux autres. Dès son plus jeune âge, l’héritier Middle avait compris que l’amour n’était ni acquis, ni inné, qu’il n’était ni inconditionnel ni éternel. Il s’était rendu rapidement compte que ses parents le gratifiaient pour ses mérites et non pour sa substance, pour son travail, ses efforts et non pour son essence. Jamais il n’avait pu bénéficié de la moindre marque d’affection de leur part, de la moindre prise en compte de son avis. Pas d’oreille attentive, pas de conseils aimants, pas de temps accordés sans rien en échange. Lorsqu’il avait besoin de l’un ou de l’autre, il avait toujours fallu qu’il prouve, qu’il montre en être digne. Petit à petit un équilibre s’était installé et l’enfant avait appris à singer, mimer, travailler pour obtenir ce dont tout enfant a besoin pour grandir. Mais cet équilibre avait été tellement fragile, il dépendait tellement de gens toujours plus exigents, toujours plus intransigents, toujours plus hypocrites, plus froids, plus méchants, plus calculateurs, qu’il s’était effeuillé, lamentablement brisé et que jamais il n’avait pu être reconstruit. Les seigneurs Middle en avait exigé toujours plus de leur fils, faisant preuve d’une cruauté sans égale parce que Maximilien n’avait jamais rien demandé d’autre que de les satisfaire, que d’obtenir ne fusse qu’un quart de l’attention qu’ils portaient à leurs affaires, leurs soirées mondaines et leurs apparences. Il n’avait été qu’un enfant, en quête de l’amour de ses parents. Alors il avait tout fait, TOUT, sans que jamais cela ne suffise. Il avait lu les livres de bonne manière que son père lui recommandait sèchement ; il les avaient tellement lu qu’il pouvait encore aujourd’hui les réciter par cœur. Il s’était entraîné, des heures durant, à se tenir droit, un livre posé sur la tête sans qu’il ne tombe (et cela n’avait pas été une mince affaire pour le bonhomme plein d’énergie qu’il avait été ¬– et était toujours.) Il avait passé des soirées entière avec Marie à apprendre à décortiquer correctement un Homard. Quand il fut en âge de tenir des conversations à table, on avait exigé de lui un minimum (ou plutôt un maximum) de culture général. Alors il s’était mis à dévoré tous les livres, à lire le journal que recevait son père le matin pour tenter, même s’il n’y comprenait pas grand chose, d’intervenir à table dans leurs conversations. Lorsqu’on lui avait engagé un précepteur, il avait encore redoublé d’effort, renonçant souvent à jouer pour obtenir de son précepteur les meilleures notes possibles (et la sévérité du personage ne lui avait pas facilité la tâche). Il avait travaillé d’arrache-pied pour ne récolter au mieux que de l’indifférence, au pire des remontrances. La notation était souvent injuste et ne correspondait à ses yeux que rarement au prix de ses efforts et même quand c’était concordant, ses parents semblaient n’en avoir cure. Avec les années, Maximilien avait développé en lui un fort sentiment d’injustice, un besoin de reconnaissance pour ses mérites que personne (ou en tout cas pas les personnes visées) ne semblait discerner. L’enfant qu’il était n’aurait certainement pas survécu à tant de pression, sans doute se serait-il effondré, son corps aurait-il laché si Léo ne l’avait pas soutenu, si Travis ne l’avait pas aidé et surtout s’il n’avait pas rencontré Caleigh. Caleigh avait su lui donner confiance en lui, lui avait appris qu’il pouvait être fier de lui, qu’il méritait de l’amour et que le problème ne venait pas de lui mais de ses parents. Caleigh l’avait fait entendre à sa raison mais Loréana l’avait fait entendre à son cœur. Il n’avait cessé de se répéter en bouche ce que Caleigh pensait de lui mais ce n’était que dans les bras de Loréana qu’il le ressentait définitivement. Quand il regardait sa femme, il savait, indéniablement, inconditionnellement qu’il était un être digne d’amour.

    Grâce à Loréana et grâce à son fils, grâce à ses amis, grâce à cette nouvelle famille qu’il s’était construite, il avait oublié son passé. Il avait bandé les blessures de son cœur et son âme était cicatricé. Il connaissait sa véritable valeur, il n’avait besoin de personne d’autre que de lui-même et que de Loréana, Léo et Nathanaël mais parfois… à de rares moments… Surtout le soir, il se sentait triste et morose. Un pincement un cœur. Il savait que c’était ce vide que ses parents avaient laissé et que secrètement il espérait encore comblé. Même s’il avait pris confiance en lui, il rêvait d’arranger les choses, d’avoir des véritables parents, un mère affectueuse, un père attentif. Il voulait des grands parents pour son bambin, il voulait une vie de conte de fée. Il imaginait très bien les barbecue dans le manoir Middle avec toute sa smala. Quand il avait reçu cette lettre de ses parents qui les invitaient, il s’était pris à espéré doublement et si sa mère s’était montré fidèle à elle-même, son père n’avait cessé de nourrir ses rêves et espoirs durant toute la soirée. Alors comme un enfant qui n’a jamais grandi, comme si soudainement tout ce qu’il avait toujours désiré lui revenait en mémoire, Maximilien s’était pris à croire que les choses étaient en train de changer, qu’elles s’arrangeaient et que sa famille – toute sa famille, en ce compris ses géniteurs – se réunissait enfin grâce au petit bout adorable qu’était son fils. Son père avait semblé ne pas resité à la petite bouille d’ange du futur héritier Middle, à son naturel, à son innocence. Sa mère était restée froide mais Maximilien s’en était douté. Tout avait l’air de s’arranger et son petit tour aux cuisines n’avait rendu l’ancien serdaigle que plus heureux. C’était le cœur en joie, le cœur plein d’allégresse qu’il avait fait le trajet de retour vers le salon mais tout s’était gâché. Tout s’était effondré, encore. Tout était tombé, écroulé, à ras du sol à cause de l’habituel méchanceté de ses parents. Leur fourberie n’avait d’égale que leur égoisme. Leur hypocrisie miéleuse aurait pu battre tous les reccords puisque même leur propre fils, pourtant habitué à leurs jeux, n’y avait vu que du feu – emporté par ses espoirs. Quelle tristesse, quel dîner gâché !

    Et maintenant, Maximilien se tenait là, assis sur son canapé, la tête entre ses mains. Des larmes de rages coulaient sur ses joues. Il venait d’achever une longue tirade de haine et de tristesse et son souffle était court. Ses cheveux transpirant étaient collés à son crâne et la pièce iradiait encore dans sa magie difficilement contenu. Les bibelots mal réparés, après son coup d’éclat, bringebalaient sur la table, plus instables que jamais. Le silence s’était installé tandis que Nathanaël, l’être le plus doux et le plus gentil que cette immense demeure n’eut jamais eu en son sein s’était approché de son père et le serrait à présent contre lui. Incapable de comprendre ce qui se passait, le jeune enfant semblait simplement vouloir offrir à son père tout ce qui lui manquait. Alors il le serrait encore plus fort mais il comprit rapidement que cela n’aurait pas l’effet habituel. Là où normalement Maximilien aurait serré très fort son fils contre lui et se serait mis à le chatouiller et à le tourner pour souffler sur son ventre et provoquer le rire du petit, le blondinet se contentait de rester prostré, savourant l’étreinte de son garçon sans être capable de la lui rendre. Le choc était trop grand et la douleur trop profonde pour qu’il fût capable de transmettre de l’amour en retour, lui qui en avait si peu reçu. Alors, Nathanaël s’extirpa des bras de son père replié et descendit de ses genoux. Sur ses petits pieds, d’un air fermement décidé à agir, il se dirigea vers sa mère. Loréana, elle, n’avait toujours pas bougé. Elle contemplait la pièce, incapable de réaliser ce qui venait de se passer, sonnée, comme si elle avait devant elle un homme qu’il ne connaissait pas, qu’elle n’avait jamais vu, désamparée par la tristesse subite et incommensurable de son mari. Nathanaël se devait d’agir alors il se planta aux pieds de la directrice des serdaigles, une main sur la hanche, l’autre désignant son père du doigts et il prononça la sentence, d’une voix sans appel :
    « Papa, il est triste, Maman. »

    Alors enfin, Loréana reprit ses esprits. Oui, son mari était blessé, oui ce qui venait de se passer était immonde, indescriptible, innoui, indéfendable mais non elle ne pouvait pas rester sans rien faire. Elle, la reine des mots, les princesses de tirades, l’impératrice des caractères forts allait reprendre les choses en main. D’un pas feutré, douce comme une chatte, elle s’avança vers l’homme détruit, toujours assis, immobile sur le canapé. Maximilien avait toujours sa tête dans ses mains et semblait faire appel à toutes les forces de son être pour se maîtriser, pour ne pas laisser exploser sa magie et causer plus de dégats qu’il ne pourrait jamais en réparer. Loréana s’agenouilla devant lui et lui caressa doucement les cheveux : « Regarde-moi, mon ange ! » Lentement, comme si cela le vidait du peu d’énergie qu’il lui restait, Maximilien s’exécuta et releva la tête pour plonger son regard vide dans celui débordant d’amour de sa femme. Cette dernière commença à lui caresser tendrement les joues, son visage entre ses mains pour ne pas qu’il lui échappe et d’une voix délicate et douce, elle lui dit : « C’est terminé, maintenant. Arrêtons de verser des larmes à cause d’eux. Ils ne méritent pas notre colère. Ils ne méritent même pas notre mépris. Alors, tu sais quoi ? On les emmerde. Tu n’as pas besoin d’eux, aujourd’hui plus que jamais. Ils nous refusent l’amour que nous méritons ? Tant pis pour eux. Ils ne sont pas ma famille. Ils ne seront jamais ma famille. Et, même si je ne peux pas imaginer la douleur que tu ressens, ils ne sont plus ta famille non plus. Alors laisse-les crever dans leur coin, laisse leur orgueil les étouffer et les ronger jusqu’à la moelle. Qu’ils finissent leurs jours dans ce tombeau luxueux si c’est ce qu’ils veulent, mais ne laisse pas la froideur de leur cœur gagner le tien. Tu vaux infiniment plus qu’eux. Alors quittons cet endroit maudit et n’y remettons plus jamais les pieds. Rentrons chez nous… Et invitons notre vraie famille à dîner. » Ô bien sur qu’elle avait raison ! Elle avait mille fois raison. Ces gens n’étaient rien pour eux, des étrangers, des nuisibles même qui détruisaient le bonheur qu’ils tentaient de construire. Mais les paroles de Loréana furent comme un millier de petits poignards dans le cœur de Maximilien qui tentait de se résigner, d’accepter que ses parents étaient des étrangers et qu’il n’obtiendrait jamais plus d’eux. Il fallait qu’il acceptât qu’il méritait qu’on l’aimât et que ses parents, eux, ne méritaient pas les espoirs qu’ils avaient placé en eux et en cette soirée. Nathanaël ne connaîtrait jamais ses grands-parents et aujourd’hui serait la dernière fois qu’il obligerait son fils à se confronter à ce monde qu’il avait fini par haïr. Petit à petit le regard de Maximilien reprit vie et tandis que le flux de magie s’appaisait et que sa peau reprenait une teinte normale, Loréana posa ses lèvres sur celles de son mari pour lui offrir un doux baiser, mêlé du sel des larmes du jeune homme. Maximilien savoura ce contact en fermant les yeux et finit par les rouvrir pour les plonger à nouveau dans les yeux de sa femme qui lui murmura : « Je t’aime, Maximilien Enzo Middle, peu importe ce que les autres Middle pensent de moi. » Quelques pas timides se firent entendre et un autre petit blondinet apparut dans le champ de vision de son papa pour venir marmonner : « Moi je t’aime aussi, papa. » Et là, enfin, le regard de Maximilien s’illumina et il attrapa son fils pour le serrer contre lui tandis qu’il capturait à nouveau les lèvres de sa femme. Ces deux êtres étaient tout pour lui et tout ce dont il avait besoin. Loréana attrapa alors sa main et la main de Nathanaël et les entraîna hors de la pièce, prête à les emmener au bout du monde, ailleurs, loin de cet demeure infernale.

    La porte du salon claqua derrière la petite famille et mue par son instinct plus que par une connaissance des lieux, Loréana tirait les deux hommes de sa vie vers le sortie. Après avoir traversé quelques couloirs, ils arrivèrent dans le hall. La grande porte d’entrée n’était plus qu’à quelques mètres, quelques pas, quelques centimètres lorsque la voix froide et glaciale de Lauren Middle résonna dans le patio :
    « Maximilien ? Loreana ? Où allez-vous donc ainsi ? » Le couple se figea et Maximilien sentit tous ses muscles se raidir soudainement. Non ! Il n’était pas capable d’affronter son acariâtre mère maintenant. Tout ce qu’il voulait, tout ce qu’il désirait c’était fuir ces lieux avec sa femme et son fils et ne plus jamais y remettre les pieds. Il ne voulait plus affronter son regard, son visage dénué d’expression, cet être immonde qui pourtant, comme par un paradoxe de la nature, l’avait engendré. Loréana, à ses côtés, semblait avoir la même réaction mais sa femme et son caractère de feu n’entendaient manifestement plus se laisser faire par ces gens. Alors, dans un tourbillon de cheveux, qui aurait pu rappeler à Maximilien le tournoiement des capes de Severus, elle fit volte face, prête à affronter les maîtres du manoir. Maximilien ferma les yeux et suivit le mouvement de son épouse qu’il vit se diriger comme un lion, baguette dressée, vers sa mère. Noah recula d’un pas mais Lauren ne daigna même pas se montrer effrayée. Et commença alors une tirade à la Loréana, plus virulente que jamais : « Depuis quand vous intéressez-vous à ce que nous faisons, moi, ma pauvreté dégoulinante, couplée à mon audace et à mon égo disproportionné pour ce que je suis ? Oh, ne vous inquiétez pas, pas la peine de reculer ainsi, je ne vais rien vous faire. L’éducation que j’ai reçue et que vous méprisez tant m’a appris à respecter toute être vivant, même si ce dernier se montre indigne de mon respect. Oh, et soyez sans crainte : la basse naissance, ce n’est pas contagieux. Vous savez, c’est la vie, on n’y peut rien. Alors on apprend à vivre avec. Mais pourquoi est-ce que je vous parle de ça ? Vous ne savez rien de la pauvreté et de la richesse. Vous pensez tout avoir ? Vous pensez valoir mieux que moi ou que Maximilien sous prétexte que vous vivez dans un manoir hors-de-prix et que vous êtes à la tête d’une entreprise qui vaut des milliards ? Laissez-moi vous dire que vous vous plantez sur toute la ligne. Vous n’avez rien, rien de plus qu’un orgueil boursouflé, qu’un mépris nauséabond pour ce qui compte réellement. Comme j’ai pitié de vous ! Vous qui croyez que la richesse est d’or ou d’argent. Mais vous n’avez personne. Personne pour couvrir de soleil la laideur de vos âmes boiteuses. Personne pour vous faire réaliser que vous avez dilapidé votre vie en construisant un empire qui n’a de valeur que financière. Vous pensez être des grands, vous pensez avoir réussi… Mais vous n’êtes parvenu qu’à dissimuler votre bassesse derrière un voile d’apparat qui ne fait qu’illuminer votre médiocrité. Puissiez-vous réaliser à quel point vous êtes pauvres avant qu’il ne soit trop tard. » Lauren était pétrifiée, la bouche ouverte comme un poisson hors de l’eau. Si la situation n’avait pas été tragique, Maximilien aurait éclaté de rire : quelqu’un avait réussir à clouer le bec à sa mère. Noah ne bougeait pas, il se tenait droit, tête baissée et pour la première fois de sa vie, semblait honteux. Le couple démoniaque avait compris que Maximilien et Loréana avait entendu leur petite conversation et qu’ils ne pourraient certainement jamais plus réparé le mal qu’ils avaient fait.

    Loréana fit à nouveau demi tour et attrapa la main de Maximilien et de Nathanaël qui n’avait pas bougé et qui – chose rarissime – n’avait pas applaudit la tirade de sa maman, percevant sans doute l’aspect critique de la situation. Elle les entraîna dehors et laissa claquer derrière elle l’immense porte du manoir. Elle se retourna vers son homme avec un air désolé :
    « Je crois qu’on ne recevra pas une nouvelle invitation de sitôt… » Contre toute attente, Maximilein éclata de rire. Il riait à s’en décrocher la machoire, comme si toute cette tension s’évacuait soudainement. Il se sentait libéré, un poids s’était envolé de ses épaules. Jamais plus – il le comprenait enfin, ses parents n’auraient de prise sur lui. C’était terminé ! Ce soir, il faisait ad vitam aeternam une croix sur eux. Il souleva son fils de terre pour lui embrasser goulument les deux joues avant d’embrasser sa femme : « Si vous saviez combien je vous aime tous les deux. » C’était les premiers mots que l’ancien serdaigle arrivait à prononcer depuis sa prostration et – Merlin – qu’ils faisaient du bien. Il s’apprêta à se remettre en route vers la grille du portail lorsque la porte du Manoire se réouvrit. Son père, seul, apparut sur le péron. Il semblait abattu, plus vieux, comme touché enfin par le regret et les sentiments : « Maximilien, attends ! » C’était la première fois de sa vie que Noah Middle tutoyait son fils et s’adressait à lui de manière aussi familière mais c’était trop tard : Maximilien s’était résigné et il ne laisserait plus une chance à ses parents de lui gâcher la vie. Il serra alors encore plus son fils contre lui, prit sa femme par la taille et transplana pour rentrer chez eux, laissant Noah seul devant son manoire, sans même remarquer qu’une unique larme coulait sur les jours de son père.


_________________
Cuando lloras, se para el mundo y nunca sé que decir. Cuando lloras, me derrumbo y no me sale fingir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón... Cuando lloras, se tuerce el rumbo y no tengo a donde ir. Cuando lloras, yo me hundo y tardo en volver a salir. Cuando lloras, las horas le dan la vuelta al reloj. Cuando lloras, a solas, me muerdes el corazón. Piensa en lo que piensas cuando lloras, cuando me dices que no. Piensa en lo que quieres... Pero ahora... El que llora soy yo. El que llora soy yo.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé

.


messages


MessageSujet: Re: Un glacial repas de famille

Revenir en haut Aller en bas
Un glacial repas de familleVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Appelo-Mortem :: 

┤Le monde de la magie├

 :: 

Londres

 :: 

Moldu et autre

-